Sources, principes directeurs et mise en œuvre du droit de l'Union
15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
Un règlement de l'Union doit être transposé par chaque État membre pour produire ses effets.
L'effet direct et la primauté structurent le droit de l'Union depuis les arrêts Van Gend en Loos et Costa contre ENEL. Leur réception en droit français, notamment par Nicolo, Sarran et Arcelor, articule le droit de l'Union avec la place de la Constitution dans l'ordre interne.
À retenir
- Le droit primaire regroupe les traités fondateurs et modificatifs, la Charte des droits fondamentaux, les protocoles et les traités d'adhésion ; le droit dérivé, énuméré à l'article 288 du TFUE, comprend le règlement, la directive, la décision, la recommandation et l'avis.
- Le règlement a une portée générale, est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre, sans mesure de transposition ; la directive lie les États quant au résultat à atteindre, en leur laissant le choix de la forme et des moyens, et suppose une transposition dans un délai fixé.
- L'effet direct, consacré par l'arrêt Van Gend en Loos de la Cour de justice, le 5 février 1963, permet à un particulier d'invoquer directement devant son juge national une disposition claire, précise et inconditionnelle du droit de l'Union.
- La primauté est consacrée par Costa contre ENEL du 15 juillet 1964. Selon Simmenthal du 9 mars 1978, le juge écarte immédiatement une loi contraire à une disposition de l'Union d'effet direct dans le litige, sans attendre son abrogation ni une déclaration d'inconstitutionnalité.
- L'arrêt Francovich du 19 novembre 1991 engage la responsabilité d'un État pour les dommages causés à un particulier par la violation du droit de l'Union, notamment le défaut de transposition d'une directive dans le délai fixé.
- En droit français, l'arrêt Nicolo du Conseil d'État, en 1989, accepte le contrôle de conventionnalité des lois postérieures à un traité ; l'arrêt Sarran, en 1998, juge que la supériorité conférée aux traités par l'article 55 de la Constitution ne s'applique pas, dans l'ordre interne, aux dispositions constitutionnelles ; l'arrêt Arcelor, en 2007, organise la conciliation entre Constitution et droit de l'Union pour les mesures de transposition.
- L'article 88-1 de la Constitution, au titre XV, dispose que la République participe à l'Union européenne dans les conditions prévues par le traité sur l'Union : c'est le fondement constitutionnel des transferts de compétences consentis par la France.
Droit primaire et droit dérivé
Le droit primaire, au sommet de la hiérarchie des normes de l'Union, comprend le traité sur l'Union européenne, le traité sur le fonctionnement de l'Union, la Charte des droits fondamentaux depuis Lisbonne, les protocoles annexés aux traités et les traités d'adhésion successifs. Le droit dérivé en découle : il est adopté par les institutions dans l'exercice des compétences attribuées, selon les formes que l'article 288 du TFUE énumère.
| Acte | Portée | Force obligatoire | Destinataires |
|---|---|---|---|
| Règlement | Générale | Obligatoire dans tous ses éléments, directement applicable | Tous les États membres, sans transposition |
| Directive | Fixe un résultat à atteindre | Obligatoire quant au résultat, forme et moyens laissés aux États | États membres, avec transposition dans un délai |
| Décision | Individuelle ou générale | Obligatoire dans tous ses éléments | Destinataires désignés, s'il y en a ; sinon, décision sans destinataire désigné |
| Recommandation | Générale ou individuelle | Non contraignante | États, institutions ou particuliers |
| Avis | Générale ou individuelle | Non contraignant | États, institutions ou particuliers |
Confusions fréquentes
- Règlement et directive ne produisent pas les mêmes effets
- Le règlement est directement applicable, sans transposition, selon la date d'application qu'il fixe ; celle-ci peut différer de son entrée en vigueur. La directive doit être transposée dans le délai fixé et peut ensuite, sous conditions, produire un effet direct contre l'État défaillant, sans créer par elle-même d'obligation à la charge d'un particulier.
Effet direct et primauté : les arrêts fondateurs
| Arrêt | Date | Principe |
|---|---|---|
| Van Gend en Loos | 5 février 1963 | Effet direct : un particulier peut invoquer une disposition claire, précise et inconditionnelle du droit de l'Union devant son juge national |
| Costa contre ENEL | 15 juillet 1964 | Primauté du droit de l'Union sur le droit national, quel que soit le rang de la norme nationale |
| Simmenthal | 9 mars 1978 | Le juge écarte une loi contraire à une disposition de l'Union d'effet direct dans le litige, sans attendre son abrogation ni une déclaration d'inconstitutionnalité |
| Francovich | 19 novembre 1991 | Responsabilité de l'État pour les dommages causés aux particuliers par la violation du droit de l'Union, notamment le défaut de transposition d'une directive |
L'effet direct suppose une disposition suffisamment claire, précise et inconditionnelle. Il s'apprécie disposition par disposition, y compris pour les traités et règlements : l'applicabilité directe du règlement ne rend pas chacune de ses dispositions invocable sans condition. Une directive peut produire un effet direct après expiration du délai de transposition si ces conditions sont réunies, contre l'État défaillant ; elle ne crée pas, par elle-même, d'obligation à la charge d'un particulier.
