Keynes et le keynésianisme
17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
Keynes publie La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie en 1936.
John Maynard Keynes publie, en pleine dépression des années 1930, une théorie qui renverse la causalité classique : ce n'est pas l'offre qui crée la demande, c'est la demande anticipée qui détermine le niveau de production et d'emploi, avec le risque qu'un équilibre de sous-emploi se prolonge indéfiniment. Cette rupture doctrinale fonde le rôle actif de l'État dans les décennies d'après-guerre. La notion présente l'auteur et la doctrine ; la mécanique du multiplicateur est développée dans un module distinct.
À retenir
- John Maynard Keynes, dans La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), rompt avec l'idée classique que l'économie tend spontanément vers le plein emploi.
- Demande effective : le niveau de production et d'emploi effectivement réalisé dépend de la consommation et de l'investissement anticipés par les entrepreneurs, et non l'inverse comme le supposait la loi de Say.
- Sous-emploi durable : un équilibre de sous-emploi peut se maintenir indéfiniment si la demande effective est insuffisante, en l'absence de mécanisme spontané (salaires, taux d'intérêt) suffisant pour ramener le plein emploi.
- Préférence pour la liquidité : la demande de monnaie répond aux motifs de transaction, de précaution et de spéculation ; en période d'incertitude, elle peut piéger le taux d'intérêt dans une trappe à liquidité qui rend la politique monétaire inefficace.
- Rôle de l'État : la dépense publique, y compris en déficit, peut relancer la demande effective quand l'investissement privé est atone, notamment via un effet multiplicateur qui amplifie l'impulsion initiale.
- Rupture avec la loi de Say : pour Keynes, l'offre ne crée pas nécessairement sa propre demande ; une préférence excessive pour la liquidité peut retirer du pouvoir d'achat du circuit économique sans se retourner en dépense.
- Keynésianisme d'après-guerre : les politiques de plein emploi et l'État providence s'inspirent des idées keynésiennes durant les Trente Glorieuses, jusqu'à ce que la stagflation des années 1970 ouvre la voie aux critiques monétaristes.
La demande effective : une rupture avec la loi de Say
| Vision classique (loi de Say) | Vision keynésienne (demande effective) | |
|---|---|---|
| Causalité | L'offre crée sa propre demande | La demande anticipée détermine le niveau de production et d'emploi |
| Équilibre de sous-emploi | Impossible durablement : les prix et les salaires s'ajustent | Possible durablement : rien ne garantit l'ajustement vers le plein emploi |
| Épargne et investissement | Toujours réconciliés par le taux d'intérêt | L'épargne désirée peut excéder l'investissement désiré |
| Rôle de l'État | Limité : les mécanismes de marché suffisent | Actif : soutenir la demande effective quand l'investissement privé est atone |
Keynes, dans La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), inverse la causalité que retenait la loi de Say : ce n'est pas l'offre qui détermine la demande, mais la demande effective, c'est-à-dire le niveau de consommation et d'investissement anticipé par les entrepreneurs, qui détermine le volume de production et d'emploi qu'ils organisent. Si les entrepreneurs anticipent une demande limitée, ils produisent et embauchent en conséquence, quand bien même des travailleurs resteraient disponibles au salaire en vigueur.
Le sous-emploi comme équilibre durable
Le chômage qui résulte d'une demande effective insuffisante est involontaire : une possibilité que la théorie classique, supposant un ajustement automatique par la baisse des salaires, ne concevait pas. Rien ne garantit, chez Keynes, que cet ajustement se produise : les salaires nominaux présentent une rigidité à la baisse, l'investissement dépend d'anticipations fragiles plutôt que du seul taux d'intérêt, et l'épargne désirée peut excéder l'investissement désiré sans qu'aucun mécanisme de prix ne les réconcilie automatiquement. Un équilibre de sous-emploi peut ainsi se maintenir indéfiniment.
Confusions fréquentes
- Le sous-emploi n'est pas réductible à un chômage volontaire
- Les classiques expliquaient le chômage par un refus des travailleurs d'accepter un salaire réel plus bas ; Keynes introduit le chômage involontaire, indépendant d'un tel refus, causé par une demande effective insuffisante.
