Sources et limites de la croissance économique
14 min de lectureAu programme du concours de contrôleur des Finances publiques
Testez-vous · sans compte
Vrai ou faux ?
La croissance intensive provient de gains de productivité globale des facteurs, à quantités de travail et de capital à peu près stables.
D'où vient la croissance économique, et jusqu'où peut-elle se poursuivre ? Traiter les « sources et limites de la croissance économique » du programme suppose une décomposition précise entre ce qui relève de l'accumulation des facteurs et ce qui relève des gains de productivité, puis un regard sur les limites institutionnelles, physiques et environnementales de cette croissance. Cette notion prolonge celle consacrée à l'accumulation du capital et au progrès technique, sans reprendre le détail des modèles de Solow ou de la croissance endogène, déjà traités : l'angle retenu ici est celui de la décomposition des sources et des limites.
À retenir
- La croissance extensive résulte d'un accroissement des quantités de travail et de capital mobilisées ; la croissance intensive résulte de gains de productivité globale des facteurs, à quantités de facteurs à peu près stables.
- Cette décomposition importe pour la soutenabilité : une croissance qui resterait durablement extensive épuiserait plus vite les ressources naturelles qu'une croissance portée par les gains d'efficacité.
- La qualité des institutions, droits de propriété protégés, État de droit, administrations fiables, conditionne la capacité d'une économie à transformer l'épargne en investissement productif de long terme.
- Les institutions inclusives ouvrent l'accès à la propriété, au crédit et à l'entreprise à une large part de la population ; les institutions accaparées par une minorité concentrent les opportunités économiques et découragent l'initiative du plus grand nombre.
- La croissance se heurte à des limites physiques : épuisement des ressources non renouvelables, externalités négatives non intégrées dans le calcul du PIB, dont le rapport commandé par le Club de Rome en 1972 a été l'un des premiers à alerter sur l'ampleur.
- La courbe de Kuznets environnementale, selon laquelle la pollution croîtrait puis décroîtrait avec le revenu par habitant, reste débattue : certains polluants, comme les émissions de gaz à effet de serre, ne suivent pas ce profil de façon avérée.
- Deux conceptions de la soutenabilité s'opposent sur la place du capital naturel : la soutenabilité restreinte l'estime substituable au capital produit, la soutenabilité forte réserve à un capital naturel critique une protection non substituable.
Croissance extensive et croissance intensive
Une économie peut produire davantage de deux façons. La croissance extensive mobilise davantage de travail, plus de travailleurs, davantage d'heures travaillées, et davantage de capital, plus de machines, plus de bâtiments, sans que l'efficacité avec laquelle ces facteurs sont combinés ne progresse. La croissance intensive, elle, provient de gains de productivité globale des facteurs (PGF) : produire plus avec les mêmes quantités de travail et de capital, grâce à de meilleures méthodes de production, une organisation plus efficace ou une innovation technique. Le mécanisme précis de la PGF et les théories qui expliquent son origine, modèle de Solow, croissance endogène de Romer et de Lucas, font l'objet du module dédié à l'accumulation du capital et au progrès technique ; l'enjeu ici est de comprendre pourquoi cette décomposition conditionne la soutenabilité de la trajectoire suivie.
| Croissance extensive | Croissance intensive | |
|---|---|---|
| Source | Plus de travailleurs, plus d'heures, plus de capital | Gains de productivité globale des facteurs |
| Effet sur les ressources | Proportionnel aux quantités supplémentaires mobilisées | Un supplément de production sans consommer proportionnellement plus de ressources |
| Limite de long terme | Rendements décroissants du capital, limites démographiques | Dépend du rythme de l'innovation et de sa diffusion |
Un pays qui double sa population active et son parc de machines en vingt ans, sans gain d'efficacité, voit sa production doubler mais consomme deux fois plus d'énergie et de matières premières pour y parvenir ; un pays qui améliore sa productivité au même rythme peut produire davantage sans accroître ses prélèvements sur les ressources naturelles dans les mêmes proportions.
Le rôle des institutions dans la croissance de long terme
Deux économies dotées de ressources naturelles et d'une population comparables peuvent connaître des trajectoires de croissance très différentes selon la qualité de leurs institutions. Des droits de propriété protégés et une sécurité juridique stable incitent les agents économiques à investir et à innover, parce qu'ils peuvent espérer conserver le fruit de leur effort ; une expropriation arbitraire ou une justice imprévisible décourage à l'inverse tout engagement de long terme. L'État de droit et des administrations fiables réduisent l'incertitude qui pèse sur les contrats, en garantissant leur exécution. L'État joue aussi un rôle irremplaçable en finançant des biens publics, infrastructures de transport, réseaux numériques, système éducatif, justice, que le marché seul sous-produirait, faute de pouvoir en capter tous les bénéfices.
| Institutions inclusives | Institutions accaparées par une minorité | |
|---|---|---|
| Accès à la propriété et au crédit | Ouvert à une large part de la population | Réservé à un groupe restreint |
| Effet sur l'investissement | Incite le plus grand nombre à investir et innover | Décourage l'initiative de ceux qui en sont exclus |
| Trajectoire de long terme | Favorise une croissance soutenue et diffusée | Favorise une rente pour le groupe en place, au prix d'une croissance plus limitée pour l'ensemble |
Confusions fréquentes
- Les institutions ne remplacent pas les facteurs de production
- Elles conditionnent l'efficacité avec laquelle le travail et le capital sont combinés et récompensés ; elles ne dispensent pas d'accumuler des facteurs ni de gagner en productivité.
