Genres et courants poétiques
14 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Le baroque précède le classicisme dans la poésie française du XVIIe siècle.
Le programme de l'option inscrit « les genres et courants poétiques » dans sa partie sur la poésie. La notion distingue les genres, qui définissent une forme d'énonciation et une tonalité stables dans le temps (lyrique, épique, satirique, didactique), et les courants, qui situent une œuvre dans une période et une esthétique partagées par plusieurs auteurs ; elle donne pour chacun une définition, une période et les auteurs qui l'illustrent. Cette fiche ne reprend pas le détail des mètres et des formes fixes, ni celui des rôles que le poète s'attribue : elle y renvoie et se concentre sur la chronologie des courants.
À retenir
- Les genres poétiques se distinguent par leur objet et leur ton : le lyrique exprime un sentiment personnel, l'épique célèbre un exploit collectif, le satirique dénonce en riant, le didactique enseigne, l'élégie pleure une perte, l'ode célèbre avec solennité, l'épigramme frappe en peu de mots, la fable illustre une morale par un récit.
- Le baroque (fin XVIe siècle-milieu XVIIe siècle) cultive le mouvement, l'instabilité et l'illusion ; le classicisme (seconde moitié du XVIIe siècle) lui oppose l'ordre, la mesure et l'imitation des Anciens, codifiée par Boileau.
- Les Lumières (XVIIIe siècle) mettent la poésie au service de la raison et du débat, davantage que d'une école poétique propre ; le romantisme (1820-1850 environ) libère l'expression du moi, exalte la nature et confie une mission au poète.
- Le Parnasse (à partir de 1866, date du premier recueil collectif Le Parnasse contemporain, autour de Leconte de Lisle, Gautier en étant le précurseur) prône l'art pour l'art, la perfection formelle et l'impersonnalité, contre l'effusion romantique.
- Le symbolisme (à partir des années 1880, Verlaine, Mallarmé, et Rimbaud pour une part de son œuvre) cherche à suggérer plutôt qu'à décrire, par l'image et la musicalité du vers.
- Le surréalisme, fondé par le Manifeste du surréalisme d'André Breton (1924), explore l'inconscient par l'écriture automatique et l'image inattendue, en rupture avec la raison et la forme héritée.
- La poésie contemporaine explore de nouvelles contraintes et de nouveaux supports : l'Oulipo, fondé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais, explore des contraintes nouvelles et anciennes, et la poésie sonore explore la voix et la performance.
Les genres poétiques
| Genre | Objet | Exemple |
|---|---|---|
| Lyrique | Expression d'un sentiment personnel | Méditations poétiques de Lamartine (1820) |
| Épique | Célébration d'un exploit collectif | L'épopée médiévale, La Chanson de Roland |
| Satirique | Dénonciation par le rire ou l'ironie | Satires de Boileau |
| Didactique | Enseignement d'une règle ou d'un savoir | L'Art poétique de Boileau |
| Élégie | Plainte devant une perte ou un deuil | Poésie funèbre, thème constant depuis l'Antiquité |
| Ode | Célébration solennelle d'une personne ou d'une idée | Odes de Ronsard, puis de Malherbe |
| Fable | Récit bref illustrant une morale | Fables de La Fontaine |
Un genre définit une forme d'énonciation et un ton, indépendants du siècle où il est pratiqué : un poète de n'importe quelle époque peut écrire une ode, une élégie ou une fable, parce que le genre décrit une intention et une structure, non une période historique. C'est ce qui le distingue d'un courant, situé lui dans le temps et défini par une esthétique partagée par plusieurs auteurs contemporains les uns des autres.
Pour ne pas confondre genre et courant dans une réponse, vérifier si la notion répond à la question « quelle forme, quel ton » (c'est un genre) ou « quelle époque, quelle école » (c'est un courant).
Du baroque au romantisme
| Courant | Période | Auteurs | Traits |
|---|---|---|---|
| Baroque | Fin XVIe siècle-milieu XVIIe siècle | Théophile de Viau | Mouvement, instabilité, goût de l'illusion |
| Classicisme | Seconde moitié du XVIIe siècle | Boileau, La Fontaine ; Malherbe (mort en 1628) en précurseur | Ordre, mesure, imitation des Anciens |
| Lumières | XVIIIe siècle | Voltaire | Poésie au service de la raison et du débat |
| Romantisme | 1820-1850 environ | Lamartine, Hugo, Musset | Expression du moi, nature, mission du poète |
Le baroque domine la poésie française de la fin du XVIe siècle jusqu'au milieu du XVIIe siècle : il cultive le mouvement, l'instabilité des formes et le goût de l'illusion, dans une esthétique proche du théâtre et de la mise en scène. Le classicisme lui succède dans la seconde moitié du XVIIe siècle et lui oppose une exigence contraire : la mesure, l'équilibre des formes et l'imitation des Anciens, grecs et latins, érigée en modèle par Boileau dans L'Art poétique. Les Lumières poursuivent, au XVIIIe siècle, une poésie tournée vers l'idée plutôt que vers une école formelle propre, avant que le romantisme ne libère à nouveau l'expression du moi et la forme du vers.
