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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Hypothèses keynésiennes, équilibre et multiplicateur

16 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Le multiplicateur simple de la dépense publique est égal à l'inverse de la propension marginale à épargner.

Le multiplicateur est la pièce mécanique du raisonnement keynésien : il chiffre de combien le revenu national augmente lorsque l'État ou les entreprises dépensent un euro de plus. Il repose sur des hypothèses précises — prix rigides à court terme, production réglée sur la demande effective, sous-emploi durable possible — que l'analyse classique de l'emploi rejette. La notion demande un calcul juste autant qu'une explication du mécanisme : valeur du multiplicateur simple, effet des fuites en économie ouverte, portée du théorème du budget équilibré.

À retenir

  • Le multiplicateur keynésien simple, en économie fermée sans impôt, vaut k = 1/(1−c), l'inverse de la propension marginale à épargner ; avec c = 0,8, il vaut 5.
  • Chaque euro de dépense supplémentaire se diffuse en vagues successives de revenu et de consommation induite, dont la somme converge vers k fois l'impulsion initiale.
  • En économie ouverte, les impôts et les importations sont des fuites qui réduisent le multiplicateur : k = 1/(1 − c(1−t) + m), toujours inférieur au multiplicateur simple.
  • Le théorème du multiplicateur du budget équilibré (Haavelmo) montre qu'une hausse égale des dépenses publiques et des impôts accroît le revenu du même montant : un multiplicateur de 1.
  • Le multiplicateur suppose des prix rigides à court terme, une production déterminée par la demande effective et un équilibre de sous-emploi possible, hypothèses qui rompent avec la loi de Say.
  • Les estimations empiriques du multiplicateur restent généralement en deçà de sa valeur théorique, du fait des fuites réelles, des délais de mise en œuvre et de l'effet d'éviction sur le taux d'intérêt.

Les hypothèses keynésiennes du multiplicateur

Trois hypothèses qui rompent avec l'analyse classique
HypothèseContenu
Prix et salaires rigides à court termeAucun ajustement instantané ne ramène spontanément le marché à l'équilibre de plein emploi
Production déterminée par la demande effectiveLes entreprises produisent selon les ventes qu'elles anticipent, pas selon leur capacité maximale
Équilibre de sous-emploi possibleL'économie peut se stabiliser durablement en deçà du plein emploi, sans mécanisme correcteur automatique

Ces trois hypothèses tiennent ensemble : parce que les prix ne s'ajustent pas instantanément et que la production suit la demande anticipée par les entrepreneurs, rien ne garantit que l'économie se stabilise au plein emploi. C'est le rejet de la loi de Say — l'offre ne crée pas automatiquement sa propre demande — qui rend possible un équilibre de sous-emploi durable. Le module consacré à Keynes et au keynésianisme développe cette doctrine ; ici, on part de ces hypothèses comme point de départ du mécanisme du multiplicateur, qui en est la traduction chiffrée.

Le multiplicateur simple de la dépense publique

Une dépense publique supplémentaire ΔG distribue immédiatement ΔG de revenu. Une part c de ce revenu (la propension marginale à consommer) est dépensée au tour suivant, ce qui distribue un nouveau revenu cΔG, dont une part c est à son tour dépensée, et ainsi de suite. La somme de cette suite géométrique de raison c converge vers ΔG × (1 + c + c² + c³ + …) = ΔG / (1−c). Le multiplicateur simple s'écrit donc k = 1/(1−c), soit l'inverse de la propension marginale à épargner s = 1−c, puisque tout revenu non consommé est par définition épargné.

Avec une propension marginale à consommer de 0,8, le multiplicateur simple vaut 1/(1−0,8) = 1/0,2 = 5 : une hausse de dépense publique de 30 se traduit par une hausse de revenu national de 150 (5 × 30).

Le calcul se fait en deux temps : d'abord la valeur du multiplicateur à partir de c, puis son application au montant de la dépense engagée.
Les premiers tours de la relance (ΔG = 30, c = 0,8)
TourRevenu supplémentaireCumul
130,0030,00
224,0054,00
319,2073,20
………
Limite de la suite0150,00

Les fuites et le multiplicateur en économie ouverte

Trois fuites qui réduisent le multiplicateur
FuiteMécanisme
ÉpargneLa part 1−c du revenu supplémentaire n'est pas consommée, donc ne relance pas de nouveau tour de dépense
Impôts (taux t)Une part t du revenu supplémentaire part en prélèvement avant d'atteindre la consommation : seule la part c(1−t) est effectivement dépensée
Importations (taux m)Une part m du revenu supplémentaire se porte sur des produits étrangers, hors du circuit de production national

En économie ouverte avec un impôt proportionnel sur le revenu, seule la part c(1−t) du revenu supplémentaire revient effectivement à la consommation intérieure, et une part m du revenu supplémentaire (la propension marginale à importer) fuit encore vers les importations. Le multiplicateur devient k = 1/(1 − c(1−t) + m), une expression qui reste inférieure au multiplicateur simple 1/(1−c) dès que t ou m sont positifs, puisque le dénominateur s'accroît.

