Avantage comparatif, théorème HOS, théories contemporaines
17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
Le théorème d'Heckscher-Ohlin-Samuelson explique la spécialisation par les dotations relatives en facteurs de production.
Pourquoi les nations échangent-elles, et qui profite de cet échange ? Depuis Ricardo, la théorie du commerce international n'a cessé de se complexifier : le théorème d'Heckscher-Ohlin-Samuelson explique la spécialisation par les dotations en facteurs de production, mais Wassily Leontief a montré dès 1953 que les échanges réels des États-Unis contredisaient cette prévision. La notion suit cette lignée théorique jusqu'aux nouvelles théories de Paul Krugman, et sa traduction en termes de politique commerciale, du protectionnisme éducateur de Friedrich List aux effets du commerce sur les inégalités.
À retenir
- L'avantage absolu de Smith compare des coûts de production dans l'absolu ; l'avantage comparatif de Ricardo compare des coûts d'opportunité relatifs, et justifie l'échange même sans avantage absolu, comme le montre un exemple recalculé entre la France et le Vietnam.
- Le théorème d'Heckscher-Ohlin-Samuelson (HOS) explique la spécialisation internationale par les dotations relatives en facteurs de production : un pays exporte les biens qui utilisent intensivement le facteur, capital, travail ou terre, dont il est le mieux pourvu.
- Le paradoxe de Leontief, mis en évidence en 1953, montre que les exportations américaines étaient alors plus intensives en travail que leurs importations, contredisant la prévision du théorème HOS pour un pays réputé riche en capital ; l'écart s'explique en partie par le capital humain et l'avance technologique, non comptabilisés dans le modèle initial.
- Le théorème de Stolper-Samuelson prolonge HOS sur la répartition des revenus : l'ouverture commerciale augmente la rémunération réelle du facteur relativement abondant et réduit celle du facteur relativement rare, ce qui peut creuser les inégalités entre travailleurs qualifiés et non qualifiés dans un pays développé.
- Paul Krugman fonde une nouvelle théorie du commerce international sur les économies d'échelle et la concurrence monopolistique : elle explique le commerce intra-branche entre pays aux dotations comparables, que les modèles fondés sur les seules dotations de facteurs n'expliquent pas.
- Friedrich List défend au XIXe siècle un protectionnisme éducateur : une protection provisoire, le temps qu'une industrie naissante devienne compétitive, à distinguer d'une fermeture permanente au commerce extérieur.
Avantage absolu et avantage comparatif : un exemple recalculé
| Théorie | Auteur | Critère |
|---|---|---|
| Avantage absolu | Adam Smith | Produire le bien pour lequel le coût de production est le plus bas dans l'absolu |
| Avantage comparatif | David Ricardo | Produire le bien pour lequel le coût d'opportunité est le plus bas, même sans avantage absolu |
Smith explique l'échange par un écart de coûts de production directement observable ; Ricardo montre qu'un écart d'efficacité généralisé, un pays produisant tout à moindre coût, n'empêche pas le gain mutuel à l'échange, dès lors que chaque pays se spécialise selon son coût d'opportunité relatif, c'est-à-dire la quantité d'un bien à laquelle il renonce pour produire l'autre.
La France produit une unité de blé en 4 heures de travail et une unité de textile en 6 heures ; le Vietnam produit la même unité de blé en 3 heures et la même unité de textile en 2 heures : le Vietnam a l'avantage absolu dans les deux productions. Le coût d'opportunité du textile est pourtant de 6 ÷ 4 = 1,5 unité de blé en France, contre 2 ÷ 3 ≈ 0,67 unité de blé au Vietnam : le Vietnam, moins désavantagé pour le textile, s'y spécialise. Le coût d'opportunité du blé est de 4 ÷ 6 ≈ 0,67 unité de textile en France, contre 3 ÷ 2 = 1,5 unité de textile au Vietnam : la France, moins désavantagée pour le blé, s'y spécialise, alors même que le Vietnam produit les deux biens à moindre coût en travail.
Le théorème HOS et le paradoxe de Leontief
Le théorème HOS déplace la question posée par Ricardo : il ne se contente pas de constater un écart de coûts, il cherche son origine dans les dotations relatives de chaque pays en capital, en travail et en terre. Un pays relativement riche en capital exporte les biens intensifs en capital ; un pays relativement riche en travail exporte les biens intensifs en travail. Le raisonnement suppose une même technologie disponible partout et des facteurs immobiles entre pays mais mobiles à l'intérieur de chacun.
| Prévision du théorème HOS | Constat de Leontief (1953) | |
|---|---|---|
| Dotation des États-Unis | Pays relativement riche en capital dans l'après-guerre | Inchangée : les États-Unis restent alors le pays le mieux doté en capital physique |
| Exportations attendues | Biens intensifs en capital | Exportations en réalité plus intensives en travail que les importations |
| Explication apportée depuis | — | Capital humain, avance technologique, ressources naturelles reclassées comme un facteur à part |
Pour une QRC sur ce point, toujours poser le mécanisme HOS avant de citer Leontief : l'anomalie ne se comprend qu'en rappelant ce qu'elle contredit, avant les trois explications qui l'ont depuis nuancée.
