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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Définition du fait politique, pouvoir, légitimité et légitimation

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Le pouvoir wébérien est une relation asymétrique et non une propriété que l'on détient.

Le programme de sciences politiques de l'option d'inspecteur s'ouvre sur les notions qui portent toutes les autres : qu'est-ce que le politique, qu'est-ce que le pouvoir, et pourquoi certains rapports de domination sont-ils obéis sans qu'il soit besoin d'y recourir sans cesse à la force. Max Weber propose la grammaire encore dominante de ces questions : le pouvoir comme relation, la domination comme chance d'être obéi, la légitimité comme croyance qui rend cette obéissance durable. La notion distingue nettement le politique, institution et sphère d'activité, et la politique, compétition pour l'exercice du pouvoir, puis présente les trois idéaux-types wébériens de légitimité et les deux voies contemporaines de légitimation, par les procédures et par les résultats.

À retenir

  • Le politique (« the polity ») désigne l'institution, l'État, la sphère distincte des rapports sociaux ; la politique (« politics » et « policy ») désigne l'activité de compétition entre acteurs pour le pouvoir et le contenu des décisions publiques.
  • Le pouvoir n'est pas une chose que l'on détient mais une relation asymétrique : selon la formule de Robert Dahl (« The Concept of Power », 1957), A a du pouvoir sur B dans la mesure où il obtient de B ce que B n'aurait pas fait autrement.
  • Max Weber définit l'État moderne par le monopole de la violence physique légitime, revendiqué avec succès sur un territoire donné (conférence « Politik als Beruf », 1919, traduite dans Le Savant et le politique).
  • Weber distingue le pouvoir (Macht), capacité d'imposer sa volonté même contre une résistance, et la domination (Herrschaft), chance qu'un ordre déterminé trouve obéissance auprès d'un groupe donné : la domination suppose un minimum de consentement.
  • Trois idéaux-types de légitimité fondent l'obéissance : traditionnelle (le caractère sacré de coutumes instituées de tout temps), charismatique (les qualités hors du commun prêtées à un chef), légale-rationnelle (la croyance en la légalité des règles édictées et la compétence de ceux qui commandent en vertu de ces règles).
  • La légitimation contemporaine emprunte deux voies distinctes : par les procédures, le respect de règles reconnues (élection, débat contradictoire, séparation des pouvoirs) ; par les résultats, l'efficacité perçue de l'action publique, quel que soit le chemin institutionnel suivi.

Le politique et la politique : une distinction de vocabulaire

Le français dit « la politique » pour trois réalités que l'anglais distingue par trois mots. La polity est l'institution, l'espace politique et ses règles du jeu : la Constitution, les rapports entre pouvoirs. Les politics sont l'activité de compétition entre acteurs pour conquérir et exercer le pouvoir : une campagne électorale, une négociation de majorité, une lutte de factions. La policy est le contenu et la mise en œuvre des décisions publiques : une réforme, un budget, un règlement. Cette distinction, reprise par la sociologie politique française sous les termes « le politique » et « la politique », aide à situer une question de concours dans le bon registre avant d'y répondre.

Trois sens que le français regroupe dans un seul mot
AnglaisObjetExemple
PolityL'institution, l'espace politique et ses règles du jeuLa Constitution, les institutions de la Ve République
PoliticsLa compétition entre acteurs pour conquérir et exercer le pouvoirUne campagne électorale, une négociation de majorité
PolicyLe contenu et la mise en œuvre des décisions publiquesUne réforme des retraites, une politique fiscale

Un ministre qui fait voter une loi de finances agit dans les trois registres à la fois : il négocie avec sa majorité (politics), au sein d'institutions déterminées (polity), pour produire un budget (policy).

Le distinguo aide à situer une question de concours dans le bon registre : institutions, acteurs ou politiques publiques.

Pouvoir, domination et légitimité selon Max Weber

Le pouvoir (Macht) est, chez Weber, la capacité d'imposer sa volonté, même contre une résistance, quels que soient les moyens employés : il vaut pour tout rapport social, du chef d'entreprise au chef d'État. La domination (Herrschaft) est plus étroite : la chance qu'un ordre déterminé trouve obéissance de la part d'un groupe donné, ce qui suppose un minimum de consentement de ceux qui obéissent. L'État moderne se définit par le monopole de la violence physique légitime revendiqué avec succès sur un territoire donné : seul l'État peut légitimement contraindre, et il délègue cette capacité selon des règles.

Pour expliquer pourquoi une domination dure sans recours constant à la force, Weber construit trois idéaux-types de légitimité, trois raisons pour lesquelles un groupe obéit à un ordre qu'il juge fondé.

