Les formes poétiques et la versification
15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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L'alexandrin classique compte douze syllabes, réparties en deux hémistiches de six.
Le programme de l'option ouvre sa partie sur la poésie par « les formes poétiques et la versification ». La notion définit les unités du vers français, mètre, césure, rime, strophe, puis les formes fixes, ballade et rondeau médiévaux, sonnet introduit en France au XVIe siècle, et leur remise en cause à partir du XIXe siècle : poème en prose, vers libre, verset et calligramme, que le sujet zéro de l'option demandait d'identifier et de définir à partir d'un poème d'Apollinaire. Elle donne les repères techniques et les auteurs qui illustrent chaque évolution, de Malherbe à Apollinaire.
À retenir
- Le mètre se compte en syllabes : l'alexandrin (douze syllabes) domine la poésie classique, l'octosyllabe (huit) et le décasyllabe (dix) restent des mètres majeurs ; le « e » caduc final compte devant une consonne ou un h aspiré, mais s’élide devant une voyelle ou un h muet et ne compte pas en fin de vers.
- L'alexandrin classique se coupe en deux hémistiches de six syllabes par une césure fixe ; Victor Hugo se flatte, dans Les Contemplations (« Quelques mots à un autre »), d'avoir « disloqué ce grand niais d'alexandrin », que les romantiques assouplissent jusqu'au trimètre en trois mesures.
- La rime se qualifie par sa disposition (plates AABB, croisées ABAB, embrassées ABBA), par sa richesse (pauvre, un son commun ; suffisante, deux sons ; riche, trois sons ou plus) et par son genre (féminine si elle se termine par un « e » muet, masculine sinon) ; Malherbe impose l'alternance des deux genres dans la strophe.
- Le sonnet, forme fixe née en Italie et introduite en France par Marot (1536) puis la Pléiade, associe deux quatrains sur deux rimes embrassées, les mêmes d'un quatrain à l'autre (abba abba), et deux tercets (ccd eed ou ccd ede) ; Boileau en rappelle les « rigoureuses lois » dans L'Art poétique (1674).
- Baudelaire pratique le sonnet dans Les Fleurs du mal (1857), le plus souvent sous des formes irrégulières, dites « libertines », et impose, avec les Petits Poèmes en prose (Le Spleen de Paris, 1869), le poème en prose, forme libérée du mètre et de la rime qu'Aloysius Bertrand avait inaugurée dans Gaspard de la Nuit (1842).
- Verlaine, dans Art poétique, préfère le vers impair pour son effet musical ; Apollinaire, dans Alcools (1913), supprime la ponctuation et mêle vers réguliers et vers libres.
- Le vers libre abandonne mètre fixe et rime régulière ; le verset, hérité du style biblique, structure la phrase poétique de Paul Claudel en unités rythmiques amples plutôt qu'en vers comptés.
Le mètre et le rythme du vers
| Mètre | Syllabes | Emploi |
|---|---|---|
| Alexandrin | Douze | Vers noble, théâtre classique, poème narratif |
| Décasyllabe | Dix | Épopée médiévale, poésie de la Renaissance |
| Octosyllabe | Huit | Chanson, poésie lyrique, fable |
| Vers impair | Sept ou neuf le plus souvent | Recherché par Verlaine pour son effet musical |
Le mètre d'un vers se compte en syllabes, non en mots : le « e » caduc en fin de mot compte devant une consonne ou un h aspiré ; il s’élide devant une voyelle ou un h muet et ne compte pas en fin de vers. Les finales -es et -ent qui comportent un e caduc ne s’élident pas comme un simple -e ; les terminaisons -aient ne forment pas de syllabe supplémentaire. L'alexandrin classique, de douze syllabes, se divise en deux hémistiches de six syllabes séparés par une césure, coupe fixe qui organise le vers en deux mouvements égaux, propices à l'équilibre, à l'antithèse ou à la progression d'une idée.
