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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Volatilité électorale, comportements politiques et émergence du populisme

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La volatilité électorale mesure le changement net de vote d'un électorat entre deux scrutins successifs.

Un électorat qui votait autrefois de façon prévisible pour un même camp, par fidélité de classe ou de religion, change désormais plus souvent de préférence d'une élection à l'autre : ce constat, documenté depuis les années 1980 dans la plupart des démocraties européennes, porte un nom, la volatilité électorale, et une explication structurelle, l'affaiblissement des alignements partisans stables. Cette même période a vu émerger des mouvements qui se réclament d'un populisme, de droite comme de gauche, dont Cas Mudde a proposé la définition la plus reprise dans la discipline. Les deux phénomènes se nourrissent l'un l'autre : un électorat moins fidèle est aussi un électorat plus disponible pour des offres politiques nouvelles.

À retenir

  • Volatilité électorale : changement net de vote d'un électorat entre deux scrutins, mesuré notamment par l'indice de Pedersen, qui additionne les écarts de chaque parti et divise cette somme par deux.
  • Affaiblissement des alignements partisans stables (dealignment) : les attaches de classe, de religion ou de milieu qui orientaient le vote de façon quasi automatique se sont distendues.
  • Mobilité électorale et vote intermittent : à l'échelle individuelle, un même électeur change de parti d'un scrutin à l'autre (volatilité individuelle) ou alterne vote et abstention (vote intermittent, au sens de l'Insee : voter à certains tours seulement).
  • Populisme selon Cas Mudde (2004) : idéologie mince (thin-centered) qui oppose un peuple pur, homogène, à une élite corrompue, et prône l'expression directe de la volonté générale.
  • Le populisme, faute de programme économique et social complet, se greffe sur une idéologie hôte : nationalisme identitaire pour certains courants de droite, critique de l'oligarchie et de l'austérité pour certains courants de gauche.
  • Conditions d'émergence en Europe depuis les années 1980 : crise de la représentation, perdants économiques de la mondialisation, personnalisation médiatique et réseaux sociaux.

Volatilité électorale et affaiblissement des alignements

Vote stable et vote volatile
Modèle des alignements stablesVote volatile contemporain
Fondement du choixAppartenance de classe, religion, milieu, transmise par la socialisationChoix recomposé à chaque scrutin, moins prévisible
Fidélité partisaneVote quasi automatique pour un même parti d'une élection à l'autreMobilité entre plusieurs partis, vote intermittent alternant vote et abstention
MesureRésultats stables, volatilité agrégée réduiteIndice de Pedersen élevé, sièges qui changent fréquemment de camp

L'indice de Pedersen additionne, pour chaque parti, la valeur absolue de l'écart de voix ou de sièges entre deux élections, puis divise cette somme par deux : plus il est élevé, plus l'électorat a changé de camp d'un scrutin à l'autre. Cette volatilité agrégée peut recouvrir deux réalités différentes : un grand nombre d'électeurs qui changent modérément de préférence, ou un nombre restreint d'électeurs qui changent radicalement, ce que seules des enquêtes individuelles permettent de distinguer.

Confusions fréquentes

Volatilité électorale et abstention ne se mesurent pas de la même façon
La volatilité porte sur le changement de préférence parmi les électeurs qui votent ; l'abstention porte sur la participation elle-même. Un électorat peut être à la fois plus volatile et plus abstentionniste, sans que l'un explique mécaniquement l'autre.
Volatilité agrégée et volatilité individuelle ne coïncident pas
Un indice de Pedersen modéré peut masquer des mouvements individuels considérables qui se compensent au niveau national : l'échelle d'observation change la conclusion.

Définir le populisme : l'apport de Cas Mudde

Idéologie mince et idéologie hôte
ÉlémentContenu
Idéologie mince (thin-centered)Noyau conceptuel restreint : peuple pur contre élite corrompue, expression de la volonté générale
Idéologie hôteDoctrine substantielle sur laquelle se greffe le noyau populiste (nationalisme, critique de l'oligarchie, écologie)
Fonction de la distinctionExplique pourquoi le populisme se combine avec des orientations politiques opposées

Cas Mudde définit en 2004 le populisme comme une idéologie mince : un noyau conceptuel restreint, insuffisant à lui seul pour organiser une vision complète de la société et de l'économie. Ce noyau repose sur un antagonisme binaire entre un peuple pur, homogène et vertueux, et une élite corrompue, coupée des préoccupations réelles de la population. La politique légitime doit, dans cette perspective, exprimer directement la volonté générale du peuple, sans que des corps intermédiaires, partis, syndicats, médias, experts, viennent s'interposer entre gouvernants et gouvernés.