Stolper-Samuelson : commerce et répartition des revenus
Le théorème de Stolper-Samuelson prolonge HOS sur un terrain différent : il ne dit plus quel pays exporte quel bien, mais qui gagne et qui perd à l'intérieur d'un même pays lorsque le commerce s'ouvre. L'ouverture fait monter le prix intérieur du bien exporté, intensif dans le facteur abondant ; cette hausse profite au facteur abondant, dont la rémunération réelle augmente, et pénalise le facteur rare, employé dans le secteur concurrencé par les importations, dont la rémunération réelle diminue.
Dans un pays développé, riche en capital et en travail qualifié, l'ouverture au commerce avec des pays où le travail non qualifié est surabondant profite relativement au travail qualifié et pèse sur le travail non qualifié : l'écart salarial entre les deux catégories peut se creuser, même si le pays dans son ensemble gagne à l'échange.
Confusions fréquentes
- Un gain global n'exclut pas des perdants internes
- Le commerce international augmente la production totale échangée, mais Stolper-Samuelson montre qu'il redistribue les revenus entre facteurs à l'intérieur de chaque pays : gain global et effet distributif sont deux résultats différents, pas contradictoires.
- Le paradoxe de Leontief n'invalide pas le théorème HOS
- Il oblige à enrichir la définition des facteurs de production : le capital humain, la qualification de la main-d'œuvre et la technologie comptent autant que le seul stock de capital physique brut.
- Stolper-Samuelson prédit une baisse réelle, pas seulement relative
- Dans le modèle, la hausse du prix relatif d'un bien accroît plus que proportionnellement la rémunération du facteur qu'il utilise intensivement et fait baisser celle de l'autre facteur en termes des deux biens : la rémunération réelle du facteur rare recule dans l'absolu, pas seulement par rapport à celle du facteur abondant. Le théorème ne dit rien, en revanche, des autres revenus des ménages ni des transferts qui peuvent compenser cette perte.
Krugman, les nouvelles théories du commerce et le protectionnisme éducateur
Paul Krugman fonde une nouvelle théorie du commerce international sur les économies d'échelle : produire une plus grande quantité d'un même bien abaisse son coût unitaire, ce qui pousse chaque entreprise à concentrer sa production sur une variété limitée de produits pour un marché élargi, dans un cadre de concurrence monopolistique où plusieurs producteurs vendent des variétés différenciées du même type de bien. Il en résulte un commerce intra-branche entre pays aux dotations comparables, qu'une automobile allemande échangée contre une automobile française illustre.
| Protectionnisme éducateur (List) | Fermeture permanente | |
|---|---|---|
| Durée | Provisoire, le temps que l'industrie devienne compétitive | Sans limite de temps |
| Cible | Une industrie naissante précisément désignée | L'ensemble des importations |
| Effet recherché | Rattraper un retard face à des concurrents déjà installés | Aucune ouverture au commerce extérieur |
Pour une QRC sur les nouvelles théories du commerce, distinguer d'abord ce que Ricardo et HOS expliquent (le commerce inter-branche entre économies différentes), puis ce que Krugman ajoute (le commerce intra-branche entre économies proches).
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1.Le théorème d'Heckscher-Ohlin-Samuelson explique la spécialisation par les dotations relatives en facteurs de production.Voir le corrigé
Vrai
Un pays exporte les biens intensifs dans le facteur, capital, travail ou terre, dont il est relativement le mieux doté.
2.Le paradoxe de Leontief, mis en évidence en 1953, montre des exportations américaines plus intensives en capital que leurs importations.Voir le corrigé
Faux
Il montre l'inverse : des exportations américaines plus intensives en travail que les importations, alors que le pays était réputé riche en capital, ce qui contredit la prévision du théorème HOS.
3.Le théorème de Stolper-Samuelson prévoit que l'ouverture commerciale augmente la rémunération réelle du facteur relativement abondant.Voir le corrigé
Vrai
Symétriquement, elle réduit celle du facteur relativement rare, ce qui peut creuser des inégalités internes.
4.La nouvelle théorie du commerce international de Paul Krugman repose sur les économies d'échelle et la concurrence parfaite.Voir le corrigé
Faux
Elle repose sur les économies d'échelle et la concurrence monopolistique, ce qui explique le commerce intra-branche entre pays aux dotations comparables.
5.Le protectionnisme éducateur défendu par Friedrich List vise une protection provisoire, le temps qu'une industrie naissante devienne compétitive.Voir le corrigé
Vrai
Il se distingue d'une fermeture permanente, qui prive durablement l'économie des gains de la spécialisation internationale.
6.L'avantage comparatif de Ricardo exige qu'un pays dispose d'un avantage absolu dans au moins un des deux biens échangés.Voir le corrigé
Faux
C'est l'inverse : un pays sans aucun avantage absolu peut tout de même profiter de l'échange, dès lors qu'il suit son coût d'opportunité relatif le plus bas.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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