Avec c = 0,75, t = 0,20 et m = 0,10 : c(1−t) = 0,75 × 0,80 = 0,60 ; le dénominateur vaut 1 − 0,60 + 0,10 = 0,50 ; le multiplicateur vaut donc 1/0,50 = 2. Une hausse de dépense publique de 40 produit alors une hausse de revenu de 80 (2 × 40), contre 160 (4 × 40) dans une économie fermée sans impôt dotée de la même propension à consommer, dont le multiplicateur vaut 1/(1 − 0,75) = 4.

Toujours calculer c(1−t) avant de l'insérer dans le dénominateur : soustraire t directement de c est l'erreur la plus fréquente.

Confusions fréquentes

Confondre le multiplicateur de la dépense et l'accélérateur de l'investissement
Le multiplicateur relie une dépense à un supplément de revenu ; l'accélérateur, étudié séparément, relie une variation de la demande au niveau de l'investissement net des entreprises.
Oublier que l'impôt s'applique avant la consommation
L'erreur fréquente consiste à soustraire t directement de c au lieu de multiplier c par (1−t) : la fuite fiscale porte sur le revenu disponible, pas sur la propension à consommer elle-même.
Croire qu'une propension à importer plus élevée augmente le multiplicateur
Une propension à importer plus élevée s'ajoute au dénominateur et réduit donc le multiplicateur, à l'inverse d'une intuition qui l'associerait à davantage d'échanges et donc d'activité.

Le multiplicateur du budget équilibré et les limites du raisonnement

Le théorème du multiplicateur du budget équilibré, attribué à Trygve Haavelmo, traite le cas d'une hausse simultanée des dépenses publiques ΔG et des impôts ΔT d'un même montant ΔB. La hausse d'impôt retire cΔB de consommation, tandis que la hausse de dépense injecte ΔB de demande : l'effet net sur le revenu vaut ΔB(1−c)/(1−c) = ΔB. Le multiplicateur du budget équilibré vaut donc exactement 1, quelle que soit la propension marginale à consommer.

Les dépenses publiques et les impôts augmentent chacun de 60 : le revenu national augmente également de 60, un multiplicateur de 1, bien en deçà des multiplicateurs de 5 (dépense seule, économie fermée) ou de 2 (économie ouverte) calculés plus haut avec un financement non compensé par l'impôt.

Le théorème sert surtout d'argument de cours : une relance financée par l'impôt n'est jamais neutre, mais elle est nettement moins puissante qu'une relance financée par le déficit.
Ce qui limite la portée empirique du multiplicateur
LimiteContenu
Délais de mise en œuvreEntre la décision budgétaire et la dépense effective, plusieurs trimestres s'écoulent, ce qui décale l'effet de relance
Fuites réelles plus élevéesL'épargne de précaution et la propension à importer observées dépassent souvent les hypothèses simplificatrices du modèle
Effet d'évictionUne relance budgétaire non financée par la création monétaire peut élever le taux d'intérêt et réduire l'investissement privé, un mécanisme détaillé dans le modèle IS-LM
Anticipations des agentsDes ménages qui anticipent une hausse future des impôts pour financer la dette peuvent épargner davantage dès aujourd'hui, ce qui atténue l'effet de relance

Pour une question de calcul, identifier d'abord si l'économie est fermée ou ouverte, puis si un impôt proportionnel est mentionné : c'est ce qui distingue k = 1/(1−c) de k = 1/(1−c(1−t)+m), et évite de choisir la mauvaise formule sous la pression du temps.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Le multiplicateur simple de la dépense publique est égal à l'inverse de la propension marginale à épargner.Voir le corrigé

    Vrai

    k = 1/(1−c) = 1/s, où s est la part du revenu supplémentaire épargnée à chaque tour de la relance.

  2. 2.Une propension marginale à consommer de 0,8 donne un multiplicateur simple de 4.Voir le corrigé

    Faux

    1/(1−0,8) = 1/0,2 = 5, et non 4 : 4 vaut c/(1−c), soit 0,8/0,2, c'est-à-dire le seul revenu induit par les dépenses successives, sans la dépense initiale.

  3. 3.Les importations réduisent l'ampleur du multiplicateur budgétaire, car une partie de la demande supplémentaire se porte sur des produits étrangers.Voir le corrigé

    Vrai

    La propension à importer m s'ajoute au dénominateur du multiplicateur ouvert, ce qui l'abaisse mécaniquement.

  4. 4.Le théorème du multiplicateur du budget équilibré affirme qu'une hausse égale des dépenses et des impôts laisse le revenu national inchangé.Voir le corrigé

    Faux

    Il affirme au contraire que le revenu augmente du même montant que la hausse des dépenses et des impôts : un multiplicateur de 1, pas de 0.

  5. 5.Les hypothèses keynésiennes supposent des prix rigides à court terme et une production déterminée par la demande anticipée.Voir le corrigé

    Vrai

    Ces deux hypothèses, avec le rejet de la loi de Say, rendent possible un équilibre de sous-emploi durable.

  6. 6.Le multiplicateur de la dépense publique décrit le même mécanisme que l'accélérateur, qui relie une variation de la demande au niveau de l'investissement.Voir le corrigé

    Faux

    Ce sont deux mécanismes distincts : le multiplicateur relie une dépense à un revenu, l'accélérateur relie une variation de la demande à l'investissement des entreprises.

Textes de référence

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