Les Méditations poétiques de Lamartine (1820) marquent, pour les manuels, l'entrée du romantisme dans la poésie française : le sentiment personnel, la nature et la méditation intime y remplacent l'imitation savante des Anciens.
Du Parnasse à la poésie contemporaine
| Courant | Période | Auteurs | Traits |
|---|---|---|---|
| Parnasse | À partir de 1866 (Le Parnasse contemporain) | Leconte de Lisle, Heredia ; Théophile Gautier en précurseur | Art pour l'art, perfection formelle, impersonnalité |
| Symbolisme | À partir des années 1880 | Verlaine, Mallarmé | Suggestion plutôt que description, musicalité |
| Surréalisme | À partir de 1924 | André Breton, Paul Éluard | Écriture automatique, exploration de l'inconscient |
| Poésie contemporaine | XXe-XXIe siècle | Oulipo, poésie sonore | Contraintes nouvelles ou anciennes, voix et performance |
Le surréalisme naît du Manifeste du surréalisme, publié par André Breton en 1924 : il rompt avec la raison qui organisait la composition poétique depuis le classicisme, ainsi qu'avec la recherche de la forme parfaite du Parnasse, pour explorer l'inconscient par l'écriture automatique, transcription la plus rapide possible de la pensée sans contrôle de la raison ni souci esthétique. L'Oulipo, fondé en 1960, choisit à l'inverse d'explorer des contraintes nouvelles ou anciennes, un texte écrit sans une lettre donnée, un poème construit selon une règle mathématique, pour montrer que la règle la plus stricte peut engendrer une liberté d'invention insoupçonnée. La poésie sonore, de son côté, déplace le poème vers la voix et la performance : le texte n'existe plus seulement sur la page, mais dans la sonorité et la présence physique de sa lecture publique.
Confusions fréquentes
- Parnasse et symbolisme ne visent pas le même effet
- Le Parnasse cherche la perfection formelle et l'impersonnalité du poète ; le symbolisme, qui lui succède, cherche à suggérer une réalité intérieure par l'image et la musicalité, quitte à assouplir la forme.
- Le vers libre n'est pas un courant, mais un choix formel
- Des poètes de plusieurs courants (symbolisme, surréalisme, poésie contemporaine) emploient le vers libre : ce choix technique, détaillé dans le module sur la versification, ne définit pas à lui seul une école.
Pour une question sur un courant, donner sa période, deux auteurs et un trait esthétique qui l'oppose au courant précédent : trois éléments qui tiennent en quelques lignes.
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1.Le baroque précède le classicisme dans la poésie française du XVIIe siècle.Voir le corrigé
Vrai
Le baroque domine la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, avant que le classicisme ne lui succède dans la seconde moitié du siècle.
2.Le classicisme cultive l'instabilité et l'illusion plutôt que l'ordre et la mesure.Voir le corrigé
Faux
C'est le trait du baroque ; le classicisme lui oppose au contraire l'ordre, la mesure et l'imitation des Anciens.
3.Le Parnasse revendique l'art pour l'art et l'impersonnalité du poète.Voir le corrigé
Vrai
Autour de Leconte de Lisle, et dans la ligne de Théophile Gautier, qui défendait l'art pour l'art dès la préface de Mademoiselle de Maupin (1835), le Parnasse vise la perfection formelle contre l'effusion romantique.
4.Le symbolisme cherche à décrire la réalité avec la plus grande précision possible.Voir le corrigé
Faux
Le symbolisme cherche au contraire à suggérer, par l'image et la musicalité du vers, plutôt qu'à décrire précisément.
5.Le Manifeste du surréalisme d'André Breton est publié en 1924.Voir le corrigé
Vrai
Ce texte fonde le mouvement et promeut l'écriture automatique pour explorer l'inconscient.
6.L'Oulipo a été fondé en 1960 par André Breton et François Le Lionnais.Voir le corrigé
Faux
L'Oulipo est fondé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais. André Breton est le fondateur du surréalisme, avec le Manifeste de 1924.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Arrêté du 2 mars 2011 fixant les règles d'organisation générale, la nature et le programme des épreuves des concours pour l'accès au grade d'inspecteur des finances publiques (version consolidée, modifiée par l'arrêté du 1er juillet 2024, NOR ECOE2416012A) — Légifrance (nouvel onglet)
- Guide ENFiP — préparer l'épreuve de QCM et de QRC du concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
- Historique de l’Oulipo — Marcel Bénabou / Oulipo (nouvel onglet)
- Qu’est-ce que l’Oulipo ? — Marcel Bénabou et Jacques Roubaud / Oulipo (nouvel onglet)
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