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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Traitement des amours contrariées selon les trois genres

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La tragédie classique obéit aux unités d'action, de temps et de lieu.

Tragédie, comédie et drame traitent l’amour empêché selon des conventions différentes. La mort ou la séparation dominent dans les exemples tragiques étudiés ici ; la comédie d’intrigue privilégie la levée de l’obstacle, et le drame romantique mêle les tons sans imposer une issue unique. Ces tendances ne sont pas des lois : une tragédie peut finir heureusement. Le programme de l’option demande de comparer les causes et les dénouements des amours contrariées. Cette notion croise les règles de chaque genre, la nature de l’obstacle et des exemples datés, puis développe Ruy Blas, objet de la question n° 2 du sujet de 2026.

À retenir

  • La tragédie classique obéit aux règles que les théoriciens du XVIIe siècle tirent d'Aristote, qui ne posait guère que l'unité d'action : unité d'action, de temps et de lieu, vraisemblance, bienséance, dénouement souvent funeste, sans exclure une issue heureuse.
  • Dans les tragédies étudiées, devoir, passion, pouvoir ou fatalité font obstacle à l’amour ; cet obstacle n’est pas nécessairement intérieur ni insurmontable dans toute tragédie.
  • La comédie d’intrigue oppose souvent les amants à un père, un tuteur ou un mariage arrangé ; les ruses et les reconnaissances peuvent lever cet obstacle social.
  • Le drame romantique, théorisé par Victor Hugo dans la Préface de Cromwell (1827), mélange le sublime et le grotesque, refuse les unités de temps et de lieu, et situe l'obstacle dans l'histoire ou la société.
  • Le dénouement du drame romantique varie : mort des amants ou résolution partielle ; l’issue ne suffit pas à distinguer le drame de la tragédie et de la comédie.
  • Corneille (Le Cid, tragi-comédie en 1637, tragédie en 1648) et Racine (Bérénice, 1670 ; Phèdre, 1677) donnent les repères de la tragédie ; Molière et Beaumarchais ceux de la comédie ; Hugo et Musset ceux du drame.

Trois genres, trois usages de l'obstacle

Genre, nature de l'obstacle, dénouement, exemple
GenreNature de l'obstacleDénouementExemple daté
Tragédie classiqueIntérieur, politique, social ou fatalSouvent funeste ; issue heureuse possiblePhèdre (Racine, 1677)
Tragi-comédie (1637), puis tragédie (1648)Intérieur : conflit entre amour et devoir familialOuvert : union différée, acquise de haute lutteLe Cid (Corneille, 1637)
ComédieSocial : rang, autorité paternelle, mariage arrangéSouvent heureux ; obstacle levé par ruse ou reconnaissanceLe Barbier de Séville (Beaumarchais, 1775)
Drame romantiqueHistorique ou social, mêlé au tragique intimeMixte : mort possible ou issue partielleHernani (Hugo, 1830)

La tragédie classique articule une action élevée, des conflits graves, les unités, la vraisemblance et la bienséance. Ces règles n’imposent pas un dénouement malheureux : dans Cinna, la clémence d’Auguste sauve les conjurés et permet le mariage de Cinna et d’Émilie. Dans Le Cid, Rodrigue et Chimène s’aiment mais le meurtre du père de Chimène par Rodrigue, pour venger l’honneur du sien, oppose amour et devoir familial ; le dénouement reste ouvert. La pièce est d’abord qualifiée de tragi-comédie en 1637, puis de tragédie en 1648. Dans Bérénice (1670), Titus renonce à épouser la reine parce que Rome refuse une reine étrangère : l’obstacle est politique autant qu’intérieur, et la séparation demeure sans mort. La nature et l’issue du conflit doivent donc se vérifier œuvre par œuvre.

La comédie : l'obstacle social levé par la ruse

Dans la comédie d’intrigue, un valet, une servante ou un entremetteur contribue souvent à déjouer l’obstacle : déguisement, quiproquo, lettre interceptée ou reconnaissance. L’opposant peut être ridiculisé et l’action aboutir au mariage. Ce schéma n’épuise pourtant pas la comédie : Le Misanthrope sépare Alceste et Célimène, dont les projets de vie restent incompatibles. La portée sociale et morale, la diversité des caractères et le traitement comique comptent autant que l’issue amoureuse.

Dans Le Barbier de Séville, en 1775, le tuteur Bartholo veut épouser lui-même sa pupille Rosine ; Figaro, barbier entremetteur, organise à la place du comte Almaviva les ruses successives qui trompent la surveillance du vieil homme jusqu'au mariage final.

Obstacle social classique (le tuteur jaloux), levé par la ruse d'un personnage subalterne : le schéma comique par excellence.

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, en 1730, Silvia et Dorante échangent leur identité avec leurs valets pour observer l'autre sans se compromettre avant un mariage arrangé par les familles.

L'obstacle social se double ici d'une épreuve de sincérité : le déguisement sert à vérifier le sentiment avant de lever l'obstacle du rang.

