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Fiche de coursOption de QRC — catégorie B

Stratégies internationales des entreprises

14 min de lectureAu programme du concours de contrôleur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Un investissement direct à l'étranger suppose une participation durable qui donne un contrôle ou une influence significative sur la gestion de l'entreprise visée.

Une firme multinationale ne s'installe pas à l'étranger par hasard : chaque implantation répond à un motif précis, un marché à conquérir, un coût à réduire, une ressource à sécuriser ou une barrière douanière à contourner. La notion répond à la ligne « Stratégies internationales des entreprises » du programme de l'option sciences économiques et sociales du concours de contrôleur : elle distingue délocalisation et externalisation, puis situe une firme dans une chaîne de valeur mondiale. La question du prix de transfert, enjeu de contrôle fiscal directement lié aux missions de la DGFiP, complète cette notion.

À retenir

  • Une firme multinationale organise sa production dans plusieurs pays par un investissement direct à l'étranger (IDE), prise de participation durable dans une entreprise étrangère, qui la distingue d'un simple placement de portefeuille.
  • Quatre motifs principaux guident l'implantation à l'étranger : servir un marché de consommation, réduire un coût de production, sécuriser l'accès à une ressource, contourner une barrière douanière ou réglementaire.
  • La délocalisation transfère une production vers une entreprise située à l'étranger, filiale du groupe ou sous-traitant ; l'externalisation confie une production à une entreprise juridiquement indépendante, en France ou à l'étranger.
  • La décomposition internationale des processus productifs (DIPP) répartit les étapes de fabrication d'un même bien entre plusieurs pays, chacun se spécialisant dans le segment où il est le plus compétitif.
  • Les effets sur le pays d'origine et sur le pays d'accueil sont ambivalents : créations et suppressions d'emplois, transferts de technologie et de savoir-faire, mais aussi risque de dépendance envers la firme.
  • Le prix de transfert, prix auquel des entités d'un même groupe s'échangent biens et services, est un enjeu central du contrôle fiscal : un prix éloigné du prix de pleine concurrence permet de déplacer le bénéfice vers un pays à fiscalité plus clémente.
  • Depuis la crise sanitaire de 2020, qui a révélé la fragilité des chaînes d'approvisionnement, des entreprises annoncent des relocalisations partielles ; le mouvement reste limité : entre 2018 et 2020, 1,2 % des entreprises de plus de 50 salariés ont relocalisé une activité, contre 1,7 % qui en ont délocalisé une (Insee).

Firmes multinationales et investissement direct à l'étranger

Une firme multinationale est une entreprise qui possède et contrôle des unités de production ou de distribution dans plusieurs pays. Elle s'implante à l'étranger par un investissement direct à l'étranger (IDE) : une prise de participation durable, généralement à partir de 10 % du capital, qui donne un contrôle ou une influence significative sur la gestion de l'entreprise visée. Cette durabilité distingue l'IDE d'un investissement de portefeuille, achat d'actions ou d'obligations sans intention de contrôle, motivé par le seul rendement financier.

Deux formes d'investissement direct à l'étranger
FormeDescriptionExemple
Investissement de création (greenfield)Construction d'une filiale ou d'une usine entièrement nouvelleUn groupe agroalimentaire bâtit une usine neuve dans un pays voisin
Investissement d'acquisition (brownfield)Prise de contrôle d'une entreprise étrangère déjà existanteLe rachat d'une entreprise locale par un groupe étranger

Un groupe pharmaceutique installé en France construit une usine neuve en Asie du Sud-Est pour produire au plus près d'un marché de consommation en forte croissance, plutôt que d'exporter depuis ses sites existants.

Illustration d'un motif de marché : l'implantation vise à servir la demande locale, pas seulement à réduire un coût.

Les quatre motifs de l'implantation à l'étranger

Quatre motifs principaux expliquent qu'une firme s'implante à l'étranger plutôt que d'exporter depuis son pays d'origine. La recherche de marché rapproche l'offre d'une demande locale en forte croissance ou protégée par des barrières à l'importation. La réduction des coûts vise une main-d'oeuvre, une énergie ou un foncier moins onéreux qu'au pays d'origine. La sécurisation des ressources garantit l'accès à une matière première, minerai, énergie ou terre agricole, indispensable à la production. Le contournement d'une barrière douanière ou réglementaire permet de produire à l'intérieur d'un marché protégé plutôt que d'en subir les droits de douane ou les normes techniques à l'importation.

