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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Transformations de la démocratie contemporaine, présidentialisation, république et monarchie

16 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La présidentialisation suppose que le chef de l'État soit élu au suffrage direct.

Le gouvernement représentatif n'a pas fini d'évoluer : Bernard Manin décrit une troisième phase historique, la « démocratie du public », où la compétition se personnalise autour de figures plus que de programmes, y compris dans des régimes où le chef de l'État n'est pas élu au suffrage direct. Cette présidentialisation coexiste avec une défiance croissante envers les représentants, à laquelle Pierre Rosanvallon répond par la notion de contre-démocratie. La notion distingue enfin forme républicaine et qualité démocratique d'un régime, que le programme cite séparément (la république, la monarchie) : plusieurs monarchies sont des démocraties parlementaires pleines.

À retenir

  • La présidentialisation désigne la personnalisation croissante de la compétition politique autour d'un chef, y compris dans des régimes parlementaires où le chef de l'État n'est pas élu au suffrage direct : campagnes centrées sur les leaders, primaires internes, communication verticale.
  • Bernard Manin décrit une troisième phase historique du gouvernement représentatif, la démocratie du public : après le parlementarisme puis la démocratie de partis, l'électeur choisit moins un programme qu'une personne, dans un rapport plus versatile aux médias.
  • La défiance envers les représentants et la crise de la représentation se traduisent par la volatilité électorale, l'abstention et la défection envers les partis établis, sans que ces phénomènes signifient un rejet de la démocratie comme régime.
  • Monarchie parlementaire et république ne s'opposent pas sur le plan démocratique : plusieurs monarchies, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Suède, sont des démocraties parlementaires pleines, le monarque y régnant sans gouverner.
  • La forme républicaine, élection du chef de l'État et mandat limité dans le temps, n'est donc pas une condition de la démocratie ; elle est en France indissociable de l'histoire nationale.
  • Pierre Rosanvallon répond à la défiance par un troisième pouvoir démocratique, distinct du pouvoir électoral : la surveillance, exercée sur l'action publique, l'empêchement, mobilisations et recours qui contraignent une décision, et le jugement, recours croissant aux tribunaux pour trancher des conflits politiques.

La présidentialisation et la démocratie du public

La présidentialisation désigne un mouvement observé dans de nombreux régimes parlementaires : la compétition politique se personnalise autour d'un chef, premier ministre ou chef de parti, dont la stature domine la campagne, y compris là où il n'est pas élu au suffrage universel direct. Elle se traduit par des primaires internes aux partis pour désigner un candidat unique, une communication de campagne centrée sur le leader plutôt que sur le collectif partisan, et un exercice du pouvoir plus vertical une fois l'élection acquise.

Bernard Manin situe ce mouvement dans une troisième phase historique du gouvernement représentatif, qu'il nomme la démocratie du public. La première phase, le parlementarisme, voyait des notables locaux élus sur leur réputation personnelle ; la deuxième, la démocratie de partis, organisait le vote autour de programmes et d'appartenances stables ; la troisième, la démocratie du public, voit l'électeur choisir moins un programme stable qu'une personne, dans un rapport plus versatile et plus horizontal aux médias, où l'image et la communication comptent autant que l'offre programmatique.

Confusions fréquentes

Présidentialisation ne signifie pas régime présidentiel
La présidentialisation est un phénomène de personnalisation de la compétition politique ; le régime présidentiel est une catégorie juridique précise, définie par une séparation rigide des pouvoirs sans responsabilité politique de l'exécutif devant le législatif.
La démocratie du public ne rend pas l'électeur passif
Le choix se personnalise, mais l'électeur reste actif : il compare des personnes plutôt que des programmes détaillés, ce qui est un déplacement du jugement politique, non sa disparition.

Monarchie parlementaire et république : deux formes, un même possible démocratique

La forme républicaine, l'élection du chef de l'État et la limitation de son mandat dans le temps, n'est pas une condition de la démocratie : plusieurs monarchies parlementaires sont des démocraties pleines, où le monarque hérite de sa fonction mais règne sans gouverner, la responsabilité politique appartenant au gouvernement devant le Parlement. La qualité démocratique d'un régime tient au caractère compétitif de l'élection des gouvernants, au pluralisme réel et aux garanties libérales, non à la forme, monarchique ou républicaine, du chef de l'État.

