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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

La place de la violence et la violence politique

16 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Selon Max Weber, l'État se définit par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné.

La violence politique met à l'épreuve le principe même de l'État moderne : le monopole qu'il revendique sur l'usage légitime de la force. Émeute, terrorisme, radicalisation en sont des formes distinctes, que la notion distingue avec précision, définitions et exemples à l'appui. La réponse de la puissance publique, du maintien de l'ordre aux régimes d'exception, pose à son tour la question d'une violence exercée par l'État lui-même. C'est un sujet d'option qui mobilise sociologie du pouvoir, droit et actualité.

À retenir

  • Max Weber (conférence « Politik als Beruf », 1919, traduite dans Le Savant et le politique) définit l'État par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné : lui seul peut employer la coercition sans que cet usage soit lui-même illégitime.
  • Pierre Bourdieu distingue la violence symbolique, qui s'exerce sans coercition apparente, par la méconnaissance des rapports de domination qu'elle installe, notamment dans l'école et la culture.
  • L'émeute est une flambée peu structurée, déclenchée par un événement précipitant (une mort, une bavure), sans porte-parole ni revendication formulée, à distinguer du répertoire d'action policé étudié par Charles Tilly.
  • Le terrorisme vise des cibles souvent civiles pour produire un effet de terreur et une résonance médiatique disproportionnée par rapport aux moyens engagés ; il se distingue de la guérilla, qui recherche un contrôle territorial durable.
  • Farhad Khosrokhavar décrit la radicalisation comme un processus combinant des griefs personnels, une idéologie qui les justifie et une socialisation dans un groupe qui valide le recours à la violence.
  • Le schéma national du maintien de l'ordre, publié en septembre 2020 puis actualisé en décembre 2021, rend les forces plus mobiles pour interpeller les fauteurs de troubles et améliore la communication avec les manifestants ; la Défenseure des droits a regretté qu'il ne fasse pas le choix de la désescalade.
  • Les régimes d'exception (état d'urgence, loi du 3 avril 1955 ; état de siège, article 36 de la Constitution) élargissent les pouvoirs de police de l'État, ce qui rouvre le débat sur la proportionnalité d'une violence exercée par l'État lui-même.

Le monopole étatique de la violence légitime

Deux formes de violence, selon Max Weber et Pierre Bourdieu
NotionDéfinitionCaractère
Monopole de la violence physique légitimeL'État seul peut employer la coercition physique sans que cet usage soit lui-même illégitimeFondateur de l'État moderne (Weber, 1919)
Violence symboliqueDomination qui s'exerce sans coercition apparente, par la méconnaissance des rapports qu'elle installeThéorisée par Pierre Bourdieu, notamment à l'école
Violence directeCoercition physique explicite, exercée hors du cadre étatiqueToute contestation armée ou physique du monopole

Le monopole de la violence physique légitime ne signifie pas l'absence de toute violence dans la société : il signifie que l'État est seul habilité à juger de la légitimité de son propre usage de la force, et à sanctionner tout usage concurrent. La violence protestataire, qu'elle prenne la forme d'une émeute ou d'une action terroriste, se définit d'abord par rapport à ce monopole : elle le conteste, directement ou indirectement, en revendiquant un usage de la force que l'État seul est censé détenir. La violence symbolique décrite par Pierre Bourdieu opère sur un registre différent, sans affrontement physique, mais avec un effet de domination durable, notamment scolaire et culturel.

Un cortège syndical se disperse dans le calme, encadré par un service d'ordre déclaré ; à quelques rues, un groupe isolé incendie du mobilier urbain sans lien avec l'organisation du cortège.

Distinguer l'action collective organisée, qui négocie sa présence avec l'autorité, de la violence sporadique qui échappe à tout porte-parole : un repère utile pour qualifier un événement en QRC.

Émeute, terrorisme, radicalisation : trois formes distinctes

Émeute, terrorisme, guérilla : trois formes de violence non étatique
CritèreÉmeuteTerrorismeGuérilla
OrganisationPeu structurée, sans commandement stableRéseau ou cellule organisés, avec planificationStructure hiérarchique durable, contrôle de zones
DéclencheurÉvénement précipitant (mort, bavure)Stratégie délibérée de terreurObjectif de contrôle territorial progressif
Cible viséeSymboles matériels proches, biens publicsCibles souvent civiles, effet de sidérationForces adverses, appareil d'État
RevendicationAbsente ou diffuseSouvent revendiquée, discours politique expliciteProgramme politique ou national affirmé

La radicalisation, telle que la décrit Farhad Khosrokhavar, est le processus par lequel un individu ou un groupe en vient à justifier la violence au nom d'une cause : elle combine des griefs personnels (une expérience d'humiliation, d'exclusion, de deuil), une idéologie qui leur donne un sens et un ennemi désigné, et une socialisation dans un groupe, réel ou en ligne, qui valide et intensifie cette trajectoire. Un engagement militant ordinaire, même radical dans ses idées, ne devient une radicalisation au sens de ce processus que lorsqu'il conduit à justifier ou à envisager le recours à la violence.

