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Fiche de cours

La Charte des droits fondamentaux de l'Union et la Cour de justice

13 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La Charte des droits fondamentaux a été proclamée pour la première fois en 2000, à Nice.

Proclamée en 2000, la Charte des droits fondamentaux a acquis la même valeur juridique que les traités avec Lisbonne. Elle s'impose aux institutions de l'Union et aux États membres lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. Son champ diffère de celui de la Convention européenne des droits de l'homme.

À retenir

  • La Charte a été proclamée solennellement le 7 décembre 2000 à Nice par le Parlement, le Conseil et la Commission, sans force juridique contraignante à ce stade.
  • Une version adaptée a été proclamée le 12 décembre 2007 à Strasbourg ; la Charte a acquis une valeur juridique contraignante, identique à celle des traités, avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009.
  • L'article 51 fixe le champ d'application : la Charte s'adresse aux institutions et organes de l'Union, et aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ; elle ne crée aucune compétence nouvelle pour l'Union.
  • Elle compte six titres substantiels : dignité, libertés, égalité, solidarité, citoyenneté, justice, complétés par un titre de dispositions générales sur son interprétation et son application.
  • L'article 52, paragraphe 3, prévoit que les droits de la Charte correspondant à des droits garantis par la Convention européenne des droits de l'homme ont le même sens et la même portée que ceux-ci, le droit de l'Union pouvant accorder une protection plus étendue.
  • L'Union n'a pas encore adhéré à la Convention européenne des droits de l'homme : la Cour de justice a jugé, dans son avis 2/13 de 2014, le projet d'accord d'adhésion incompatible avec le droit de l'Union ; l'adhésion, prévue par l'article 6, paragraphe 2, du traité sur l'Union, reste en suspens : un projet révisé d'accord, arrêté en mars 2023, attend un nouvel avis de la Cour, demandé par la Commission en novembre 2025.
  • La Cour de justice et les juridictions nationales veillent au respect de la Charte dans le champ du droit de l'Union. Hors de ce champ, la protection repose notamment sur le droit national et la Convention européenne des droits de l'homme.

D'une proclamation solennelle à un texte contraignant

Trois dates pour la Charte
DateÉvénementPortée
7 décembre 2000Proclamation solennelle à NiceAucune force juridique contraignante
12 décembre 2007Proclamation d'une version adaptée à StrasbourgToujours sans force contraignante à cette date
1er décembre 2009Entrée en vigueur du traité de LisbonneValeur juridique identique à celle des traités (article 6, § 1, du TUE)

L'article 6, paragraphe 1, du traité sur l'Union européenne dispose que l'Union reconnaît les droits, les libertés et les principes énoncés dans la Charte, laquelle a la même valeur juridique que les traités. Ce renvoi, plutôt qu'une incorporation du texte dans les traités eux-mêmes, explique que la Charte demeure un instrument distinct, dont l'article 51 fixe précisément le champ d'application.

Confusions fréquentes

Nice 2000 n'est pas la date d'entrée en vigueur
La Charte a été proclamée en 2000, mais elle n'est devenue contraignante qu'avec le traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009. Un QCM qui demande depuis quand la Charte s'impose vise 2009, pas 2000.

Champ d'application et titres

L'article 51 borne strictement le champ d'application de la Charte : elle s'adresse aux institutions, organes et organismes de l'Union, dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres, mais uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. Une administration nationale qui applique un règlement ou transpose une directive de l'Union doit respecter la Charte ; une décision purement interne, sans lien avec le droit de l'Union, échappe à son champ et relève notamment des garanties nationales et de la Convention européenne des droits de l'homme. L'article 51, paragraphe 2, précise en outre que la Charte ne crée aucune compétence ni tâche nouvelle pour l'Union et ne modifie pas les compétences fixées par les traités.