Le drame romantique : mélange des tons et dénouement mixte

Victor Hugo théorise le drame romantique dans la Préface de Cromwell, en 1827 : le sublime doit désormais coexister avec le grotesque dans une même œuvre, à l'image du monde réel où le tragique côtoie le trivial. Le genre refuse les unités de temps et de lieu qu'observait la tragédie et ne garde que l'unité d'action, pour épouser le mouvement de l'histoire sur plusieurs années et plusieurs lieux. L'obstacle à l'amour n'est plus seulement intérieur : il tient au rang social, aux intrigues de cour, à une révolution en cours, ce qui rapproche le drame du roman historique contemporain de son essor.

Dans Hernani, en 1830, le bandit proscrit Hernani aime doña Sol, convoitée aussi par le roi d'Espagne et par un vieux duc, dans une intrigue qui mêle honneur féodal et raison d'État.

Trois prétendants de rang différent, un cadre historique daté : l'obstacle est à la fois social et politique, non plus seulement moral.

Dans Ruy Blas, en 1838, un laquais déguisé en grand d'Espagne aime la reine et meurt empoisonné après avoir révélé sa condition ; dans On ne badine pas avec l'amour, en 1834, l'orgueil de deux cousins qui s'aiment provoque, par un jeu de dépit, la mort accidentelle d'une jeune paysanne, Rosette.

Deux issues différentes du même genre : la mort du héros dans un cas, un dénouement funeste par ricochet dans l'autre — le drame n'impose aucune issue fixe.

Ruy Blas (1838) fait de l'écart de rang le cœur de l'amour contrarié. Dans l'Espagne de la fin du XVIIe siècle, Ruy Blas, laquais de don Salluste, aime en secret la reine, Marie de Neubourg, épouse de Charles II ; il se dit « ver de terre amoureux d'une étoile ». Disgracié par la reine pour avoir séduit une dame d'honneur qu'il refuse d'épouser, Salluste se venge en faisant passer son valet pour son cousin don César et en l'introduisant à la cour. Ruy Blas y gagne la confiance de la reine, devient ministre et dénonce la corruption des grands (« Bon appétit, messieurs ! ») ; la reine lui avoue son amour. Mais cet amour repose sur une identité d'emprunt : Salluste revient pour compromettre la reine. Au dernier acte, Ruy Blas se révèle (« Je m'appelle Ruy Blas, et je suis un laquais ! »), tue Salluste et s'empoisonne ; la reine lui crie « Je t'aime ! » et le nomme enfin, « Ruy Blas ! », avant qu'il meure sur un « Merci ! ». L’obstacle de rang et la machination politique s’accompagnent de la honte et de la culpabilité du héros ; le quatrième acte, dominé par le vrai don César, fait place au grotesque, conformément au mélange des tons du drame.

Confusions fréquentes

Tragédie et drame romantique ne sont pas synonymes
La tragédie classique privilégie le ton élevé et les conventions d’unité et de bienséance ; le drame romantique mélange sublime et grotesque et rejette les unités de temps et de lieu.
La comédie n'est pas dénuée d'enjeu sérieux
L'obstacle social qu'elle met en scène (mariage forcé, autorité paternelle, tutelle) reflète des rapports de pouvoir réels ; seul le traitement, comique et résolu par la ruse, change.
Le dénouement du drame n'est pas nécessairement funeste
Le drame peut mener à la mort ou à une résolution partielle ; cette variété ne lui est pas exclusive. La tragédie peut aussi finir heureusement, comme Cinna.

Pour identifier un genre au concours, croiser quatre repères : la nature de l'obstacle (intérieur, social, historique), le registre (un seul ton ou mélangé), le respect des unités, et l'issue (funeste, heureuse ou mixte) — jamais un seul indice isolé.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La tragédie classique obéit aux unités d'action, de temps et de lieu.Voir le corrigé

    Vrai

    Ces trois unités, avec la vraisemblance et la bienséance, structurent la tragédie héritée d'Aristote et de sa relecture classique.

  2. 2.Dans la comédie, l'obstacle à l'amour est le plus souvent intérieur : le devoir ou la passion coupable.Voir le corrigé

    Faux

    Devoir et passion coupable dominent dans plusieurs tragédies étudiées ; la comédie d’intrigue privilégie l’obstacle social, que ruses et reconnaissances peuvent lever. Ce sont des tendances, non des règles sans exception.

  3. 3.Victor Hugo théorise le mélange du sublime et du grotesque dans la Préface de Cromwell, en 1827.Voir le corrigé

    Vrai

    Ce texte fonde la doctrine du drame romantique, qui refuse par ailleurs les unités de temps et de lieu.

  4. 4.Le drame romantique respecte les unités de temps et de lieu, comme la tragédie classique.Voir le corrigé

    Faux

    Hugo, dans la Préface de Cromwell, rejette les unités de temps et de lieu ; il ne garde que l'unité d'action, ou d'ensemble.

  5. 5.Dans Le Cid, en 1637, l'obstacle à l'amour de Rodrigue et Chimène est un conflit entre l'amour et le devoir familial.Voir le corrigé

    Vrai

    Le meurtre du père de Chimène par Rodrigue, pour venger l'honneur de son propre père, dresse un devoir contraire à leur amour.

  6. 6.Hugo et Musset fournissent les principaux repères de la tragédie classique.Voir le corrigé

    Faux

    Hugo et Musset donnent les repères du drame romantique ; la tragédie classique a pour repères Corneille et Racine (Le Cid, Bérénice, Phèdre).

Textes de référence

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