La primauté signifie que le droit de l'Union prime le droit national en cas de conflit, y compris une loi postérieure. L'obligation du juge de laisser la loi inappliquée suppose une disposition de l'Union d'effet direct dans le litige ; il agit alors de sa propre autorité, sans attendre son abrogation ni une procédure constitutionnelle. La seule primauté ne suffit pas à écarter une loi contraire à une disposition dépourvue d'effet direct ; restent notamment l'interprétation conforme et, sous conditions, la responsabilité de l'État (Popławski, 2019).
Une directive non transposée dans le délai accorde à des agents publics un droit précis et inconditionnel. Un agent peut invoquer ses dispositions contre son employeur public. Si un particulier est lésé par la violation du droit de l'Union, une réparation par l'État est possible sous les conditions de responsabilité issues de Francovich et de la jurisprudence ultérieure.
La réception du droit de l'Union en droit français
Le Conseil d'État a longtemps refusé de contrôler la conformité d'une loi postérieure à un traité, au nom de la théorie de la loi-écran. L'arrêt Nicolo, en 1989, met fin à cette réticence : le Conseil d'État accepte d'écarter une loi contraire à un traité, même postérieure à celui-ci, alignant sa position sur celle de la Cour de cassation, qui avait franchi ce pas dès l'arrêt Jacques Vabre, en 1975.
L'arrêt Sarran, rendu par le Conseil d'État en 1998, fixe une limite : la supériorité que l'article 55 de la Constitution confère aux traités régulièrement ratifiés ne s'applique pas, dans l'ordre interne, aux dispositions de nature constitutionnelle, qui demeurent au sommet de la hiérarchie des normes françaises. L'arrêt Arcelor, en 2007, organise une conciliation pour les mesures nationales de transposition d'une directive précise et inconditionnelle : lorsqu'un principe constitutionnel invoqué a un équivalent en droit de l'Union, le Conseil d'État contrôle la mesure de transposition au regard de ce droit, au besoin par un renvoi préjudiciel à la Cour de justice, plutôt que directement au regard de la Constitution.
L'article 88-1 de la Constitution, inséré au titre XV, dispose que la République participe à l'Union européenne, constituée d'États qui ont choisi librement d'exercer en commun certaines de leurs compétences, dans les conditions prévues par les traités. Ce fondement constitutionnel légitime les transferts de compétences consentis et sert de point d'appui au Conseil constitutionnel pour contrôler la conformité des lois de transposition.
Retenir la chronologie française en trois arrêts : Nicolo (1989) ouvre le contrôle de conventionnalité, Sarran (1998) préserve la Constitution au sommet de l'ordre interne, Arcelor (2007) concilie les deux pour les transpositions.
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1.Un règlement de l'Union doit être transposé par chaque État membre pour produire ses effets.Voir le corrigé
Faux
Le règlement est directement applicable sans transposition ; sa date d'application peut différer de son entrée en vigueur. La directive lie les États destinataires quant au résultat à atteindre et doit être transposée.
2.L'arrêt Van Gend en Loos, en 1963, consacre l'effet direct du droit de l'Union.Voir le corrigé
Vrai
Une disposition claire, précise et inconditionnelle peut être invoquée directement par un particulier devant son juge national.
3.L'arrêt Simmenthal impose au juge national d'attendre l'abrogation d'une loi contraire avant de l'écarter.Voir le corrigé
Faux
Le juge écarte immédiatement la loi contraire à une disposition de l'Union d'effet direct dans le litige, sans attendre son abrogation ni une déclaration d'inconstitutionnalité.
4.L'arrêt Francovich engage la responsabilité de l'État pour un défaut de transposition d'une directive.Voir le corrigé
Vrai
Rendu en 1991, il ouvre un droit à réparation pour les particuliers lésés par la violation du droit de l'Union imputable à l'État.
5.Selon l'arrêt Sarran, la Constitution française cède devant le droit de l'Union dans l'ordre juridique interne.Voir le corrigé
Faux
L'arrêt Sarran juge au contraire que la supériorité des traités ne s'applique pas aux dispositions constitutionnelles, qui restent au sommet de l'ordre interne.
6.L'arrêt Arcelor organise une conciliation entre la Constitution et le droit de l'Union pour les mesures de transposition.Voir le corrigé
Vrai
Lorsqu'un principe constitutionnel a un équivalent en droit de l'Union, le Conseil d'État contrôle la mesure au regard de ce droit, au besoin par renvoi préjudiciel.
Textes de référence
- Institutions et organes de l'Union européenne — european-union.europa.eu (nouvel onglet)
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Constitution du 4 octobre 1958 (texte consolidé) — Légifrance (nouvel onglet)
- Traités consolidés — 12016E288 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Jurisprudence ou règlement — 62017CJ0573 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Arcelor : portée de la décision, archive du 16 avril 2026 — Conseil d’État via Internet Archive (nouvel onglet)
- Jurisprudence ou règlement — 32016R0679 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
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