Les trois idéaux-types de légitimité
Idéal-typeFondement de l'obéissanceExempleFragilité
TraditionnelleLe caractère sacré de coutumes et de pouvoirs institués de tout tempsUne monarchie héréditaire, l'autorité d'un chef de clanS'adapte mal au changement, dépend de la continuité des usages
CharismatiqueLes qualités exceptionnelles, héroïques ou exemplaires prêtées à une personneUn chef révolutionnaire, un fondateur de mouvementInstable : pose la question de sa transmission après la disparition du chef
Légale-rationnelleLa croyance en la légalité des règles édictées et la compétence de ceux qui commandent en vertu de ces règlesUn fonctionnaire ou un élu agissant dans le cadre de ses attributionsDépend de la stabilité et de la neutralité perçue des règles

Confusions fréquentes

La légitimité n'est pas la légalité
Une règle peut être légale, conforme au droit en vigueur, sans être perçue comme légitime par ceux qui doivent l'appliquer ; à l'inverse, un chef révolutionnaire peut être légitime avant même d'avoir produit une règle écrite.
Un idéal-type n'est pas une photographie du réel
Les trois formes de légitimité de Weber sont des types purs, construits pour l'analyse : un régime concret combine presque toujours plusieurs fondements, une monarchie constitutionnelle articulant tradition et légalité.
Le pouvoir n'exige pas la violence, la domination n'exige pas l'unanimité
La capacité d'imposer sa volonté peut s'exercer sans violence physique, par la persuasion ou l'incitation ; la domination ne suppose qu'une chance suffisante d'obéissance, non l'adhésion de chacun.

Se légitimer : par les procédures, par les résultats

Un pouvoir ne se légitime pas seulement par son origine ; il se reconstruit en continu par la manière dont il s'exerce, selon deux voies. La légitimation par les procédures évalue un pouvoir au respect de règles reconnues : élection régulière, débat contradictoire, séparation des pouvoirs, recours possible devant un juge. La légitimation par les résultats évalue au contraire un pouvoir à l'efficacité perçue de son action, indépendamment du chemin institutionnel suivi pour l'obtenir. Ces deux voies ne sont pas exclusives l'une de l'autre : un même pouvoir peut cumuler les deux, ou voir l'une suppléer l'autre quand elle s'affaiblit.

Une réforme votée dans les formes mais aux effets décevants reste souvent contestée ; un dispositif pris par ordonnance, donc plus disputé sur la procédure, peut être accepté si son efficacité est reconnue.

Argument utilisable en QRC : les deux légitimations peuvent jouer en sens contraire l'une de l'autre sur un même dispositif.

Pour une question sur un pouvoir contesté, distinguer systématiquement la légitimité de son origine (élection, tradition, charisme) et la légitimité de son exercice (procédure suivie, résultats obtenus) : ce sont deux questions différentes.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Le pouvoir wébérien est une relation asymétrique et non une propriété que l'on détient.Voir le corrigé

    Vrai

    Weber définit la puissance comme la chance de faire triompher sa volonté « au sein d'une relation sociale » ; Robert Dahl (1957) formalisera cette approche relationnelle : A a du pouvoir sur B s'il obtient de B ce que B n'aurait pas fait autrement.

  2. 2.Selon Max Weber, l'État moderne se définit par la détention exclusive des moyens de production.Voir le corrigé

    Faux

    C'est une définition marxiste de la domination de classe ; Weber définit l'État par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné.

  3. 3.La légitimité charismatique repose sur la croyance en la légalité des règlements édictés.Voir le corrigé

    Faux

    C'est le fondement de la légitimité légale-rationnelle ; la légitimité charismatique tient aux qualités exceptionnelles prêtées à une personne.

  4. 4.La domination, chez Weber, suppose une chance suffisante que les ordres donnés soient obéis.Voir le corrigé

    Vrai

    La domination (Herrschaft) est la probabilité qu'un ordre déterminé trouve obéissance de la part d'un groupe donné, non l'adhésion de chacun.

  5. 5.Un idéal-type wébérien correspond à la moyenne statistique des régimes politiques observés.Voir le corrigé

    Faux

    L'idéal-type n'est ni une moyenne ni une description : c'est une construction intellectuelle qui accentue délibérément certains traits pour l'analyse ; un régime concret combine plusieurs fondements de légitimité.

  6. 6.La légitimation par les résultats évalue un pouvoir à l'efficacité perçue de son action, indépendamment de la procédure suivie.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle s'oppose en cela à la légitimation par les procédures, qui juge un pouvoir au respect des règles reconnues, quel qu'en soit le contenu.

Textes de référence

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