Les quatre motifs d'implantation à l'étranger
MotifLogiqueExemple
MarchéServir une demande locale en croissanceUne usine d'assemblage installée près d'un marché de consommation en expansion
CoûtsRéduire le coût du travail ou de l'énergieUn atelier textile installé dans un pays à main-d'oeuvre moins onéreuse
RessourcesSécuriser l'accès à une matière premièreUne mine exploitée par une firme étrangère dans un pays riche en minerais
Contournement d'une barrièreProduire à l'intérieur d'un marché protégéUne usine installée dans une union douanière pour éviter un droit d'importation

Un constructeur automobile installe une usine d'assemblage à l'intérieur d'un marché protégé par des droits de douane élevés, plutôt que d'y exporter ses véhicules depuis son pays d'origine.

Le motif n'est ici ni le marché seul ni le coût : c'est le contournement de la barrière douanière qui rend la production locale plus avantageuse que l'exportation.

Délocalisation et externalisation : deux logiques distinctes

Délocalisation et externalisation : ce qui change
DélocalisationExternalisation
Contrôle capitalistiqueConservé si la production migre vers une filiale du groupe, perdu si elle est confiée à un sous-traitant étrangerPerdu : la production est confiée à un sous-traitant indépendant
LocalisationToujours à l'étranger, par définitionPeut rester dans le pays d'origine ou aller à l'étranger
Motif principalRéduire un coût de production, se rapprocher d'un marchéSe concentrer sur son cœur de métier, transférer un risque

La délocalisation transfère, en tout ou partie, une activité de production vers une entreprise située dans un autre pays, selon la définition de l'Insee. Cette entreprise peut être une filiale ou une succursale du groupe : le contrôle capitalistique ne change pas, seule la localisation géographique de l'activité change. Elle peut aussi être un sous-traitant étranger. L'externalisation confie une activité à une entreprise juridiquement indépendante, un sous-traitant, que celui-ci soit installé dans le pays d'origine ou à l'étranger : ce qui change alors, ce n'est pas nécessairement le lieu, mais la propriété du processus de production. Les deux logiques se cumulent dans la sous-traitance internationale : une firme qui confie une production à un sous-traitant situé à l'étranger délocalise et externalise à la fois.

Confusions fréquentes

Délocalisation et externalisation ne sont pas synonymes
L'une déplace la production vers l'étranger, dans une filiale du groupe ou chez un sous-traitant ; l'autre la confie à une entreprise indépendante, avec ou sans changement de pays.
Une externalisation n'implique pas toujours l'étranger
Une entreprise peut externaliser une activité auprès d'un sous-traitant situé dans son propre pays : seule la délocalisation suppose, par définition, un changement de pays.

Chaînes de valeur mondiales et décomposition internationale des processus productifs

La décomposition internationale des processus productifs répartit les différentes étapes de fabrication d'un même bien entre plusieurs pays, chacun se spécialisant dans le segment de la chaîne de valeur où il est le plus compétitif. Les fonctions de conception et recherche restent le plus souvent concentrées dans le pays du siège du groupe, là où la propriété intellectuelle est la mieux protégée. L'assemblage final, en revanche, se loge fréquemment là où le coût de la main-d'oeuvre est le plus bas. Entre ces étapes, des composants et des biens intermédiaires franchissent plusieurs frontières avant d'aboutir à un produit fini, ce qui gonfle les statistiques du commerce international sans que la valeur ajoutée totale augmente dans les mêmes proportions.

Une chaîne de valeur mondiale, étape par étape
ÉtapeLocalisation typiqueExemple
Conception et recherchePays du siège du groupeUn centre de recherche dans le pays d'origine du groupe
Fabrication de composantsPays spécialisés dans le segment concernéDes composants électroniques fabriqués dans plusieurs pays d'Asie
Assemblage finalPays à coût de main-d'oeuvre plus basUn site d'assemblage installé dans un pays à bas coût salarial
DistributionMarché final viséUn centre logistique proche des principaux marchés de vente

Un véhicule électrique est conçu dans le pays du siège du groupe, ses batteries sont fabriquées dans un pays spécialisé dans cette technologie, et son assemblage final a lieu dans un troisième pays à coût salarial plus bas : chaque frontière franchie par les composants est comptée dans les statistiques du commerce extérieur.