Confusions fréquentes

Émeute et manifestation ne se confondent pas
La manifestation s'inscrit dans un répertoire d'action déclaré, avec un ou plusieurs porte-parole ; l'émeute est une flambée sans revendication structurée, déclenchée par un événement précipitant.
Terrorisme et guérilla poursuivent des objectifs différents
Le terrorisme recherche un effet de terreur et une résonance médiatique disproportionnée par rapport aux moyens engagés ; la guérilla vise un contrôle territorial durable, par une stratégie militaire de longue haleine.
Radicalisation n'est pas synonyme d'engagement radical
Adopter des idées radicales ne suffit pas à caractériser une radicalisation au sens du processus décrit par Khosrokhavar : il faut l'adhésion à la violence comme moyen légitime d'action.

Maintien de l'ordre, désescalade et régimes d'exception

Le maintien de l'ordre en France : doctrine et débat
ApprocheMot d'ordrePrincipe
Doctrine classiqueMise à distanceUnités spécialisées, usage graduel et proportionné de la force, mise à distance des manifestants pour éviter le contact physique
Schéma national du maintien de l'ordre (2020, actualisé en 2021)Mobilité et réactivitéUnités plus mobiles pour interpeller les fauteurs de troubles, meilleure communication avec les manifestants (sommations, panneaux lumineux, réseaux sociaux)
Désescalade, prônée par la Défenseure des droits (2020)ApaisementFaire baisser les tensions par le dialogue avec la foule ; choix que le schéma n'a pas fait

Face à une menace grave, l'État dispose de régimes d'exception qui élargissent ses pouvoirs de police : l'état d'urgence, fondé sur la loi du 3 avril 1955, autorise des mesures administratives renforcées sous le contrôle du juge administratif ; l'état de siège, prévu à l'article 36 de la Constitution, transfère des pouvoirs de police à l'autorité militaire. Ces pouvoirs élargis nourrissent en retour la question de la violence d'État : la contestation porte alors sur la proportionnalité de certains usages de la force par les représentants de l'État eux-mêmes, ce qui n'empêche pas de replacer chaque épisode dans le cadre juridique qui l'encadre ou, à l'inverse, le sanctionne.

Pour une QRC sur la violence politique, distinguer systématiquement l'acteur (État ou non-État), la cible (biens, personnes, symboles) et l'objectif (terreur, contrôle territorial, contestation ponctuelle) : ce triptyque structure une réponse claire en quelques lignes.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Selon Max Weber, l'État se définit par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette définition, formulée dans la conférence « Politik als Beruf » (1919), traduite dans Le Savant et le politique, fait de la légitimité de la force le critère distinctif de l'État moderne.

  2. 2.Une émeute se caractérise par une organisation durable et des revendications précisément formulées.Voir le corrigé

    Faux

    C'est l'inverse : l'émeute est une flambée peu structurée, déclenchée par un événement précipitant, sans porte-parole ni programme.

  3. 3.Le terrorisme vise une résonance médiatique disproportionnée par rapport aux moyens matériels engagés.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette disproportion caractérise l'effet de terreur recherché, à la différence de la guérilla, tournée vers un contrôle territorial.

  4. 4.La radicalisation, selon Farhad Khosrokhavar, se réduit à l'adhésion à une idéologie extrême.Voir le corrigé

    Faux

    Le processus combine aussi des griefs personnels et une socialisation de groupe ; l'idéologie seule n'y suffit pas à le caractériser.

  5. 5.Le schéma national du maintien de l'ordre, publié en 2020, cherche à rendre les forces de l'ordre plus mobiles face aux cortèges.Voir le corrigé

    Vrai

    Il vise à interpeller les fauteurs de troubles et améliore la communication avec les manifestants ; la Défenseure des droits a regretté qu'il ne fasse pas le choix de la désescalade.

  6. 6.L'état de siège, prévu à l'article 36 de la Constitution, laisse l'ensemble des pouvoirs de police aux autorités civiles.Voir le corrigé

    Faux

    Il transfère au contraire des pouvoirs de police à l'autorité militaire, à la différence de l'état d'urgence, resté sous administration civile.

Textes de référence

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