Tests d'hypothèses : région de rejet, p-valeur, erreurs de première et seconde espèce
19 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
La p-valeur est la probabilité, sous H0, d'observer une statistique au moins aussi extrême que celle observée.
Tester une hypothèse, c'est décider, à partir d'un échantillon, si une affirmation sur la population — une moyenne, une proportion, une indépendance — résiste aux données observées ou doit être écartée. Le formalisme est toujours le même : une hypothèse nulle et une alternative, une statistique de test, une région de rejet fixée par un risque accepté, puis une décision. La p-valeur reformule cette décision en probabilité, et deux types d'erreur, notés alpha et bêta, mesurent ce que la procédure risque de mal trancher. La fiche construit ce cadre puis l'applique à un test de proportion, sur des dossiers non conformes.
À retenir
- L'hypothèse nulle, notée H0, est l'affirmation par défaut que le test cherche à mettre en cause ; l'hypothèse alternative, notée H1, est ce que l'on retient si les données la contredisent suffisamment.
- La région de rejet est l'ensemble des valeurs de la statistique de test qui conduisent à rejeter H0 ; elle est bilatérale quand H1 s'écarte de H0 dans les deux sens, unilatérale quand H1 ne s'écarte que dans un sens.
- La p-valeur est la probabilité, sous H0, d'observer une statistique au moins aussi extrême que celle calculée sur l'échantillon ; on rejette H0 quand la p-valeur est inférieure au seuil alpha fixé à l'avance.
- Le risque de première espèce, alpha, est la probabilité de rejeter H0 alors qu'elle est vraie ; le risque de seconde espèce, bêta, est la probabilité de ne pas rejeter H0 alors qu'elle est fausse.
- La puissance du test, égale à 1 moins bêta, est la probabilité de rejeter H0 à bon droit, quand H1 est vraie ; elle augmente avec la taille de l'échantillon et avec l'écart réel entre H0 et la valeur vraie.
- Un intervalle de confiance et un test d'hypothèses sur le même paramètre, construits sur la même statistique et du même côté (bilatéral avec bilatéral), sont duaux : la valeur testée sous H0 est rejetée au seuil alpha si et seulement si elle est en dehors de l'intervalle de confiance au niveau 1 moins alpha.
- Le test du khi-deux sert à comparer une répartition observée à une répartition théorique (ajustement) ou à tester l'indépendance de deux caractères qualitatifs dans un tableau croisé (indépendance).
Le cadre général d'un test d'hypothèses
Un test d'hypothèses part d'une hypothèse nulle H0, l'affirmation que l'on cherche à mettre en cause, et d'une hypothèse alternative H1, retenue si les données contredisent suffisamment H0. On calcule sur l'échantillon une statistique de test, dont la loi sous H0 est connue ; on fixe à l'avance un seuil alpha, et l'on détermine la région de rejet, l'ensemble des valeurs de la statistique qui conduisent à rejeter H0.
| H0 vraie | H0 fausse | |
|---|---|---|
| Ne pas rejeter H0 | Décision correcte | Erreur de seconde espèce (bêta) |
| Rejeter H0 | Erreur de première espèce (alpha) | Décision correcte (puissance) |
La région de rejet est bilatérale quand H1 envisage un écart à H0 dans les deux sens — par exemple H1 : la moyenne est différente d'une valeur de référence — et unilatérale quand H1 n'envisage un écart que dans un seul sens — par exemple H1 : une proportion a augmenté. Le choix entre bilatéral et unilatéral se fait avant de voir les données, à partir du sens de la question posée, jamais après coup.
Confusions fréquentes
- Confondre la p-valeur avec la probabilité que H0 soit vraie
- La p-valeur est une probabilité calculée en supposant H0 vraie, sur la statistique observée ; elle ne dit rien de la probabilité que H0 soit effectivement vraie, notion qui n'a pas de sens dans ce cadre.
- Croire que ne pas rejeter H0 prouve que H0 est vraie
- L'absence de preuve contre H0 n'est pas une preuve en sa faveur : l'échantillon peut simplement manquer de puissance pour détecter un écart réel.
Risques de première et seconde espèce, puissance
Le risque de première espèce, alpha, est la probabilité de rejeter H0 alors qu'elle est vraie : c'est le seuil choisi à l'avance, souvent 5 % ou 1 %. Le risque de seconde espèce, bêta, est la probabilité de ne pas rejeter H0 alors qu'elle est fausse, H1 étant en réalité vraie. La puissance du test, égale à 1 moins bêta, mesure la capacité du test à détecter un écart réel : elle croît avec la taille de l'échantillon et avec l'ampleur de l'écart entre H0 et la valeur vraie.
Pour tester H0 : p égal 0,10 contre H1 : p supérieur à 0,10, avec 200 dossiers et un seuil de 5 %, la région de rejet commence à 0,10 plus 1,645 multiplié par la racine de (0,10 × 0,90 divisé par 200), soit 0,10 plus 1,645 multiplié par environ 0,02121, c'est-à-dire environ 0,1349. Si la proportion vraie vaut en réalité 0,15, la statistique standardisée à ce seuil vaut (0,1349 − 0,15) divisé par la racine de (0,15 × 0,85 divisé par 200), soit environ −0,60, et la puissance du test — la probabilité de dépasser ce seuil — atteint alors environ 0,725.