Dans Les Contemplations (« Quelques mots à un autre », daté de novembre 1834), Victor Hugo se flatte d'avoir « disloqué ce grand niais d'alexandrin » : les romantiques affaiblissent la césure médiane et coupent volontiers le vers en trois mesures, ce que les commentateurs appellent le trimètre romantique.
Confusions fréquentes
- Hémistiche et césure ne désignent pas la même chose
- La césure est la coupe elle-même ; l'hémistiche est chacune des deux moitiés de vers qu'elle sépare. Les deux termes ne sont pas interchangeables dans une réponse.
- Le « e » muet compte, sauf exception
- En fin de mot, le e caduc s’élide devant une voyelle ou un h muet, mais compte devant une consonne ou un h aspiré. Il ne compte pas en fin de vers. Les finales -es et -ent demandent de distinguer les cas : ils parlent et ils parlaient ne se scandent pas sur la même règle.
Les rimes et les strophes
| Disposition | Schéma | Effet |
|---|---|---|
| Plates (ou suivies) | AABB | Rythme continu, souvent narratif |
| Croisées | ABAB | Alternance régulière, très employée |
| Embrassées | ABBA | Effet de clôture, fréquent dans le sonnet |
| Qualité | Sons communs | Exemple de paire |
|---|---|---|
| Pauvre | Un seul son | Ami / parti |
| Suffisante | Deux sons | Amour / séjour |
| Riche | Trois sons ou plus | Lumière / prière |
La rime se qualifie enfin par son genre : elle est féminine si le mot rimant se termine par un « e » muet, masculine dans les autres cas. Malherbe, au début du XVIIe siècle, impose comme règle l'alternance des rimes masculines et féminines à l'intérieur d'une même strophe, règle que le classicisme conserve et que le vers libre du XIXe et du XXe siècle abandonnera.
Les formes fixes héritées
| Forme | Structure | Origine ou référence |
|---|---|---|
| Sonnet | Deux quatrains sur deux rimes (abba abba) et deux tercets, quatorze vers | Italie ; introduit en France par Marot (1536), lois rappelées par Boileau (1674) |
| Ballade | Trois strophes identiques et un envoi bref, avec refrain | Poésie médiévale, forme à vers réguliers |
| Rondeau | Strophes bâties sur deux rimes, avec retour d'un refrain | Poésie médiévale et Renaissance |
| Ode | Strophes lyriques de célébration, souvent en vers variés | Héritée de l'Antiquité, reprise par Ronsard puis Malherbe |
Le sonnet, la ballade et le rondeau règlent le nombre de vers et la disposition des rimes ; ballade et rondeau font revenir un refrain. L’ode est un genre lyrique à strophes, sans nombre total de vers fixé pour toutes les œuvres. Le sonnet, délaissé au XVIIIe siècle, est repris par les romantiques, puis par Baudelaire et les parnassiens. D’autres formes anciennes revivent aussi, comme la ballade chez Banville.
Pour une question sur une forme fixe, réciter dans l'ordre : nombre de vers, découpage en strophes, disposition des rimes, un auteur et une date de référence.
La libération du vers
À partir du milieu du XIXe siècle, plusieurs poètes desserrent les contraintes du mètre et de la rime. Baudelaire, dans les Petits Poèmes en prose, écrit des textes brefs sans mètre compté ni rime, tout en gardant l'intensité de l'image poétique : c'est le recueil qui impose le poème en prose, inauguré par Aloysius Bertrand dans Gaspard de la Nuit (1842). Verlaine, dans Art poétique, réclame le vers impair, moins symétrique que le vers pair. Apollinaire, dans Alcools (1913), supprime toute ponctuation et mêle librement vers réguliers et vers libres. Le vers libre proprement dit abandonne à la fois le compte fixe des syllabes et la régularité de la rime, tandis que le verset de Paul Claudel structure le poème en unités rythmiques calquées sur le souffle de la phrase, non sur un compte de syllabes.
Un Petit Poème en prose de Baudelaire décrit une scène urbaine, une fenêtre éclairée, une rencontre, sans jamais compter ses syllabes ni chercher la rime : la cohérence tient à l'image et au rythme de la phrase.
