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Fiche de coursOption de QRC — catégories B et A

Rentabilité économique, rentabilité financière, effet de levier

18 min de lectureAu programme du concours de contrôleur et du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La rentabilité économique se calcule à partir d'un résultat pris avant charges financières.

Une entreprise peut être profitable sans être rentable : la profitabilité rapporte le résultat au chiffre d'affaires, la rentabilité le rapporte aux capitaux qui l'ont produit. Deux rentabilités coexistent et ne se confondent jamais. La rentabilité économique juge l'outil industriel indépendamment de son financement ; la rentabilité financière juge ce que l'actionnaire retire de sa mise. L'écart entre les deux porte un nom, l'effet de levier, et une formule qu'il faut savoir écrire et commenter. Le levier amplifie dans les deux sens : c'est pourquoi l'endettement enrichit tant que la rentabilité économique dépasse le coût de la dette, et ruine dès qu'elle passe en dessous.

À retenir

  • Profitabilité ≠ rentabilité. La profitabilité rapporte un résultat au chiffre d'affaires ; la rentabilité rapporte un résultat à un capital engagé. Un hypermarché a une profitabilité mince et une forte rentabilité, par la rotation.
  • Rentabilité économique = résultat d'exploitation après impôt / actif économique, l'actif économique étant la somme des immobilisations nettes et du besoin en fonds de roulement — ou, ce qui revient au même, des capitaux propres et de l'endettement net.
  • Rentabilité financière = résultat net / capitaux propres. C'est le taux servi à l'actionnaire, à comparer à ce que lui rapporterait un placement de risque comparable.
  • Effet de levier : Rf = Re + (Re − i) × D / CP, le tout après impôt. Le terme (Re − i) est le différentiel, D / CP le bras de levier.
  • Le levier joue dans les deux sens. Si Re > i, l'endettement accroît la rentabilité financière ; si Re < i, il la détruit d'autant plus vite que le bras de levier est long : on parle alors d'effet de massue.
  • Décomposition de Du Pont : rentabilité = taux de marge × rotation de l'actif. Deux modèles opposés — la marge du luxe, la rotation de la distribution — atteignent la même rentabilité.

Deux rentabilités, deux questions

La rentabilité économique répond à la question de l'industriel : l'outil de production rapporte-t-il plus qu'il ne coûte, indépendamment de la manière dont il a été financé ? Elle rapporte donc un résultat avant charges financières — le résultat d'exploitation, minoré de l'impôt — à l'actif économique, c'est-à-dire aux immobilisations nettes augmentées du besoin en fonds de roulement. Cet actif économique est aussi, lu au passif, la somme des capitaux propres et de l'endettement net : le même capital vu par ce qu'il finance ou par ceux qui l'ont apporté. La rentabilité financière répond à la question de l'actionnaire : que rapporte ma mise ? Elle rapporte le résultat net, après charges financières et après impôt, aux seuls capitaux propres. Les deux taux diffèrent dès qu'il existe de la dette, et c'est précisément cet écart que l'effet de levier explique. Confondre les deux conduit à l'erreur la plus courante de l'analyse : attribuer à la performance industrielle une rentabilité qui ne vient que de l'endettement.

Trois structures de financement pour le même actif économique de 1 000 000 d'euros
Sans detteDette 400 000Dette 700 000
Capitaux propres1 000 000600 000300 000
Résultat d'exploitation120 000120 000120 000
Charges financières (4 %)016 00028 000
Résultat avant impôt120 000104 00092 000
Impôt (25 %)30 00026 00023 000
Résultat net90 00078 00069 000
Rentabilité économique après impôt9 %9 %9 %
Rentabilité financière9 %13 %23 %

La rentabilité économique ne bouge pas : l'outil est le même. Seule la rentabilité financière s'élève, de 9 à 23 %, parce que le différentiel entre 9 % et le coût de la dette après impôt de 3 % est réparti sur des capitaux propres de plus en plus réduits.

La formule de l'effet de levier, et son retournement

L'effet de levier s'écrit : rentabilité financière égale rentabilité économique, plus la différence entre la rentabilité économique et le coût de la dette, multipliée par le rapport de la dette aux capitaux propres, l'ensemble étant raisonné après impôt. Le premier terme est la performance de l'outil ; le second est le supplément — ou le retranchement — apporté par le financement. Il se décompose lui-même en deux facteurs : le différentiel, qui dit si l'endettement est profitable, et le bras de levier, qui dit à quel point il est amplifié. Tant que la rentabilité économique dépasse le coût de la dette, chaque euro emprunté rapporte plus qu'il ne coûte, et la différence revient aux actionnaires, dont la mise est d'autant plus petite que la dette est grande. Dès que la rentabilité économique passe sous le coût de la dette, le mécanisme s'inverse intégralement : le différentiel devient négatif, le bras de levier l'amplifie, et la rentabilité financière chute plus vite que la rentabilité économique. On parle alors d'effet de massue. Le levier ne crée donc aucune richesse : il déplace le risque vers l'actionnaire, qui touche davantage en période favorable et perd davantage en période défavorable.

