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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Groupes, anneaux, corps ; polynômes et fractions rationnelles

18 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Un sous-groupe de (ℤ, +) est nécessairement de la forme nℤ pour un entier n.

L'algèbre générale commence par nommer les structures qui se répètent partout ailleurs en mathématiques : un groupe pour une seule loi bien élevée, un anneau puis un corps pour deux lois en interaction. Vient ensuite leur illustration la plus fournie : l'ensemble des polynômes à coefficients dans un corps, avec son degré, sa division euclidienne, ses racines, et le théorème qui les compte exactement. La décomposition en éléments simples d'une fraction rationnelle clôt la notion : pôles simples d'abord, puis pôles multiples et facteurs irréductibles du second degré.

À retenir

  • Une loi de composition interne sur un ensemble E associe à deux éléments de E un troisième élément de E ; un groupe (G, *) est un ensemble muni d'une telle loi, associative, avec élément neutre, où tout élément admet un symétrique.
  • Sous-groupe : une partie H non vide de G, stable par la loi et par passage au symétrique, est elle-même un groupe pour la loi induite. Exemples de groupes : les entiers relatifs pour l'addition, le groupe symétrique des permutations d'un ensemble fini, le groupe des éléments inversibles modulo n pour la multiplication.
  • Morphisme de groupes : une application f de G vers G' qui transporte la loi, f(x * y) égale f(x) *' f(y) ; son noyau, ensemble des antécédents du neutre, est un sous-groupe de G, et f est injectif si et seulement si son noyau est réduit au neutre.
  • Anneau : ensemble muni de deux lois, une addition pour laquelle il forme un groupe abélien, et une multiplication associative, distributive par rapport à l'addition. Corps : anneau commutatif unitaire où tout élément non nul est inversible pour la multiplication.
  • Les entiers relatifs forment un anneau commutatif, non un corps ; les rationnels, les réels et les complexes sont des corps ; les entiers modulo n forment un corps si et seulement si n est premier.
  • Un polynôme de degré n à coefficients complexes admet exactement n racines comptées avec multiplicité (théorème de d'Alembert-Gauss) ; un polynôme à coefficients réels se factorise sur les réels en facteurs du premier degré et en facteurs du second degré à discriminant strictement négatif.
  • Les relations entre coefficients et racines, dites relations de Viète, expriment la somme et le produit des racines à partir des coefficients ; une fraction rationnelle dont le dénominateur a des racines simples se décompose en somme d'une partie entière et de termes en 1 sur (X moins une racine) ; un pôle de multiplicité k apporte k termes, en 1 sur (X moins a) puissance j pour j de 1 à k.

Lois de composition interne, groupes, morphismes

Une loi de composition interne sur un ensemble E est une application qui, à tout couple d'éléments de E, associe un élément de E. Un groupe (G, *) est un ensemble muni d'une loi de composition interne qui est associative, admet un élément neutre e (e * x égale x * e égale x pour tout x), et pour laquelle tout élément x admet un symétrique x' (x * x' égale x' * x égale e). Le groupe est dit commutatif, ou abélien, quand la loi est de plus commutative.

Trois exemples de groupes
GroupeLoiParticularité
Les entiers relatifs ℤAdditionGroupe abélien infini, de neutre 0
Le groupe symétrique des permutations de n élémentsCompositionn factorielle éléments, non commutatif dès n ≥ 3
Les éléments inversibles modulo nMultiplication modulo nGroupe fini, de cardinal l'indicatrice d'Euler de n

Une partie H de G est un sous-groupe si elle est non vide, stable par la loi (pour x et y dans H, x * y appartient à H) et stable par passage au symétrique (pour x dans H, le symétrique de x appartient à H) ; ces deux conditions se résument souvent en une seule : pour tous x et y de H, x * le symétrique de y appartient à H. Muni de la loi induite, H est alors lui-même un groupe.