- Une croissance de court terme n'exige pas des institutions irréprochables
- Une économie mal gouvernée peut connaître une croissance ponctuelle, portée par des ressources naturelles ou une main-d'œuvre abondante ; ce sont la régularité et la diffusion de la croissance dans la durée que la qualité des institutions explique le mieux.
Les limites physiques et environnementales de la croissance
La croissance se heurte à des limites que la seule comptabilité du PIB ne capte pas. L'épuisement des ressources non renouvelables, énergies fossiles, certains minerais, limite à terme une production qui en dépend étroitement. Les externalités négatives, pollution de l'air et de l'eau, émissions de gaz à effet de serre, ne sont pas retranchées du PIB alors qu'elles dégradent des conditions de vie et de production futures. Le rapport commandé par le Club de Rome à une équipe du Massachusetts Institute of Technology, publié en 1972 sous le titre Halte à la croissance ?, a été l'un des premiers travaux à modéliser un possible dépassement des limites physiques de la planète si la croissance démographique et productive se poursuivait au même rythme, en s'appuyant sur des ressources jugées finies.
| Limite | Mécanisme | Exemple |
|---|---|---|
| Épuisement des ressources non renouvelables | Une production qui dépend de ressources dont le stock est fini | Réserves de pétrole, de certains métaux rares |
| Externalité négative non comptée | Un coût supporté par des tiers ou par les générations futures, absent du PIB | Émissions de gaz à effet de serre, pollution de l'air |
| Dépassement des capacités de renouvellement | Un prélèvement supérieur à ce que les écosystèmes peuvent reconstituer | Surexploitation des sols, des forêts, des stocks de poissons |
La courbe de Kuznets environnementale avance qu'à mesure que le revenu par habitant progresse, la pollution augmenterait d'abord, le temps de l'industrialisation, puis diminuerait, quand l'économie se tourne vers les services et adopte des technologies plus propres ; l'hypothèse reste débattue, certains polluants, comme les émissions de gaz à effet de serre, ne suivant pas ce profil de façon avérée à l'échelle mondiale.
Soutenabilité restreinte, soutenabilité forte : la place du capital naturel
La soutenabilité désigne la capacité à transmettre aux générations futures des conditions de vie au moins équivalentes aux conditions présentes. Deux conceptions s'opposent sur la place à accorder au capital naturel dans ce calcul. La soutenabilité restreinte considère que le capital naturel et le capital produit ou humain sont substituables : ce qui compte est le stock total de capital transmis, quelle que soit sa composition. Cette approche s'appuie sur la règle de Hartwick, selon laquelle un pays peut épuiser une ressource non renouvelable sans compromettre l'avenir, à condition de réinvestir la rente qu'elle procure dans d'autres formes de capital qui prennent le relais. La soutenabilité forte refuse cette substitution pour un capital naturel dit critique, parce qu'il rend des services irremplaçables, climat stable, biodiversité, couche d'ozone : ce capital doit être préservé en l'état, aucune accumulation de machines ou d'infrastructures ne pouvant s'y substituer une fois détruit.
| Soutenabilité restreinte | Soutenabilité forte | |
|---|---|---|
| Capital naturel et capital produit | Substituables : seul compte le stock total | Non substituables pour le capital naturel critique |
| Règle de référence | Règle de Hartwick : réinvestir la rente des ressources épuisables | Préservation en l'état du capital naturel critique |
| Cas limite | Une ressource épuisée est acceptable si elle finance un autre capital | Une perte de biodiversité ou un dérèglement climatique n'est pas compensable |
Pour une question sur la soutenabilité, définir d'abord le désaccord (le capital naturel est-il substituable ou non), puis illustrer chaque conception par un exemple : une mine qui finance des infrastructures pour la conception restreinte, une espèce disparue qu'aucun investissement ne ramène pour la conception forte.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La croissance intensive provient de gains de productivité globale des facteurs, à quantités de travail et de capital à peu près stables.Voir le corrigé
Vrai
C'est la définition même de la croissance intensive, par opposition à la croissance extensive qui repose sur l'accroissement des quantités de facteurs.
2.La croissance extensive et la croissance intensive pèsent de la même façon sur les ressources naturelles.Voir le corrigé
Faux
Une croissance extensive prolongée consomme proportionnellement plus de ressources ; une croissance intensive produit davantage sans accroître les prélèvements dans les mêmes proportions.
3.Des droits de propriété protégés et une sécurité juridique stable incitent les agents économiques à investir.Voir le corrigé
Vrai
Ils permettent aux investisseurs d'espérer conserver le fruit de leur effort, condition nécessaire à l'engagement de long terme.
4.Le rapport commandé par le Club de Rome a été publié en 1992.Voir le corrigé
Faux
Il a été publié en 1972 ; c'est l'un des premiers à avoir alerté sur les limites physiques de la croissance.
5.La courbe de Kuznets environnementale prévoit que la pollution diminue dès les premiers stades du développement économique.Voir le corrigé
Faux
Elle prévoit une hausse de la pollution pendant l'industrialisation, puis une baisse au-delà d'un certain revenu par habitant. Ce profil reste débattu : les émissions de gaz à effet de serre, notamment, ne le suivent pas de façon avérée.
6.La soutenabilité forte réserve à un capital naturel dit critique une protection non substituable par du capital produit.Voir le corrigé
Vrai
C'est ce qui la distingue de la soutenabilité restreinte, qui considère le capital naturel et le capital produit comme substituables.
Textes de référence
- Programme de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe de contrôleur des finances publiques (QCM et cinq options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
Accès DGFiP est un service indépendant : il n’est ni affilié ni validé par la Direction générale des Finances publiques. En cas de doute, le texte officiel fait foi.