Retournement : le résultat d'exploitation tombe de 120 000 à 30 000 euros (Re = 2,25 % après impôt)
Sans detteDette 400 000Dette 700 000
Résultat d'exploitation30 00030 00030 000
Charges financières (4 %)016 00028 000
Résultat net après impôt à 25 %22 50010 5001 500
Rentabilité financière2,25 %1,75 %0,5 %

Vérifiez toujours votre calcul par la formule : avec Re = 9 %, i après impôt = 3 % et D/CP = 700/300 = 2,33, on obtient 9 + (9 − 3) × 2,33 = 23 %. Si le résultat du tableau et celui de la formule divergent, c'est que le coût de la dette n'a pas été pris après impôt.

Décomposer la rentabilité : marge et rotation

La rentabilité économique se décompose en deux facteurs qui se multiplient : le taux de marge, résultat d'exploitation rapporté au chiffre d'affaires, et la rotation de l'actif économique, chiffre d'affaires rapporté à cet actif. Cette décomposition, dite de Du Pont, est précieuse parce qu'elle distingue deux stratégies opposées qui atteignent la même rentabilité. Le commerce de luxe dégage une marge forte sur une rotation lente ; la grande distribution une marge très mince sur une rotation élevée, parfois plusieurs fois par an. Un hypermarché qui gagne deux centimes par euro vendu mais fait tourner son actif dix fois obtient la même rentabilité, 2 % × 10 = 20 %, qu'un joaillier qui gagne quarante centimes mais ne tourne qu'une demi-fois, 40 % × 0,5 = 20 % ; que l'hypermarché fasse tourner son actif douze fois, et il le dépasse. La décomposition indique aussi où agir : une rentabilité insuffisante appelle soit une action sur les prix et les coûts, soit une action sur l'actif, par la réduction des stocks, des créances ou des immobilisations inutilisées. Elle rappelle enfin que la profitabilité seule, très souvent citée dans la presse, ne dit rien de la rentabilité.

Confusions fréquentes

Utiliser le coût de la dette avant impôt dans la formule du levier
Les intérêts sont déductibles : leur coût réel pour l'entreprise est le taux nominal diminué de l'économie d'impôt, soit 4 % × (1 − 0,25) = 3 %. Raisonner à 4 % sous-estime le levier et fait diverger le résultat du tableau de celui de la formule.
Confondre profitabilité et rentabilité
La profitabilité rapporte le résultat au chiffre d'affaires, la rentabilité au capital engagé. Une entreprise peut afficher une profitabilité médiocre et une rentabilité excellente si son actif tourne vite : c'est tout le modèle de la grande distribution.
Voir dans une forte rentabilité financière une preuve de performance
Elle peut n'être qu'un effet de levier obtenu par un endettement massif, sur une rentabilité économique ordinaire. Il faut toujours calculer les deux taux : c'est leur écart, et non leur niveau, qui renseigne sur l'origine de la performance.
Oublier que le levier accroît le risque
Une rentabilité financière élevée obtenue par un bras de levier long s'effondre au premier retournement de conjoncture, et bien plus vite que la rentabilité économique. Le levier ne crée pas de richesse : il transfère du risque vers l'actionnaire.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La rentabilité économique se calcule à partir d'un résultat pris avant charges financières.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle juge l'outil de production indépendamment de son financement : on retient le résultat d'exploitation après impôt, rapporté à l'actif économique, et non le résultat net.

  2. 2.Dans la formule de l'effet de levier, le terme (Re − i) est appelé bras de levier.Voir le corrigé

    Faux

    (Re − i) est le différentiel de rentabilité ; le bras de levier est le rapport D / CP, endettement rapporté aux capitaux propres.

  3. 3.Une entreprise peu profitable peut être très rentable.Voir le corrigé

    Vrai

    La rentabilité est le produit de la marge par la rotation de l'actif. Une marge de deux centimes par euro vendu, multipliée par une rotation élevée, surpasse une marge forte sur un actif qui tourne peu.

  4. 4.Dans la formule du levier, le coût de la dette se prend à son taux nominal.Voir le corrigé

    Faux

    Il se prend après impôt, les intérêts étant déductibles : un taux nominal de 4 % avec un impôt à 25 % revient à un coût réel de 3 %. Sinon la formule ne retrouve pas le résultat du tableau.

  5. 5.L'actif économique peut se lire indifféremment à l'actif ou au passif du bilan.Voir le corrigé

    Vrai

    Immobilisations nettes plus besoin en fonds de roulement à l'actif ; capitaux propres plus endettement net au passif. C'est le même capital, vu par ce qu'il finance ou par ceux qui l'ont apporté.

  6. 6.Une rentabilité financière de 23 % prouve la performance industrielle de l'entreprise.Voir le corrigé

    Faux

    Elle peut résulter d'un simple effet de levier sur une rentabilité économique de 9 %. Seule la comparaison des deux taux révèle si la performance vient de l'outil ou de la structure financière.

Textes de référence

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