Un dirigeant dénonce une caste parlementaire coupée du pays réel et promet de rendre la parole au peuple par référendum ; un autre dénonce une caste financière qui étrangle les salaires et promet de rendre au peuple une souveraineté économique confisquée par les marchés.

Le noyau idéologique mince est identique dans les deux discours ; c'est l'idéologie hôte qui distingue leur position sur l'échiquier gauche-droite.

Populismes de droite et de gauche : conditions d'émergence

Deux orientations, un même noyau
Populisme de droitePopulisme de gauche
Adversaire désignéImmigration, élites jugées europhiles ou mondialiséesOligarchie économique, politiques d'austérité
Registre principalIdentité nationale, souveraineté, sécuritéJustice sociale, souveraineté populaire sur l'économie
Idéologie hôteNationalisme identitaireCritique de l'oligarchie, parfois socialisme

L'essor des mouvements populistes en Europe depuis les années 1980 tient à plusieurs conditions convergentes. Une crise de la représentation d'abord : une défiance croissante envers les partis traditionnels et les corps intermédiaires, jugés incapables de porter les préoccupations réelles des citoyens. La mondialisation ensuite, dont les perdants économiques de l'ouverture des échanges, régions industrielles en déclin, catégories populaires exposées à la concurrence internationale, fournissent un réservoir électoral disponible pour un discours anti-élites. Le rôle des médias enfin : la personnalisation médiatique de la vie politique et la multiplication des réseaux sociaux offrent, dans un format court, une tribune directe à des leaders qui contournent les médiateurs traditionnels de l'information.

Pour le concours, distinguer trois niveaux de réponse sur le populisme : le noyau idéologique commun défini par Mudde, l'idéologie hôte qui varie selon les mouvements, et les conditions structurelles de son essor.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La volatilité électorale mesure le changement net de vote d'un électorat entre deux scrutins successifs.Voir le corrigé

    Vrai

    L'indice de Pedersen additionne les écarts de chaque parti entre deux élections et divise cette somme par deux.

  2. 2.Le vote intermittent, au sens de l'Insee, consiste à changer de parti d'un scrutin à l'autre.Voir le corrigé

    Faux

    Le vote intermittent désigne l'alternance entre vote et abstention : voter à certains tours et s'abstenir aux autres. Changer de parti d'un scrutin à l'autre relève de la volatilité individuelle.

  3. 3.Selon Cas Mudde, le populisme est une idéologie mince qui oppose un peuple pur à une élite corrompue.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette idéologie mince prône l'expression directe de la volonté générale, sans corps intermédiaires jugés confisquer la parole du peuple.

  4. 4.Selon Cas Mudde, le populisme se définit d'abord par un programme économique précis, la redistribution en faveur des classes populaires.Voir le corrigé

    Faux

    Mudde le définit par un noyau idéologique mince, peuple pur contre élite corrompue. Faute de programme économique propre, il se greffe sur une idéologie hôte substantielle, de gauche ou de droite selon les mouvements.

  5. 5.Le populisme de droite et le populisme de gauche partagent le même noyau idéologique, appliqué à des adversaires différents.Voir le corrigé

    Vrai

    L'opposition peuple pur contre élite corrompue est commune ; l'immigration ou l'oligarchie économique en sont deux déclinaisons distinctes.

  6. 6.Les conditions d'émergence du populisme en Europe, dont la crise de la représentation, se manifestent depuis les années 1950.Voir le corrigé

    Faux

    Ces conditions d'émergence (crise de la représentation, perdants économiques de la mondialisation, personnalisation médiatique, réseaux sociaux) se manifestent depuis les années 1980.

Textes de référence

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