L'évolution de l'ouverture des économies depuis le XIXe siècle
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La première mondialisation (1870-1914) reposait notamment sur la stabilité des changes assurée par l'étalon-or.
Le commerce international n'a pas connu une seule vague d'ouverture continue depuis le XIXe siècle : une première mondialisation, portée par le chemin de fer et l'étalon-or, s'effondre dans le repli protectionniste de l'entre-deux-guerres, avant qu'un système multilatéral prudent, construit après 1945, ne prépare une seconde mondialisation, depuis les années 1980, organisée autour de chaînes de valeur qui fragmentent la production à l'échelle du monde et que pilotent des firmes réseaux. La notion donne une chronologie précise de ces phases, apprend à mesurer l'ouverture d'une économie, au-delà des seules dates à retenir, et décrit les relations hors marché qui s'organisent autour de ces firmes.
À retenir
- La première mondialisation (1870-1914) s'appuie sur la baisse des coûts de transport, chemin de fer et bateau à vapeur, sur la stabilité des changes assurée par l'étalon-or, et sur des migrations de masse peu entravées.
- Le repli protectionniste de l'entre-deux-guerres, marqué par le tarif Smoot-Hawley de 1930 aux États-Unis et des dévaluations compétitives sans concertation, contracte le commerce mondial de 60 % en dollars courants et de près d'un tiers en volume entre 1929 et 1932 (OMC).
- Le GATT (1947) engage ses signataires dans des négociations multilatérales pour abaisser les droits de douane ; le plan Marshall finance la reconstruction européenne et soutient la demande de biens américains ; Bretton Woods organise une convertibilité progressive des monnaies.
- Ce compromis d'après-guerre est parfois désigné, notamment par le politiste John Ruggie, comme un libéralisme encastré : une ouverture commerciale conciliée avec les moyens, pour chaque État, de stabiliser son économie interne.
- La seconde mondialisation, depuis les années 1980, repose sur la conteneurisation, la libéralisation des mouvements de capitaux et l'ouverture de grandes économies, au premier rang desquelles la Chine, dont les réformes commencent en 1978 et l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce intervient en 2001.
- Les chaînes de valeur mondiales fragmentent la production d'un même bien entre plusieurs pays, ce qui rend une mesure du commerce en valeur ajoutée préférable à une mesure en valeur brute, qui compte plusieurs fois la même composante à chaque frontière franchie.
- Le taux d'ouverture, qui rapporte la somme des exportations et des importations au PIB (ou leur demi-somme, convention de l'INSEE), mesure l'intensité de l'insertion internationale ; depuis la crise de 2008, plusieurs observateurs relèvent un ralentissement de la mondialisation, que le terme de slowbalisation, forgé par l'essayiste néerlandais Adjiedj Bakas et popularisé par The Economist en janvier 2019, résume.
La première mondialisation (1870-1914)
| Moteur | Effet |
|---|---|
| Baisse des coûts de transport | Chemin de fer, bateau à vapeur, canal de Suez ouvert en 1869 : le coût du transport de marchandises s'effondre |
| Étalon-or | Des taux de change fixes entre monnaies convertibles en or réduisent l'incertitude des échanges internationaux |
| Migrations de masse | Des dizaines de millions d'Européens émigrent vers les Amériques et l'Océanie, peu entravés par des règles migratoires encore sommaires |
Entre 1870 et 1914, le commerce international, les mouvements de capitaux et les migrations atteignent, en proportion des économies de l'époque, des niveaux exceptionnels : rapporté à la production, le commerce ne retrouve son niveau de 1913 que dans les années 1970 (constat de la Banque fédérale de réserve de Chicago pour les États-Unis, 2001). Cette première mondialisation s'appuie sur un cadre institutionnel léger : l'étalon-or discipline les politiques monétaires sans organisation internationale dédiée, et le libre-échange progresse par des traités bilatéraux plutôt que par des négociations multilatérales, qui n'existent pas encore.