Les six titres substantiels de la Charte
TitreExemples de droits
DignitéDignité humaine, droit à la vie, intégrité de la personne, interdiction de la torture
LibertésVie privée, liberté d'expression, liberté de réunion, protection des données à caractère personnel
ÉgalitéNon-discrimination, diversité culturelle, droits de l'enfant, droits des personnes âgées et handicapées
SolidaritéDroits des travailleurs, sécurité sociale et aide sociale, protection de l'environnement
CitoyennetéDroit de vote aux élections européennes, liberté de circulation et de séjour, accès aux documents
JusticeDroit à un recours effectif, présomption d'innocence, principes de légalité et de proportionnalité des délits et des peines

Un service préfectoral qui refuse une demande de titre de séjour fondée sur une directive de l'Union relative au regroupement familial met en œuvre le droit de l'Union : la Charte s'applique. Le même service qui statue sur une demande relevant d'un dispositif purement français, sans base en droit de l'Union, reste soumis au droit national et aux autres engagements internationaux applicables, dont la Convention européenne des droits de l'homme.

Articulation avec la CEDH et rôle de la Cour de justice

L'article 52, paragraphe 3, de la Charte organise un plancher de protection : lorsqu'un droit de la Charte correspond à un droit garanti par la Convention européenne des droits de l'homme, il a le même sens et la même portée que celui-ci, sans empêcher le droit de l'Union d'accorder une protection plus étendue. L'article 6, paragraphe 3, du traité sur l'Union ajoute que les droits garantis par la Convention et ceux qui résultent des traditions constitutionnelles communes aux États membres font partie des principes généraux du droit de l'Union — c'est ce fondement jurisprudentiel qui protégeait déjà les droits fondamentaux avant même que la Charte ne devienne contraignante.

L'Union est censée adhérer à la Convention européenne des droits de l'homme, en vertu de l'article 6, paragraphe 2, du traité sur l'Union, mais l'adhésion n'a pas abouti : dans son avis 2/13 de 2014, la Cour de justice a jugé le projet d'accord d'adhésion incompatible avec plusieurs caractéristiques du droit de l'Union, notamment l'autonomie de son ordre juridique. Les négociations ont repris et abouti en mars 2023 à un projet révisé d'accord, sur lequel la Commission a demandé un nouvel avis à la Cour de justice en novembre 2025 : l'adhésion n'aura lieu qu'après cet avis, puis la ratification de l'accord.

Pour un acte national, rechercher s'il met en œuvre le droit de l'Union : la Charte est alors applicable. Le juge national en assure le respect et peut, selon les règles du renvoi préjudiciel, saisir la Cour de justice. Hors de ce champ, les garanties nationales et la Convention restent notamment applicables.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La Charte des droits fondamentaux a été proclamée pour la première fois en 2000, à Nice.Voir le corrigé

    Vrai

    Proclamation solennelle du Parlement, du Conseil et de la Commission, sans force juridique contraignante à ce stade.

  2. 2.La Charte des droits fondamentaux est devenue juridiquement contraignante dès sa proclamation en 2000.Voir le corrigé

    Faux

    Elle n'a acquis une valeur juridique contraignante, identique à celle des traités, qu'avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009.

  3. 3.La Charte s'applique aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union.Voir le corrigé

    Vrai

    L'article 51 borne son champ d'application aux institutions de l'Union et aux États dans cette hypothèse précise, sans étendre les compétences de l'Union.

  4. 4.L'Union européenne a formellement adhéré à la Convention européenne des droits de l'homme.Voir le corrigé

    Faux

    L'adhésion, prévue par les traités, n'a pas abouti : la Cour de justice a jugé le projet d'accord incompatible avec le droit de l'Union dans son avis 2/13 de 2014.

  5. 5.La Charte comporte six titres substantiels, dont dignité, libertés et justice.Voir le corrigé

    Vrai

    Dignité, libertés, égalité, solidarité, citoyenneté, justice, complétés par un titre de dispositions générales sur son interprétation.

  6. 6.Un droit de la Charte correspondant à un droit de la Convention européenne des droits de l'homme peut lui offrir une protection moins étendue.Voir le corrigé

    Faux

    L'article 52, § 3, impose au minimum le même sens et la même portée que la Convention ; le droit de l'Union peut seulement offrir une protection plus étendue, jamais moindre.

Textes de référence

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