Les éléments inversibles modulo 5 pour la multiplication forment le groupe {1, 2, 3, 4}, de cardinal 4, puisque 5 est premier et que tout entier de 1 à 4 lui est premier. L'inverse de 2 est 3, car 2 fois 3 égale 6, qui vaut 1 modulo 5 ; l'inverse de 4 est lui-même, car 4 fois 4 égale 16, qui vaut 1 modulo 5.

Ce groupe, noté (ℤ sur 5ℤ)*, est cyclique d'ordre 4 : il est engendré par 2 ou par 3, dont les puissances successives parcourent les quatre éléments.

Un morphisme de groupes f, de (G, *) vers (G', *'), est une application qui transporte la loi : pour tous x et y de G, f(x * y) égale f(x) *' f(y). Son noyau, noté Ker f, est l'ensemble des éléments de G dont l'image par f est le neutre e' de G' ; c'est un sous-groupe de G. Le morphisme f est injectif si et seulement si son noyau est réduit au neutre e de G — ce critère évite de comparer deux images pour prouver l'injectivité.

L'application f de (ℤ, +) vers (ℤ sur nℤ, +), qui à un entier x associe sa classe modulo n, est un morphisme de groupes : f(x + y) égale bien f(x) + f(y) modulo n. Son noyau est l'ensemble des multiples de n, noté nℤ : ce sont exactement les entiers dont la classe modulo n est nulle. Ce morphisme n'est pas injectif dès que n est supérieur à 1, puisque son noyau contient d'autres éléments que 0.

Le noyau nℤ est lui-même un sous-groupe de (ℤ, +) : c'est un cas particulier du résultat général sur les noyaux de morphismes.

Anneaux et corps

Un anneau (A, +, ×) est un ensemble muni de deux lois : pour l'addition, A est un groupe abélien, de neutre 0 ; pour la multiplication, la loi est associative et distributive par rapport à l'addition. L'anneau est dit commutatif si sa multiplication est commutative, unitaire s'il possède un neutre 1 pour la multiplication. Un corps est un anneau commutatif unitaire dans lequel tout élément non nul admet un inverse pour la multiplication.

Anneaux et corps de référence
EnsembleAnneau commutatifCorps
Les entiers relatifs ℤOuiNon : seuls 1 et −1 sont inversibles
Les rationnels ℚ, les réels ℝ, les complexes ℂOuiOui
Les entiers modulo n, ℤ sur nℤOuiOui si et seulement si n est premier

ℤ sur 7ℤ est un corps, puisque 7 est premier. L'inverse de 3 s'obtient en cherchant k tel que 3 fois k soit congru à 1 modulo 7 : 3 fois 5 égale 15, qui vaut 1 modulo 7 ; l'inverse de 3 est donc 5.

Cette recherche d'inverse, ici par tâtonnement, se généralise par l'algorithme d'Euclide étendu, qui fournit une relation de Bézout entre 3 et 7.

ℤ sur 6ℤ n'est pas un corps, puisque 6 n'est pas premier. L'élément 2 n'y est pas inversible : 2 fois 1, 2 fois 2, 2 fois 3, 2 fois 4 et 2 fois 5 valent respectivement 2, 4, 0, 2 et 4 modulo 6, jamais 1. Pire, 2 fois 3 égale 6, qui vaut 0 modulo 6 : deux éléments non nuls dont le produit est nul, ce qui interdit toute structure de corps.

Un produit de deux éléments non nuls qui vaut 0 signale un diviseur de zéro : sa présence exclut à elle seule la structure de corps.

Confusions fréquentes

Anneau et corps ne sont pas synonymes
ℤ est l'exemple de référence d'un anneau commutatif qui n'est pas un corps : seuls 1 et −1 y sont inversibles pour la multiplication.
ℤ sur nℤ n'est un corps que si n est premier
Si n n'est pas premier, il admet un diviseur strict d qui, multiplié par un autre facteur, redonne 0 modulo n : d est alors un diviseur de zéro, non inversible.
Sous-groupe exige la non-vacuité, pas seulement la stabilité
Une partie stable par la loi mais vide n'est pas un sous-groupe ; en pratique, on vérifie d'abord qu'elle contient le neutre, ce qui règle la question en un calcul.
Isomorphisme n'est pas seulement morphisme
Un morphisme bijectif est un isomorphisme ; un morphisme non injectif, comme la réduction modulo n, transporte la loi sans conserver toute l'information de départ.