Bon exemple pour une QRC : il montre que chaque frontière franchie par un composant gonfle les échanges de biens intermédiaires, comptés à chaque passage.

Effets sur les pays, transferts de technologie et prix de transfert

L'implantation d'une firme multinationale produit des effets ambivalents, pour le pays d'origine comme pour le pays d'accueil. Dans le pays d'accueil, l'investissement crée des emplois, transfère des technologies et des méthodes de gestion, et peut stimuler des fournisseurs locaux ; mais il expose aussi ce pays à une dépendance envers des décisions prises au siège du groupe, parfois éloignées de ses intérêts. Dans le pays d'origine, la délocalisation d'une activité supprime des emplois dans le secteur concerné, tout en pouvant libérer des ressources vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Le transfert de technologie, diffusion de méthodes de production, de brevets ou de compétences vers l'économie d'accueil, est l'un des effets les plus recherchés par les pays qui attirent ces investissements, notamment pour accélérer leur propre montée en gamme industrielle.

Effets de l'implantation d'une firme multinationale
Pays d'accueilPays d'origine
EmploiCréation de postes dans l'activité implantéeSuppression de postes dans le secteur délocalisé
TechnologieTransfert de méthodes, de brevets et de compétencesDiffusion parfois limitée par le secret industriel du groupe
Risque principalDépendance envers des décisions prises au siègePerte de savoir-faire productif sur le territoire national

Confusions fréquentes

Un prix de transfert n'est pas automatiquement une fraude
Des filiales d'un même groupe échangent nécessairement des biens et des services entre elles ; seul un prix éloigné du prix de pleine concurrence, sans justification économique, constitue une manipulation fiscale.
Une relocalisation ne ramène pas toujours toute la chaîne de valeur
Une entreprise peut relocaliser l'assemblage final tout en gardant la fabrication de composants à l'étranger : la relocalisation est souvent partielle, pas un retour complet du processus productif.

Pour une question sur les stratégies internationales des entreprises, toujours situer la firme dans sa chaîne de valeur (quelle étape, quel pays), puis relier le motif d'implantation à son effet sur l'emploi et sur les recettes fiscales : c'est ce lien qui distingue une copie descriptive d'une copie qui démontre.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Un investissement direct à l'étranger suppose une participation durable qui donne un contrôle ou une influence significative sur la gestion de l'entreprise visée.Voir le corrigé

    Vrai

    Par convention, la détention d'au moins 10 % des droits de vote suffit (Insee, Banque de France). C'est ce qui le distingue d'un placement de portefeuille, motivé par le seul rendement financier, sans intention de peser sur la gestion.

  2. 2.La délocalisation consiste à confier la production à une entreprise indépendante, en France ou à l'étranger.Voir le corrigé

    Faux

    C'est l'externalisation qui confie la production à une entreprise indépendante ; la délocalisation déplace la production vers l'étranger.

  3. 3.La décomposition internationale des processus productifs répartit les étapes de fabrication d'un bien entre plusieurs pays.Voir le corrigé

    Vrai

    Chaque pays se spécialise dans le segment de la chaîne de valeur où il est le plus compétitif.

  4. 4.Un prix de transfert désigne le prix auquel une entreprise vend ses biens à des entreprises indépendantes à l'étranger.Voir le corrigé

    Faux

    Il désigne le prix auquel des entités d'un même groupe s'échangent biens et services entre elles, et non une vente à des entreprises indépendantes.

  5. 5.Le principe de pleine concurrence sert de référence pour apprécier un prix de transfert entre filiales.Voir le corrigé

    Vrai

    Le prix pratiqué entre filiales doit être comparable à celui que fixeraient des entreprises indépendantes placées dans une situation équivalente.

  6. 6.Une relocalisation consiste à déplacer la production vers un pays étranger.Voir le corrigé

    Faux

    Le déplacement de la production vers l'étranger est une délocalisation ; la relocalisation rapatrie tout ou partie de la production, souvent partiellement (l'assemblage final par exemple).

Textes de référence

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