Les néoclassiques : Jevons, Menger, Walras
17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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La révolution marginaliste substitue la valeur-utilité à la valeur-travail.
Vers 1870, trois économistes qui s'ignorent, William Stanley Jevons, Carl Menger et Léon Walras, renversent le fondement de la valeur : ce n'est plus le travail incorporé qui compte, mais l'utilité marginale ressentie par le consommateur. Walras en tire un système d'équilibre général, Marshall un équilibre partiel plus maniable, Pareto un critère de bien-être encore enseigné aujourd'hui. Cette matrice fonde la microéconomie contemporaine, avec des hypothèses sur l'agent rationnel que la notion invite à interroger.
À retenir
- La révolution marginaliste, menée indépendamment vers 1871 par William Stanley Jevons (Theory of Political Economy), Carl Menger (Grundsätze der Volkswirtschaftslehre) et Léon Walras (Éléments d'économie politique pure, 1874), substitue la valeur-utilité à la valeur-travail.
- Utilité marginale décroissante : chaque unité supplémentaire d'un bien consommé procure une satisfaction additionnelle plus réduite que la précédente, ce qui explique la baisse du prix quand la quantité disponible augmente.
- Léon Walras formalise l'équilibre général : un système d'équations où l'offre égale la demande simultanément sur tous les marchés interdépendants, décrit par le processus fictif du tâtonnement, un commissaire-priseur qui ajuste les prix jusqu'à l'équilibre.
- Alfred Marshall développe l'équilibre partiel (Principes d'économie politique, 1890) : analyser un marché isolément, toutes choses égales par ailleurs, par le croisement de courbes d'offre et de demande, méthode plus opératoire pour l'analyse appliquée.
- Vilfredo Pareto introduit un critère de bien-être qui ne suppose aucune comparaison interpersonnelle des utilités : une allocation est optimale si aucune réallocation ne peut améliorer le sort d'un agent sans détériorer celui d'un autre.
- L'agent rationnel néoclassique procède par maximisation sous contrainte : le consommateur maximise son utilité sous contrainte de revenu, le producteur son profit sous contrainte technologique, avec une information supposée parfaite et des préférences stables.
- Limites reconnues plus tard : les hypothèses de rationalité parfaite, d'information complète et de préférences stables sont contestées par la rationalité limitée de Simon et par l'économie comportementale de Kahneman et Tversky.
La révolution marginaliste : de la valeur-travail à la valeur-utilité
Jevons, Menger et Walras publient, sans se connaître, des ouvrages qui posent le même principe autour de 1871-1874 : la valeur d'échange d'un bien ne dépend pas du travail nécessaire à sa production, mais de l'utilité marginale qu'en tire le consommateur, c'est-à-dire la satisfaction que procure la dernière unité consommée, non l'utilité totale du bien. Cette utilité marginale décroît à mesure que la quantité consommée augmente : plus on possède déjà d'un bien, moins une unité supplémentaire ajoute de satisfaction.
Pour un bien dont les unités successives procurent une satisfaction de 100, puis 60, puis 30, puis 10, la satisfaction totale continue de croître (100, 160, 190, 200) mais l'utilité marginale, elle, décroît strictement à chaque unité (100, 60, 30, 10) : c'est cette dernière valeur, non la première, qui détermine le prix qu'un consommateur accepte de payer pour une unité de plus.
Équilibre général (Walras) et équilibre partiel (Marshall)
| Équilibre partiel (Marshall) | Équilibre général (Walras) | |
|---|---|---|
| Périmètre | Un marché isolé, toutes choses égales par ailleurs | Tous les marchés d'une économie, simultanément |
| Méthode | Croisement de courbes d'offre et de demande | Système d'équations d'offre et de demande interdépendantes |
| Ajustement | Prix qui égalise offre et demande sur ce marché | Tâtonnement : un commissaire-priseur fictif ajuste tous les prix ensemble |
| Usage | Analyse appliquée d'un marché précis | Démonstration théorique de la cohérence d'ensemble des marchés |
Léon Walras, dans ses Éléments d'économie politique pure (1874), pose que les marchés sont interdépendants : le prix du blé influence le revenu des agriculteurs, qui influence leur demande de biens manufacturés, qui influence à son tour d'autres marchés. L'équilibre général est atteint quand l'offre égale la demande sur tous les marchés à la fois. Pour décrire comment ce système converge, Walras imagine le tâtonnement : un commissaire-priseur fictif annonce des prix, recueille les intentions d'achat et de vente, et les corrige jusqu'à ce qu'aucun marché ne soit plus en déséquilibre, sans qu'aucun échange n'ait lieu hors de cet équilibre. Marshall, plus pragmatique, préfère isoler un marché et raisonner toutes choses égales par ailleurs sur le reste de l'économie.
