Création monétaire, banque centrale, politique monétaire et inflation
16 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
La base monétaire comprend les billets en circulation et les réserves des banques auprès de la banque centrale.
Comment un système bancaire crée-t-il de la monnaie, et comment une banque centrale agit-elle sur cette création pour maîtriser l'inflation ? Deux lectures s'affrontent sur la première question, multiplicateur et diviseur de crédit, avant que les instruments concrets de la Banque centrale européenne, taux directeurs, open market, réserves obligatoires, assouplissement quantitatif, ne prennent le relais pour comprendre la seconde. La notion présente précisément ces mécanismes et les grandes causes de l'inflation, avec leurs limites, désinflation et déflation en tête.
À retenir
- Le multiplicateur de crédit part de la base monétaire, fixée par la banque centrale, qui conditionnerait le crédit distribuable selon un facteur égal à l'inverse du taux de réserves obligatoires ; le diviseur de crédit inverse la causalité, le crédit créant d'abord le dépôt, la banque se procurant ensuite les réserves nécessaires.
- La base monétaire, ou monnaie centrale, regroupe les billets en circulation et les réserves que les banques commerciales détiennent auprès de la banque centrale ; elle est plus étroite que les agrégats M1 à M3.
- La Banque centrale européenne dispose de trois taux directeurs (taux de la facilité de dépôt, par lequel elle pilote sa politique depuis la révision de son cadre opérationnel en mars 2024, taux de refinancement principal, taux de la facilité de prêt marginal), d'opérations d'open market, d'un taux de réserves obligatoires (1 % de certains engagements, essentiellement les dépôts de la clientèle, depuis janvier 2012 ; non rémunérées depuis septembre 2023) et, en dernier recours, de l'assouplissement quantitatif, achat à grande échelle de titres.
- Depuis la révision de sa stratégie, la Banque centrale européenne poursuit un objectif d'inflation symétrique de 2 % à moyen terme, un écart en dessous comme au-dessus de cette cible étant également indésirable (stratégie adoptée en juillet 2021, confirmée le 30 juin 2025).
- Les décisions de politique monétaire se transmettent à l'économie par plusieurs canaux : le taux d'intérêt, le crédit bancaire, le taux de change et les anticipations des agents.
- Quatre causes principales d'inflation sont distinguées : par la demande (excédentaire), par les coûts (salaires, énergie), importée (matières premières, change) et monétaire (masse monétaire croissant plus vite que la production).
- La désinflation, ralentissement du rythme de hausse des prix qui reste positif, se distingue nettement de la déflation, baisse durable et généralisée du niveau des prix, plus rare et plus coûteuse à combattre.
Deux lectures de la création monétaire
| Multiplicateur de crédit | Diviseur de crédit | |
|---|---|---|
| Point de départ | La banque centrale fixe la base monétaire | La banque accorde un crédit, qui crée un dépôt |
| Causalité | La monnaie centrale précède et conditionne le crédit | Le crédit précède la recherche des réserves nécessaires |
| Rôle des réserves obligatoires | Limite a priori le crédit distribuable (facteur 1/r) | Contrainte satisfaite a posteriori par la banque |
L'analyse en termes de multiplicateur de crédit suppose que la banque centrale contrôle la quantité de base monétaire disponible : chaque unité supplémentaire de monnaie centrale permettrait aux banques d'accorder un crédit multiplié par l'inverse du taux de réserves obligatoires, noté r. Une base monétaire en hausse de 100 millions d'euros, pour un taux de réserve de 10 %, autoriserait ainsi un crédit supplémentaire de 100 multiplié par 1/0,1, soit 1 000 millions d'euros. L'analyse en termes de diviseur de crédit inverse cette causalité, dans la continuité de la formule « les crédits font les dépôts » : la banque accorde d'abord le crédit de 1 000 millions d'euros, ce qui crée un dépôt du même montant, puis se procure ensuite, si nécessaire, les réserves obligatoires correspondantes, soit 10 % de 1 000, c'est-à-dire 100 millions d'euros, en empruntant auprès de la banque centrale ou d'autres banques. Les deux lectures aboutissent à la même identité comptable, mais en ordonnant la causalité en sens inverse.