L'ouverture du canal de Suez en 1869 réduit de plusieurs semaines la traversée entre l'Europe et l'Asie, ce qui abaisse le coût du transport des marchandises et favorise l'essor du commerce entre les deux continents.
Le repli protectionniste de l'entre-deux-guerres
| Instrument | Exemple |
|---|---|
| Tarifs douaniers prohibitifs | Le tarif Smoot-Hawley, adopté aux États-Unis en 1930 |
| Dévaluations compétitives | Chaque pays cherche à doper ses exportations en dépréciant sa monnaie, au risque de représailles |
| Contrôle des changes et quotas | Restriction directe des quantités importées, au-delà du seul renchérissement par les droits de douane |
La Grande Dépression, ouverte par le krach de 1929, pousse chaque pays à chercher isolément son salut : le tarif Smoot-Hawley relève fortement les droits de douane américains, suscitant des mesures de rétorsion de plusieurs partenaires commerciaux, tandis que des dévaluations compétitives se succèdent sans concertation. Le commerce mondial s'effondre dans les années qui suivent, de 60 % en dollars courants et de près d'un tiers en volume entre 1929 et 1932 (OMC, Rapport sur le commerce mondial 2007), une contraction qui aggrave la crise plutôt qu'elle ne la résorbe : chaque mesure de protection nationale réduit les débouchés des partenaires commerciaux, qui répliquent à leur tour.
Confusions fréquentes
- Le repli de l'entre-deux-guerres n'est pas un simple ralentissement conjoncturel
- Il s'agit d'une rupture institutionnelle : l'absence de coordination internationale a transformé une crise financière en effondrement généralisé du commerce, ce qui explique la prudence du système construit après 1945.
Bretton Woods et la libéralisation encadrée d'après-guerre
Le système mis en place après 1945 organise une ouverture commerciale progressive et encadrée, pour éviter la répétition du repli des années 1930. Le GATT, accord général sur les tarifs douaniers et le commerce signé en 1947, engage ses signataires dans des négociations multilatérales successives pour abaisser les droits de douane ; son fonctionnement institutionnel et ses cycles de négociation font l'objet d'un module dédié. Le plan Marshall finance la reconstruction de l'Europe occidentale et soutient, dans le même mouvement, la demande de biens américains. Les accords de Bretton Woods organisent une convertibilité progressive des monnaies pour les transactions courantes, ce qui limite le retour des dévaluations compétitives.
| Avant 1914 | Après 1945 | |
|---|---|---|
| Cadre institutionnel | Traités bilatéraux, étalon-or | Négociations multilatérales (GATT), institutions de Bretton Woods |
| Mouvements de capitaux | Peu régulés | Encadrés, souvent limités hors transactions courantes |
| Philosophie | Libre-échange et discipline monétaire stricte | « Libéralisme encastré » : ouverture conciliée avec la stabilisation interne |
Pour situer une date, retenir la logique plutôt que l'année seule : le GATT répond au repli des années 1930, Bretton Woods répond à l'instabilité monétaire de l'entre-deux-guerres ; les deux visent à concilier ouverture et stabilité, ce que résume le terme de libéralisme encastré.
La seconde mondialisation et ses mesures
| Moteur | Effet |
|---|---|
| Conteneurisation | Standardise et réduit fortement le coût du transport maritime de marchandises |
| Libéralisation des capitaux | Démultiplie les flux financiers internationaux à partir des années 1980 |
| Ouverture de grandes économies | Réformes chinoises à partir de 1978, adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce en 2001, intégration des pays d'Europe de l'Est après 1989 |
Des chaînes de valeur mondiales fragmentent désormais la production d'un même bien entre plusieurs pays, chacun réalisant une étape du processus avant l'assemblage final : un smartphone conçu dans un pays peut assembler des composants fabriqués dans une dizaine d'autres avant sa vente. Cette organisation rend trompeuse une mesure du commerce en valeur brute, qui compte plusieurs fois la même composante à chaque frontière franchie ; les statisticiens lui préfèrent une mesure en valeur ajoutée. Le taux d'ouverture, qui rapporte la somme des exportations et des importations au PIB (ou leur demi-somme, convention de l'INSEE), permet de suivre l'intensité de cette insertion internationale : un pays affichant 600 milliards d'euros d'exportations et 650 milliards d'importations pour un PIB de 2 500 milliards a un taux d'ouverture de (600 + 650) / 2 500, soit 50 %.