Polynômes : degré, division, racines, factorisation

Pour deux polynômes P et Q à coefficients dans un corps K, non nuls, le degré du produit P fois Q égale la somme des degrés de P et de Q, et le degré de la somme P plus Q est inférieur ou égal au plus grand des deux degrés. Division euclidienne : pour P et Q, Q non nul, il existe un unique couple de polynômes (quotient, reste) tel que P égale Q fois le quotient plus le reste, avec le degré du reste strictement inférieur au degré de Q — c'est l'analogue exact de la division euclidienne des entiers.

Un élément a de K est racine de P si P(a) égale 0, ce qui équivaut à ce que (X moins a) divise P. La multiplicité de la racine a est l'entier k tel que (X moins a) puissance k divise P sans que (X moins a) puissance (k + 1) le divise. Théorème de d'Alembert-Gauss : tout polynôme non constant à coefficients complexes admet une racine complexe ; par récurrence sur le degré, un polynôme de degré n à coefficients complexes admet donc exactement n racines, comptées avec multiplicité, et se factorise en un produit du coefficient dominant par n facteurs du premier degré.

P(X) égale X puissance 3 moins 6X² plus 11X moins 6 : P(1) égale 1 moins 6 plus 11 moins 6, soit 0, donc 1 est racine. En divisant P par (X moins 1), on obtient X² moins 5X plus 6, qui se factorise en (X moins 2)(X moins 3). Donc P(X) égale (X moins 1)(X moins 2)(X moins 3) : trois racines simples, 1, 2 et 3.

Vérification par les relations de Viète : la somme des racines, 1 + 2 + 3 égale 6, correspond bien à l'opposé du coefficient de X² divisé par le coefficient dominant.

Sur les réels, les racines complexes non réelles d'un polynôme à coefficients réels apparaissent par paires de racines complexes conjuguées : si a est racine, son conjugué l'est aussi, avec la même multiplicité. La factorisation sur les réels regroupe chaque paire en un facteur du second degré, à discriminant strictement négatif, irréductible sur les réels ; les racines réelles restent des facteurs du premier degré. Relations de Viète, pour un polynôme de degré n de coefficient dominant a indice n et de racines x indice 1 à x indice n : leur somme vaut moins le coefficient de X puissance (n moins 1), divisé par a indice n ; leur produit vaut (moins 1) puissance n multiplié par le coefficient constant, divisé par a indice n.

X puissance 4 moins 1 égale (X² moins 1)(X² plus 1) égale (X moins 1)(X plus 1)(X² plus 1). Sur les réels, X² plus 1 est irréductible, de discriminant moins 4, strictement négatif : la factorisation s'arrête à trois facteurs, deux du premier degré et un du second. Sur les complexes, X² plus 1 se factorise encore en (X moins i)(X plus i), donnant quatre racines : 1, moins 1, i et moins i, conformément au théorème de d'Alembert-Gauss appliqué à un polynôme de degré 4.

Le passage des réels aux complexes ne change jamais le nombre total de racines comptées avec multiplicité : il change seulement la forme des facteurs.

Fractions rationnelles : décomposition en éléments simples

Une fraction rationnelle est un quotient P sur Q de deux polynômes, Q non nul. Quand le dénominateur Q se factorise en facteurs du premier degré tous distincts, (X moins a indice 1) fois (X moins a indice 2) et ainsi de suite, la fraction se décompose de façon unique en somme d'une partie entière, obtenue par division euclidienne de P par Q si le degré de P est supérieur ou égal à celui de Q, et de termes simples en c indice i divisé par (X moins a indice i). Le coefficient c indice i s'obtient par la formule pratique : c indice i égale P(a indice i) divisé par la dérivée de Q évaluée en a indice i.