Confusions fréquentes
- Les banques centrales contemporaines opèrent plus près du diviseur que du multiplicateur
- Elles fournissent, dans les faits, les réserves nécessaires a posteriori, au taux directeur qu'elles fixent, plutôt que de rationner strictement la quantité de monnaie centrale disponible : le schéma du multiplicateur reste un outil pédagogique plus qu'une description fidèle des pratiques actuelles.
Les instruments de la Banque centrale européenne
| Instrument | Fonctionnement |
|---|---|
| Taux directeurs | Facilité de dépôt, refinancement principal, facilité de prêt marginal : ils encadrent le taux du marché monétaire au jour le jour, qui évolue près du taux de la facilité de dépôt |
| Opérations d'open market | Appels d'offres hebdomadaires de refinancement principal, opérations de refinancement à plus long terme, pour ajuster la liquidité bancaire |
| Réserves obligatoires | Proportion des dépôts que chaque banque doit détenir auprès de la banque centrale, fixée à 1 % depuis janvier 2012 ; ces réserves ne sont plus rémunérées depuis septembre 2023 |
| Assouplissement quantitatif | Achat à grande échelle de titres publics et privés, utilisé quand les taux directeurs approchent leur plancher |
Les trois taux directeurs délimitent un corridor : la facilité de prêt marginal, la plus élevée, fixe le coût auquel une banque emprunte de la monnaie centrale au jour le jour ; la facilité de dépôt, la plus basse, rémunère les réserves excédentaires qu'une banque y place ; le taux de refinancement principal, entre les deux, est celui auquel la BCE prête chaque semaine de la monnaie centrale dans ses opérations d'open market régulières. Les réserves excédentaires étant devenues abondantes, les taux du marché monétaire évoluent près du plancher : en révisant son cadre opérationnel, le 13 mars 2024, la BCE a confirmé qu'elle oriente sa politique monétaire par le taux de la facilité de dépôt, et elle a ramené de 50 à 15 points de base, à compter du 18 septembre 2024, l'écart entre ce taux et celui du refinancement principal, la facilité de prêt marginal restant 25 points de base au-dessus de ce dernier. Depuis le 16 septembre 2026, les trois taux sont de 2,50 %, 2,65 % et 2,90 %. Les opérations de refinancement à plus long terme prêtent de la monnaie centrale sur des durées plus longues, parfois assorties de conditions favorables pour encourager le crédit aux ménages et aux entreprises. Lorsque ces instruments de taux atteignent leur plancher sans parvenir à relancer l'inflation, la banque centrale peut recourir à l'assouplissement quantitatif : elle achète des titres publics et privés sur le marché secondaire, ce qui injecte des liquidités et pèse directement sur les taux d'intérêt de long terme, au-delà du seul taux directeur.
Pour le QCM, associer chaque instrument à son registre : les taux directeurs et l'open market pilotent le très court terme, les réserves obligatoires contraignent le crédit bancaire, l'assouplissement quantitatif agit sur les taux longs quand les taux courts ne suffisent plus.
Les canaux de transmission et l'objectif d'inflation
| Canal | Mécanisme |
|---|---|
| Taux d'intérêt | Le coût du crédit se répercute sur l'investissement et la consommation des ménages et des entreprises |
| Crédit bancaire | Les banques ajustent le volume et les conditions des prêts qu'elles accordent |
| Taux de change | La monnaie s'apprécie ou se déprécie, ce qui modifie le prix des importations et des exportations |
| Anticipations | Les ménages et les entreprises ajustent leurs décisions de prix et de salaires en fonction de l'inflation qu'ils anticipent |
Depuis la révision de sa stratégie, la Banque centrale européenne poursuit un objectif d'inflation symétrique de 2 % à moyen terme (stratégie adoptée en juillet 2021, confirmée le 30 juin 2025) : un écart durable en dessous de cette cible est jugé aussi indésirable qu'un écart au-dessus, alors que la formulation antérieure, « inférieur mais proche de 2 % », pouvait laisser croire qu'une inflation trop basse était sans conséquence. Une décision de politique monétaire ne produit pas son effet immédiatement : ces « délais de transmission » se comptent en mois, et obligent la banque centrale à mener sa politique sur le moyen terme (Banque de France), ce qui explique qu'elle agisse en anticipant l'inflation future plutôt qu'en réagissant à l'inflation déjà observée.