Deux exemples de monarchies parlementaires et deux exemples de républiques
PaysChef de l'ÉtatRôle politique effectif
Royaume-UniMonarque héréditaireSymbolique et protocolaire ; le premier ministre issu de la majorité aux Communes dirige l'action politique
EspagneMonarque héréditaireArbitrage et représentation ; le gouvernement est responsable devant le Congrès des députés
AllemagnePrésident fédéral élu indirectementLargement représentatif ; le chancelier, issu du Bundestag, dirige l'action politique
FrancePrésident élu au suffrage universel directPouvoirs propres importants, dans un régime mixte associé à un gouvernement responsable devant l'Assemblée

Aucune des monarchies parlementaires d'Europe occidentale ne figure parmi les régimes les moins démocratiques du continent ; la forme monarchique du chef de l'État n'empêche donc en rien un pluralisme réel et une alternance politique effective.

La contre-démocratie de Pierre Rosanvallon

Pierre Rosanvallon répond à la défiance envers les représentants par la notion de contre-démocratie : un troisième pouvoir démocratique, distinct du pouvoir électoral, qui s'exerce en continu plutôt qu'au seul moment du scrutin. La surveillance désigne la vigilance exercée en permanence sur l'action publique, par des associations, des médias, des organismes de contrôle. L'empêchement désigne la capacité de mobilisations, de recours ou de blocages à contraindre une décision, en dehors du cadre électoral. Le jugement désigne un recours croissant aux tribunaux pour trancher des conflits politiques, une judiciarisation qui déplace vers le juge des questions autrefois réservées au débat parlementaire.

Les trois fonctions de la contre-démocratie
FonctionCe qu'elle exerceExemple de forme
SurveillanceUne vigilance continue sur l'action publiqueAssociations de contrôle, presse d'investigation, organismes indépendants
EmpêchementUne capacité à contraindre une décision hors du scrutinMobilisations, pétitions, recours devant un juge
JugementUn arbitrage judiciaire des conflits politiquesSaisine du juge administratif ou constitutionnel

Pour une question sur la défiance, présenter la contre-démocratie non comme un rejet de la démocratie représentative mais comme son complément : elle comble la défiance entre deux élections, sans remplacer la légitimité électorale des gouvernants.

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Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La présidentialisation suppose que le chef de l'État soit élu au suffrage direct.Voir le corrigé

    Faux

    La présidentialisation est une personnalisation de la compétition politique autour d'un chef, observée aussi dans des régimes parlementaires où le chef de l'État n'est pas élu au suffrage direct.

  2. 2.Selon Bernard Manin, la démocratie du public succède au parlementarisme et à la démocratie de partis.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est la troisième des trois phases historiques du gouvernement représentatif qu'il distingue, caractérisée par la personnalisation du choix électoral.

  3. 3.Dans une monarchie parlementaire, le monarque gouverne tout en régnant.Voir le corrigé

    Faux

    Le monarque y règne sans gouverner : la responsabilité politique appartient au gouvernement. C'est pourquoi des monarchies comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou la Suède sont des démocraties parlementaires pleines.

  4. 4.La qualité démocratique d'un régime tient à la forme monarchique ou républicaine de son chef de l'État.Voir le corrigé

    Faux

    Elle tient au caractère compétitif de l'élection des gouvernants, au pluralisme réel et aux garanties libérales, non à la forme du chef de l'État.

  5. 5.Pierre Rosanvallon décrit la contre-démocratie comme un troisième pouvoir démocratique, distinct du pouvoir électoral.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle s'exerce en continu, par la surveillance, l'empêchement et le jugement, plutôt qu'au seul moment du scrutin.

  6. 6.La judiciarisation des conflits politiques est étrangère à la notion de contre-démocratie.Voir le corrigé

    Faux

    Elle en est au contraire l'une des trois fonctions, le jugement, qui désigne le recours croissant aux tribunaux pour trancher des conflits autrefois réservés au débat parlementaire.

Textes de référence

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