Confusions fréquentes
- Un ralentissement n'est pas un renversement
- Depuis la crise de 2008, plusieurs observateurs relèvent un ralentissement du rythme de la mondialisation, parfois désigné par le terme slowbalisation (forgé par Adjiedj Bakas, popularisé par The Economist en janvier 2019), sans que cela équivaille au retournement institutionnel de l'entre-deux-guerres.
Les firmes réseaux et les relations hors marché
Une firme réseau est une entreprise, le plus souvent un groupe multinational, qui conserve son cœur de métier (conception, recherche, marque, commercialisation, coordination d'ensemble) et fait produire le reste par des partenaires qu'elle pilote : filiales, sous-traitants, fabricants sous contrat, licenciés, franchisés. Le choix entre faire et faire faire renvoie à Ronald Coase (« The Nature of the Firm », 1937) : la firme se substitue au marché lorsque la coordination par l'autorité coûte moins cher que le recours au mécanisme des prix. Oliver Williamson (Markets and Hierarchies, 1975) précise ces coûts de transaction : il est préférable d'intégrer une transaction lorsqu'elle est complexe et qu'elle exige des actifs spécifiques à la relation ; en 1991, il distingue trois formes d'organisation, le marché, la hiérarchie et, entre les deux, les formes hybrides, dont relèvent la sous-traitance durable, la franchise ou la coentreprise. Depuis les années 1980, trois mouvements ont multiplié ces formes hybrides : l'externalisation des activités jugées secondaires, au profit d'un recentrage sur le cœur de métier ; la baisse des coûts de coordination à distance permise par les technologies de l'information, qui rend possible ce que Richard Baldwin appelle le second dégroupage (second unbundling, 2006), la dispersion internationale des étapes de production ; la libéralisation des échanges et des capitaux, qui permet de loger chaque maillon de la chaîne de valeur, au sens de Michael Porter (Competitive Advantage, 1985), là où il est le plus avantageux. Les chaînes de valeur mondiales qui en résultent pèsent lourd : selon l'OCDE (2020), 70 % du commerce international relève de la production au sein de chaînes de valeur mondiales. En 2023, 6 800 firmes multinationales françaises contrôlent 55 200 filiales à l'étranger, emploient 7 millions de salariés hors de France et y réalisent la moitié de leur chiffre d'affaires consolidé (Insee, novembre 2025).