Les tests usuels : moyenne, proportion, comparaison, khi-deux
| Test | Hypothèse H0 | Statistique |
|---|---|---|
| Moyenne, variance connue | La moyenne théorique vaut μ0 | Z = (moyenne empirique − μ0) divisé par (écart type divisé par racine de n), loi normale |
| Moyenne, variance inconnue | La moyenne théorique vaut μ0 | T = (moyenne empirique − μ0) divisé par (écart type corrigé divisé par racine de n), loi de Student à n − 1 degrés de liberté pour une population normale |
| Proportion | La proportion théorique vaut p0 | Z = (proportion observée − p0) divisé par racine de (p0(1 − p0) divisé par n), loi normale |
| Comparaison de deux moyennes indépendantes | Les deux moyennes théoriques sont égales | Écart des moyennes empiriques rapporté à une variance combinée, loi normale ou Student |
| Khi-deux d'ajustement | La répartition observée suit une loi théorique donnée | Somme des (effectif observé − effectif attendu)² divisé par l'effectif attendu, loi du khi-deux |
| Khi-deux d'indépendance | Les deux caractères qualitatifs sont indépendants | Même construction sur un tableau croisé, loi du khi-deux à (lignes − 1)(colonnes − 1) degrés de liberté |
Pour le khi-deux d'ajustement, le nombre de degrés de liberté vaut le nombre de catégories moins 1, diminué du nombre de paramètres de la loi théorique estimés sur l'échantillon ; pour le khi-deux d'indépendance, il vaut le nombre de lignes moins 1, multiplié par le nombre de colonnes moins 1, les effectifs attendus se calculant à partir des marges du tableau croisé sous l'hypothèse d'indépendance. Dans les deux cas, un grand écart cumulé entre observé et attendu signale que le modèle théorique, ou l'hypothèse d'indépendance, ne tient pas. L'approximation par la loi du khi-deux demande des effectifs attendus assez grands, usuellement au moins 5 dans chaque case, quitte à regrouper des catégories.
Un intervalle de confiance et un test sur le même paramètre sont duaux quand ils reposent sur la même statistique et du même côté : un test bilatéral au seuil de 5 % rejette p0 exactement quand p0 sort de l'intervalle à 95 % construit avec p0(1 − p0). L'intervalle usuel d'une proportion, qui estime la variance par f(1 − f), conclut presque toujours de même, mais pas à coup sûr près de la frontière : avec 29 anomalies sur 200 (f = 0,145), le test bilatéral rejette p0 = 0,10 (Z ≈ 2,12) alors que l'intervalle [0,096 ; 0,194] contient 0,10. Un test unilatéral se confronte à un intervalle unilatéral.
Exemple calculé : test d'une proportion de dossiers non conformes
Un service veut savoir si le taux d'anomalies a augmenté au-delà du taux habituel de 10 %. Les hypothèses s'écrivent H0 : p égal 0,10 contre H1 : p strictement supérieur à 0,10 — un test unilatéral, puisque la question posée ne porte que sur une hausse. Le seuil retenu est alpha égal 5 %, avec un quantile normal de 1,645 pour ce seuil unilatéral.
Sur 200 dossiers contrôlés, 35 anomalies sont observées, soit une proportion de 0,175. La statistique de test vaut Z égal (0,175 − 0,10) divisé par la racine de (0,10 × 0,90 divisé par 200), soit 0,075 divisé par environ 0,0212, c'est-à-dire environ 3,54. Cette valeur dépasse largement 1,645 : on rejette H0 au seuil de 5 %, ce qui traduit une hausse significative du taux d'anomalies par rapport au taux habituel de 10 %.
Le même échantillon donne un intervalle de confiance à 95 % pour p : 0,175 plus ou moins 1,96 multiplié par la racine de (0,175 × 0,825 divisé par 200), soit 0,175 plus ou moins environ 0,0527, c'est-à-dire de 0,1223 à 0,2277. La valeur testée, 0,10, est en dehors de cet intervalle, cohérent avec le rejet de H0.
Méthode en cinq étapes pour rédiger un test en QRC : poser H0 et H1, choisir la statistique et sa loi sous H0, fixer le seuil et la région de rejet, calculer la statistique sur l'échantillon, conclure par une décision et son interprétation.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La p-valeur est la probabilité, sous H0, d'observer une statistique au moins aussi extrême que celle observée.Voir le corrigé
Vrai
C'est sa définition : une probabilité calculée en supposant H0 vraie, sur la statistique effectivement calculée.
2.Le risque de première espèce est la probabilité de ne pas rejeter H0 alors qu'elle est fausse.Voir le corrigé
Faux
C'est le risque de seconde espèce, bêta ; le risque de première espèce, alpha, est la probabilité de rejeter H0 alors qu'elle est vraie.
3.La puissance d'un test vaut 1 moins le risque de seconde espèce.Voir le corrigé
Vrai
C'est la probabilité de rejeter H0 à bon droit, quand H1 est effectivement vraie.
4.Ne pas rejeter H0 prouve que H0 est vraie.Voir le corrigé
Faux
L'absence de preuve contre H0 n'est pas une preuve en sa faveur : l'échantillon peut manquer de puissance pour détecter un écart réel.
5.Un intervalle de confiance et un test bilatéral sur le même paramètre, construits sur la même statistique, sont duaux : rejeter H0 au seuil alpha équivaut à ce que la valeur testée soit hors de l'intervalle de confiance au niveau 1 moins alpha.Voir le corrigé
Vrai
Les deux méthodes reposent alors sur la même statistique standardisée et concluent nécessairement de la même façon ; avec des statistiques différentes, comme l'intervalle usuel d'une proportion, l'accord n'est plus garanti près de la frontière.
6.Le test du khi-deux d'indépendance sert à comparer deux moyennes.Voir le corrigé
Faux
Il sert à tester le lien entre deux caractères qualitatifs dans un tableau croisé, pas à comparer des moyennes.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Guide ENFiP — préparer l'épreuve de QCM et de QRC du concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
- Rapport du jury 2026 — concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
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