Une hausse des taux directeurs renchérit le crédit, ce qui ralentit l'investissement (canal du crédit) et, en attirant des capitaux étrangers, peut apprécier la monnaie et alléger le prix des importations (canal du taux de change) : ces deux canaux agissent alors dans le même sens pour freiner l'inflation.
Les causes de l'inflation, désinflation et déflation
| Cause | Mécanisme |
|---|---|
| Par la demande | La demande globale excède les capacités de production de l'économie |
| Par les coûts | Une hausse des coûts de production (salaires, énergie) se répercute sur les prix de vente |
| Importée | La hausse du prix des importations ou une dépréciation de la monnaie renchérit ce qui vient de l'étranger |
| Monétaire | La masse monétaire croît plus vite que la production, conformément à l'équation quantitative de la monnaie |
Il convient de distinguer la désinflation, simple ralentissement du rythme de hausse des prix qui reste positif, de la déflation, baisse durable et généralisée du niveau des prix. La déflation est plus rare et plus difficile à combattre : elle alourdit le poids réel des dettes contractées à taux nominal fixe, un mécanisme connu sous le nom de déflation par la dette, et elle peut inciter les ménages à reporter leurs achats dans l'attente de prix encore plus bas, ce qui aggrave la baisse de la demande. Une spirale prix-salaires illustre un risque propre à l'inflation par les coûts : des hausses de salaires cherchant à compenser la perte de pouvoir d'achat renchérissent à leur tour les coûts de production, qui sont répercutés sur les prix, entretenant le mécanisme si rien ne l'interrompt.
En France, l'indexation générale des salaires ou des prix sur l'inflation passée est encadrée par la loi, précisément pour éviter qu'une telle spirale ne s'auto-entretienne ; seules certaines indexations, comme celle du salaire minimum, restent organisées par la loi elle-même.
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Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La base monétaire comprend les billets en circulation et les réserves des banques auprès de la banque centrale.Voir le corrigé
Vrai
Elle est plus étroite que les agrégats M1 à M3, qui incluent aussi les dépôts détenus par les agents non bancaires.
2.Dans l'analyse en termes de diviseur de crédit, la banque centrale fixe d'abord la quantité de monnaie centrale, qui détermine ensuite le crédit.Voir le corrigé
Faux
C'est la description du multiplicateur ; le diviseur inverse la causalité, le crédit précédant la recherche de réserves.
3.Les réserves obligatoires imposent aux banques de détenir une proportion de leurs dépôts auprès de la banque centrale.Voir le corrigé
Vrai
Ce taux de réserve intervient directement dans le calcul du multiplicateur de crédit, égal à l'inverse de ce taux.
4.La Banque centrale européenne poursuit, depuis la révision de sa stratégie, un objectif d'inflation symétrique de 2 % à moyen terme.Voir le corrigé
Vrai
Un écart en dessous comme au-dessus de cette cible est également indésirable (stratégie adoptée en juillet 2021, confirmée le 30 juin 2025).
5.La désinflation désigne une baisse durable et généralisée du niveau des prix.Voir le corrigé
Faux
C'est la définition de la déflation ; la désinflation n'est qu'un ralentissement du rythme de hausse des prix, qui reste positif.
6.Une inflation importée peut résulter d'une dépréciation de la monnaie nationale qui renchérit les produits venus de l'étranger.Voir le corrigé
Vrai
Le prix des importations augmente alors mécaniquement, même sans hausse des prix chez les fournisseurs étrangers.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Institutions et organes de l'Union européenne — european-union.europa.eu (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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