| Relation | Nature du lien | Exemple |
|---|---|---|
| Relations intragroupe | Propriété du capital : la maison mère contrôle des filiales, créées ou rachetées par investissement direct à l'étranger ; leurs échanges sont facturés à des prix de transfert | Une filiale d'assemblage achète ses composants à une autre filiale du même groupe |
| Sous-traitance et fabrication sous contrat | Contrat sans lien de capital : le donneur d'ordres fixe le cahier des charges, le sous-traitant produit | Un équipementier fabrique des pièces selon les plans d'un constructeur automobile |
| Licences et franchises | Cession du droit d'exploiter un brevet, une marque ou un savoir-faire, contre redevance | Un réseau de restaurants franchisés exploite la marque et les méthodes d'un groupe |
| Coentreprises et alliances | Partage du capital ou des moyens entre firmes qui restent indépendantes, pour un projet ou un marché | Deux groupes créent une filiale commune pour produire des batteries |
| Relations de marché | Achat ponctuel ou répété au prix du marché ; changer de fournisseur coûte peu | L'achat d'un composant standard à des fournisseurs interchangeables |
Gary Gereffi, John Humphrey et Timothy Sturgeon (« The governance of global value chains », 2005) ordonnent ces liens en cinq modes de gouvernance, du moins au plus coordonné : le marché, où changer de partenaire coûte peu ; la chaîne modulaire, où un fournisseur produit selon les spécifications du client et prend en charge toute la technologie de fabrication ; la chaîne relationnelle, faite d'interactions complexes et de dépendance mutuelle, que règlent la confiance et la réputation ; la chaîne captive, où de petits fournisseurs dépendent d'acheteurs beaucoup plus grands, qui les surveillent et les contrôlent étroitement ; la hiérarchie, c'est-à-dire l'intégration verticale. Trois variables déterminent le mode retenu : la complexité des transactions, la possibilité de codifier l'information échangée et les compétences des fournisseurs. Ces réseaux soulèvent plusieurs enjeux. Le partage de la valeur : la firme pilote, qui garde la conception, la marque et la distribution, conserve souvent la part la plus rémunératrice de la chaîne, face à des fournisseurs captifs. La responsabilité : la firme pilote ne possède pas les usines de ses sous-traitants ; après l'effondrement du Rana Plaza (Bangladesh, 2013), la loi française du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance impose aux sociétés d'au moins 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde un plan de vigilance qui couvre leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs. La fiscalité : les prix de transfert des échanges intragroupe sont contrôlés au regard du prix de pleine concurrence. La résilience : la crise sanitaire de 2020 a montré la fragilité de chaînes longues et tendues.
Confusions fréquentes
- Hors marché ne veut pas dire sans prix
- Les échanges entre filiales d'un même groupe sont facturés à des prix de transfert, que l'administration fiscale compare au prix de pleine concurrence : ce qui disparaît, c'est la mise en concurrence à chaque transaction, pas le prix.
- Une firme réseau ne possède pas forcément ses partenaires
- À la différence d'une firme verticalement intégrée (la hiérarchie de Gereffi), elle s'appuie largement sur des entreprises juridiquement indépendantes, liées par des contrats de sous-traitance, de licence ou de franchise.
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1.La première mondialisation (1870-1914) reposait notamment sur la stabilité des changes assurée par l'étalon-or.Voir le corrigé
Vrai
Cette stabilité des changes, associée à la baisse des coûts de transport, a favorisé l'intégration commerciale et migratoire de la période.
2.Le tarif Smoot-Hawley de 1930, adopté par le Royaume-Uni, a contribué à la contraction du commerce mondial entre 1929 et 1932.Voir le corrigé
Faux
Le tarif Smoot-Hawley de 1930 est une mesure protectionniste des États-Unis, non du Royaume-Uni ; il a aggravé l'effondrement du commerce mondial en suscitant des mesures de rétorsion.
3.Le GATT, créé en 1947, engage ses signataires à abaisser progressivement leurs droits de douane par des négociations multilatérales.Voir le corrigé
Vrai
Il précède l'Organisation mondiale du commerce, créée en 1995, qui reprend et étend ses principes.
4.Une chaîne de valeur mondiale désigne l'échange de produits finis similaires entre deux pays de niveau de développement comparable.Voir le corrigé
Faux
Cet échange croisé de produits similaires est le commerce intrabranche. La chaîne de valeur mondiale désigne la fragmentation de la production d'un bien entre plusieurs pays, chacun réalisant une étape du processus.
5.Le taux d'ouverture rapporte le commerce extérieur d'un pays à son PIB.Voir le corrigé
Vrai
Il permet de comparer l'intensité de l'insertion internationale de différentes économies ou d'une même économie dans le temps.
6.Le terme de « slowbalisation », qui résume le ralentissement de la mondialisation depuis la crise de 2008, a été popularisé par le Financial Times en janvier 2019.Voir le corrigé
Faux
Le terme, forgé par l'essayiste néerlandais Adjiedj Bakas, a été popularisé par The Economist en janvier 2019, et non par le Financial Times.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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