Le critère de Pareto et l'agent rationnel
Vilfredo Pareto propose un critère de bien-être qui ne suppose aucune comparaison interpersonnelle des utilités, jugée arbitraire par les néoclassiques : une allocation de ressources atteint l'optimum de Pareto lorsque aucune réallocation possible n'améliore la situation d'un agent sans détériorer celle d'un autre. Ce jugement s'appuie sur l'hypothèse de l'agent rationnel : le consommateur maximise son utilité sous une contrainte de revenu, en arbitrant entre les biens selon ses préférences ; le producteur maximise son profit sous une contrainte technologique, celle de sa fonction de production. L'information est supposée parfaite, les préférences stables et cohérentes.
Confusions fréquentes
- Optimum de Pareto n'est pas synonyme d'équité
- Une situation où un agent possède tout et les autres rien peut être un optimum de Pareto, puisqu'on ne peut plus rien redistribuer sans détériorer la situation du premier ; le critère ne juge pas la justice de la répartition.
- L'existence d'un équilibre général ne garantit ni sa stabilité ni son unicité
- Walras se contente de vérifier que son système compte autant d'équations que d'inconnues, ce qui ne suffit pas à prouver qu'une solution existe ; la démonstration rigoureuse de l'existence d'un équilibre ne vient qu'avec Arrow et Debreu (1954), et elle laisse ouvertes la convergence de l'économie vers cet équilibre et son unicité.
- Utilité marginale décroissante ne signifie pas utilité totale décroissante
- La satisfaction totale continue d'augmenter avec la quantité consommée ; c'est l'accroissement apporté par chaque unité supplémentaire qui diminue, pas le niveau de satisfaction global.
Hypothèses et limites du programme néoclassique
Le programme néoclassique standard repose sur des hypothèses fortes : une information parfaite sur les prix et les caractéristiques des biens, une rationalité parfaite dans le calcul de la maximisation, des préférences stables et parfaitement ordonnées, et souvent une atomicité des agents, aucun d'entre eux n'étant assez grand pour influencer seul le prix de marché. Ces hypothèses seront précisément celles que contesteront, au XXe siècle, l'économie de l'information, la rationalité limitée de Herbert Simon et l'économie comportementale de Daniel Kahneman et Amos Tversky.
Pour une QRC sur les néoclassiques, distinguer la rupture de valeur (valeur-utilité contre valeur-travail), la méthode de détermination des prix (équilibre partiel ou général) et le critère de jugement du résultat (optimum de Pareto), avant de mentionner les limites reconnues des hypothèses de rationalité et d'information.
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Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La révolution marginaliste substitue la valeur-utilité à la valeur-travail.Voir le corrigé
Vrai
La valeur d'un bien dépend, chez Jevons, Menger et Walras, de l'utilité marginale ressentie par le consommateur, non du travail incorporé.
2.Jevons, Menger et Walras ont travaillé en étroite collaboration pour élaborer ensemble la théorie de l'utilité marginale.Voir le corrigé
Faux
Ils publient, sans se connaître, des ouvrages convergents entre 1871 et 1874 : c'est une découverte simultanée et indépendante.
3.L'utilité marginale décroît à mesure que la quantité consommée d'un bien augmente.Voir le corrigé
Vrai
Chaque unité supplémentaire apporte une satisfaction additionnelle plus réduite que la précédente, même si la satisfaction totale continue de croître.
4.L'équilibre partiel de Marshall prend en compte simultanément l'ensemble des marchés d'une économie.Voir le corrigé
Faux
C'est l'équilibre général de Walras qui relie tous les marchés ; l'équilibre partiel isole un marché toutes choses égales par ailleurs.
5.L'optimum de Pareto ne suppose aucune comparaison interpersonnelle des utilités.Voir le corrigé
Vrai
C'est précisément ce qui permet à Pareto de définir un critère de bien-être sans arbitrer entre les satisfactions de deux individus différents.
6.Le programme néoclassique standard prête aux agents une rationalité limitée, au sens d'Herbert Simon.Voir le corrigé
Faux
Il suppose au contraire une rationalité parfaite, une information parfaite et des préférences stables ; la rationalité limitée de Simon et l'économie comportementale sont précisément des critiques de ces hypothèses.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
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