Décomposition de 1 sur ((X moins 1)(X moins 2)) : on cherche a et b tels que la fraction égale a sur (X moins 1) plus b sur (X moins 2). La formule pratique donne a égale 1 divisé par (1 moins 2), soit moins 1, et b égale 1 divisé par (2 moins 1), soit 1. La décomposition est donc moins 1 sur (X moins 1) plus 1 sur (X moins 2). Vérification en réduisant au même dénominateur : moins (X moins 2) plus (X moins 1), au numérateur, donne moins X plus 2 plus X moins 1, soit 1, ce qui redonne bien la fraction de départ.

La vérification par réduction au même dénominateur est le réflexe qui évite de rendre une décomposition fausse en cas d'erreur de signe.

Cas général. Le degré d'une fraction P sur Q est le degré de P moins celui de Q ; ses pôles sont les racines du dénominateur, la fraction étant mise sous forme irréductible. Un pôle a de multiplicité k apporte k termes : c indice 1 sur (X moins a), c indice 2 sur (X moins a) au carré, jusqu'à c indice k sur (X moins a) puissance k. Sur les réels, un facteur irréductible X² + pX + q du dénominateur, de multiplicité m, apporte les termes (αX + β) sur (X² + pX + q) puissance j, pour j de 1 à m. La décomposition reste unique. Le coefficient de la plus haute puissance d'un pôle multiple s'obtient en multipliant par (X moins a) puissance k puis en évaluant en a ; les autres, par évaluation en un point commode ou par limite en l'infini après multiplication par X.

Décomposition de 1 sur ((X − 1)²(X + 1)) : on cherche a, b et c tels que la fraction égale a/(X − 1) + b/(X − 1)² + c/(X + 1). Multiplier par (X − 1)² puis faire X = 1 donne b = 1/2 ; multiplier par (X + 1) puis faire X = −1 donne c = 1/(−2)², soit 1/4 ; multiplier par X et faire tendre X vers l'infini donne 0 = a + c, d'où a = −1/4. Vérification en X = 0 : la fraction vaut 1, et −a + b + c = 1/4 + 1/2 + 1/4 = 1.

Un pôle double exige deux termes : sans celui en 1 sur (X − 1), aucun choix de b et c ne convient.

Pour une QRC sur les polynômes : chercher d'abord une racine évidente parmi les diviseurs du terme constant, diviser, puis factoriser le quotient. Pour une décomposition en éléments simples à pôles simples, la formule P(a) divisé par la dérivée de Q en a évite de résoudre un système.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Un sous-groupe de (ℤ, +) est nécessairement de la forme nℤ pour un entier n.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est un résultat classique : tout sous-groupe de ℤ est l'ensemble des multiples d'un entier n, éventuellement nul.

  2. 2.Le groupe symétrique des permutations de trois éléments est commutatif.Voir le corrigé

    Faux

    Il ne l'est plus dès n égale 3 : deux permutations n'y commutent pas en général.

  3. 3.ℤ sur nℤ est un corps si et seulement si n est premier.Voir le corrigé

    Vrai

    Si n n'est pas premier, un diviseur strict de n y est un diviseur de zéro, donc non inversible.

  4. 4.L'anneau des entiers relatifs est un corps.Voir le corrigé

    Faux

    Seuls 1 et −1 y sont inversibles pour la multiplication ; ce n'est qu'un anneau commutatif.

  5. 5.Un polynôme de degré n à coefficients complexes admet exactement n racines comptées avec multiplicité.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est le théorème de d'Alembert-Gauss, appliqué par récurrence sur le degré.

  6. 6.Le noyau d'un morphisme de groupes est toujours un sous-groupe du groupe de départ.Voir le corrigé

    Vrai

    Il contient le neutre, puisque f(e) = e', et il est stable par produit et par passage au symétrique : c'est même un sous-groupe distingué.

Textes de référence

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