Le calligramme pousse la libération jusqu'à la page : c'est un poème dont les mots sont disposés de manière à dessiner l'objet qu'il évoque. Le mot, forgé par Apollinaire par contraction de « calligraphie » et d'« idéogramme », donne son titre au recueil Calligrammes. Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), publié au Mercure de France en avril 1918 ; Apollinaire avait d'abord parlé d'« idéogrammes lyriques ». Dans « Il pleut », les mots descendent en longues lignes obliques qui figurent la pluie. La forme a des précédents : les poèmes figurés de Simmias de Rhodes (IVe siècle avant notre ère), qui dessinent un œuf, des ailes ou une hache, et la « dive bouteille » du Cinquième Livre attribué à Rabelais.
Confusions fréquentes
- Sonnet régulier et sonnet irrégulier
- Le sonnet régulier respecte le compte des syllabes et le schéma de rimes (abba abba, puis ccd eed ou ccd ede) ; le sonnet irrégulier, dit « libertin » au XIXe siècle, garde les quatorze vers et la division entre quatrains et tercets mais s'écarte de ce schéma, sans devenir un poème en prose.
- Vers libre et verset ne se confondent pas
- Le vers libre reste un vers, sans mètre fixe ni rime obligatoire, mais découpé en lignes ; le verset ignore le découpage en vers et suit le rythme de la phrase, comme dans un style proche de la prose biblique.
Pour situer une libération du vers, préciser ce qui disparaît (mètre compté, rime, ponctuation, ligne du vers) et ce qui subsiste (image, rythme, intensité) : c'est ce contraste qui situe chaque étape.
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Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.L'alexandrin classique compte douze syllabes, réparties en deux hémistiches de six.Voir le corrigé
Vrai
La césure fixe, après la sixième syllabe, sépare les deux hémistiches du vers classique.
2.La césure de l'alexandrin classique se place après la quatrième syllabe.Voir le corrigé
Faux
Elle se place après la sixième syllabe, au milieu du vers, séparant deux hémistiches égaux.
3.Une rime riche partage trois sons ou plus entre les mots qui riment.Voir le corrigé
Vrai
La richesse d'une rime se mesure au nombre de sons communs : un pour une rime pauvre, deux pour une rime suffisante, trois ou plus pour une rime riche.
4.Le sonnet régulier associe trois quatrains et un tercet.Voir le corrigé
Faux
Il associe deux quatrains et deux tercets, soit quatorze vers, selon la structure fixée par la tradition italienne puis française.
5.Baudelaire impose le poème en prose avec les Petits Poèmes en prose, en abandonnant mètre et rime.Voir le corrigé
Vrai
Ce recueil libère l'écriture poétique du compte syllabique et de la rime ; la forme avait été inaugurée par Aloysius Bertrand dans Gaspard de la Nuit (1842), mais c'est Baudelaire qui lui donne son recueil de référence.
6.Verlaine préfère l'alexandrin pour son effet musical dans Art poétique.Voir le corrigé
Faux
Il y réclame au contraire le vers impair, jugé plus musical et moins symétrique que l'alexandrin.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Arrêté du 2 mars 2011 fixant les règles d'organisation générale, la nature et le programme des épreuves des concours pour l'accès au grade d'inspecteur des finances publiques (version consolidée, modifiée par l'arrêté du 1er juillet 2024, NOR ECOE2416012A) — Légifrance (nouvel onglet)
- Guide ENFiP — préparer l'épreuve de QCM et de QRC du concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
- Petit Traité de versification française (1882), chapitres I et V — Louis Quicherat / Wikisource (nouvel onglet)
- Ode, Dictionnaire de l’Académie, 7e édition — Académie française (nouvel onglet)
- Trente-six Ballades joyeuses, édition de 1890 — Théodore de Banville / Wikisource (nouvel onglet)
- Sujet zéro inspecteur, épreuve 2, littérature — DGFiP (nouvel onglet)
- Les Contemplations, Quelques mots à un autre — Victor Hugo / Wikisource (nouvel onglet)
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