- Keynes ne nie pas tout mécanisme de marché
- Il conteste la tendance spontanée et automatique au plein emploi, pas l'existence même de marchés fonctionnels ; sa critique porte sur un mécanisme précis, pas sur le principe de l'échange marchand.
- La théorie générale répond d'abord à un contexte de dépression
- Écrite après la crise de 1929, elle vise le sous-emploi durable ; les tensions inflationnistes des décennies suivantes appelleront d'autres développements, chez les keynésiens comme chez leurs critiques.
La préférence pour la liquidité et la trappe à liquidité
| Motif | Explication |
|---|---|
| Transaction | Détenir de la monnaie pour les dépenses courantes, en fonction du revenu |
| Précaution | Se prémunir contre des dépenses imprévues ou une incertitude sur les revenus futurs |
| Spéculation | Arbitrer entre détenir de la monnaie ou des titres, selon l'anticipation du taux d'intérêt et du prix des titres |
Quand les taux d'intérêt sont déjà très bas, la plupart des agents anticipent une hausse future des taux, donc une baisse du prix des titres obligataires : ils préfèrent alors conserver de la monnaie plutôt que d'acheter des titres qui risquent de perdre de la valeur. Cette anticipation partagée peut conduire à une trappe à liquidité, où la préférence pour la liquidité devient quasiment infinie : toute création monétaire supplémentaire est thésaurisée plutôt que prêtée ou investie, et la politique monétaire perd sa capacité à stimuler l'investissement par la seule baisse des taux.
Le rôle de l'État et la postérité keynésienne
Face à une demande effective insuffisante, Keynes justifie un rôle actif de l'État : la dépense publique, y compris financée par le déficit, peut relancer la demande globale quand l'investissement privé reste atone, avec un effet multiplicateur qui amplifie l'impulsion initiale sur le revenu. Le paradoxe de l'épargne illustre cette logique à l'envers : si tous les ménages décident collectivement d'épargner davantage sans que l'investissement augmente d'autant, la demande globale se contracte, le revenu baisse, et l'épargne effectivement réalisée peut ne pas progresser comme chacun l'espérait individuellement.
Un ménage qui réduit sa consommation pour épargner davantage se comporte rationnellement à titre individuel ; si tous les ménages font de même en même temps, la demande adressée aux entreprises recule, la production et les revenus distribués baissent, et l'épargne globale de l'économie peut finalement stagner malgré l'intention initiale de chacun.
Pour une QRC sur Keynes, toujours nommer la rupture avec la loi de Say, définir la demande effective, puis distinguer le sous-emploi durable de la préférence pour la liquidité, avant de conclure sur le rôle de l'État sans entrer dans le calcul du multiplicateur, traité ailleurs.
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1.Keynes publie La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie en 1936.Voir le corrigé
Vrai
Cet ouvrage fonde le principe de la demande effective et la critique de l'ajustement spontané au plein emploi.
2.Pour Keynes, c'est l'offre qui détermine le niveau de production et d'emploi, comme le soutenait la loi de Say.Voir le corrigé
Faux
Keynes rompt avec la loi de Say : c'est la demande anticipée, et non l'offre, qui détermine le niveau de production et d'emploi.
3.Un équilibre de sous-emploi peut se maintenir durablement selon Keynes, sans ajustement spontané vers le plein emploi.Voir le corrigé
Vrai
La rigidité des salaires nominaux et l'incertitude sur l'investissement empêchent l'ajustement automatique supposé par les classiques.
4.La préférence pour la liquidité ne comporte qu'un seul motif, celui des transactions courantes.Voir le corrigé
Faux
Keynes en distingue trois : transaction, précaution et spéculation.
5.Dans une trappe à liquidité, la politique monétaire perd une grande partie de son efficacité pour relancer l'investissement.Voir le corrigé
Vrai
La création monétaire supplémentaire est thésaurisée plutôt que prêtée ou investie, sans effet sur le taux d'intérêt.
6.Le keynésianisme d'après-guerre a inspiré les politiques de rigueur budgétaire des Trente Glorieuses, jusqu'à la stagflation des années 1970.Voir le corrigé
Faux
Le keynésianisme a inspiré les politiques de plein emploi des Trente Glorieuses, non des politiques de rigueur budgétaire, jusqu'à la stagflation des années 1970.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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