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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Néokeynésiens (Hicks, Modigliani, Samuelson, Solow, Tobin) et post-keynésiens (Kaldor, Robinson, Minsky)

17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Le modèle IS-LM d'Hicks (1937) détermine simultanément le revenu d'équilibre et le taux d'intérêt par l'intersection des équilibres du marché des biens et du marché de la monnaie.

Après Keynes, deux lignées se séparent sur la manière de prolonger son analyse. La synthèse néoclassique, portée par Hicks, Samuelson, Solow, Modigliani et Tobin, intègre la demande effective dans le cadre de l'équilibre général et des microfondations néoclassiques. Les post-keynésiens, Kaldor, Robinson, Minsky en tête, refusent cette intégration : ils insistent sur l'incertitude radicale, contestent la mesure agrégée du capital et font de l'instabilité financière un trait structurel du capitalisme. Une troisième vague, les nouveaux keynésiens, micro-fonde ensuite les rigidités de prix et de salaires sans rompre avec l'appareil néoclassique.

À retenir

  • John Hicks formalise en 1937 (« Mr. Keynes and the Classics ») la synthèse néoclassique dans le modèle IS-LM : la courbe IS retrace les couples taux d'intérêt-revenu qui équilibrent le marché des biens, la courbe LM ceux qui équilibrent le marché de la monnaie ; leur intersection détermine simultanément le revenu d'équilibre et le taux d'intérêt.
  • Paul Samuelson forge l'expression « synthèse néoclassique » dans la troisième édition (1955) de son manuel Economics, paru en 1948 : elle combine l'analyse keynésienne de la demande effective et de la politique de stabilisation à court terme avec les outils néoclassiques de l'équilibre des marchés et de la croissance à long terme.
  • Robert Solow (1956, « A Contribution to the Theory of Economic Growth ») modélise la croissance de long terme par l'accumulation de capital à rendements décroissants, et un progrès technique exogène qui seul explique la croissance soutenue du revenu par tête à long terme, sur le sentier de croissance régulière ; la part non expliquée par les facteurs de production, dite résidu de Solow, mesure ce progrès technique.
  • Franco Modigliani, avec Richard Brumberg (1954), formule la théorie du cycle de vie : le ménage lisse sa consommation sur l'ensemble de son existence en épargnant pendant la vie active pour financer sa consommation à la retraite, indépendamment du seul revenu courant.
  • James Tobin analyse le choix de portefeuille entre actifs liquides et actifs risqués et propose le ratio q, rapport entre la valeur boursière d'une entreprise et le coût de remplacement de son capital, comme déterminant de l'investissement.
  • Les post-keynésiens prolongent Keynes en insistant sur l'incertitude radicale : Nicholas Kaldor étudie la répartition et la croissance (équation de Cambridge), Joan Robinson conteste, dans la controverse des deux Cambridge, la mesure agrégée du capital de la fonction de production néoclassique, et Hyman Minsky (hypothèse d'instabilité financière, 1986) explique les crises par le glissement du financement des entreprises, de couvert à spéculatif puis à la Ponzi.
  • Les nouveaux keynésiens (à partir des années 1980) micro-fondent les rigidités : coûts de catalogue (menu costs) qui freinent l'ajustement des prix, salaire d'efficience qui explique un chômage involontaire persistant, et George Akerlof et Joseph Stiglitz qui étudient les conséquences des asymétries d'information sur le fonctionnement des marchés, y compris celui du crédit.

La synthèse néoclassique : Hicks et le modèle IS-LM

John Hicks intègre en 1937 l'analyse de Keynes dans un cadre d'équilibre général simplifié à deux marchés : la courbe IS retrace les couples taux d'intérêt-revenu pour lesquels le marché des biens est à l'équilibre (l'épargne désirée égale l'investissement désiré, décroissant avec le taux d'intérêt) ; la courbe LM retrace ceux pour lesquels le marché de la monnaie est à l'équilibre (l'offre de monnaie, fixée par la banque centrale, égale la demande de monnaie, croissante avec le revenu et décroissante avec le taux d'intérêt). L'intersection des deux courbes fixe simultanément le revenu d'équilibre et le taux d'intérêt : c'est ce cadre que Samuelson baptisera synthèse néoclassique.

Soit une économie où la courbe IS s'écrit Y = 200 − 10r et la courbe LM s'écrit Y = 50 + 15r (Y le revenu, r le taux d'intérêt en pourcentage). L'équilibre simultané annule l'écart entre les deux : 200 − 10r = 50 + 15r, soit 150 = 25r, donc r = 6 % et Y = 200 − 10 × 6 = 140.

Le modèle IS-LM détermine ainsi, en un seul point, le couple taux d'intérêt-revenu compatible avec l'équilibre simultané du marché des biens et du marché de la monnaie.
Ce que chaque courbe représente
CourbeMarché à l'équilibreVariables reliées
ISMarché des biens et servicesTaux d'intérêt et revenu, via l'investissement
LMMarché de la monnaieTaux d'intérêt et revenu, via la demande de monnaie

Solow, la croissance de long terme, et Tobin

Robert Solow modélise en 1956 la croissance par l'accumulation de capital par travailleur, à rendements décroissants : chaque unité supplémentaire de capital ajoute de moins en moins à la production, si bien que l'accumulation seule conduit à un état stationnaire, sans croissance soutenue du revenu par tête. Seul un progrès technique exogène, qui déplace la fonction de production dans le temps, explique une croissance soutenue à long terme ; la part de la croissance non expliquée par la contribution mesurée du capital et du travail, dite résidu de Solow, sert à quantifier ce progrès technique.

Si la production croît de 3 % par an, que le capital croît de 4 % avec une part de 30 % dans le revenu, et que le travail croît de 1 % avec une part de 70 %, la contribution mesurée des facteurs est de 0,3 × 4 % + 0,7 × 1 % = 1,2 % + 0,7 % = 1,9 %. Le résidu de Solow, attribué au progrès technique, vaut alors 3 % − 1,9 % = 1,1 %.

Ce calcul de comptabilité de la croissance sépare ce qui vient de plus de facteurs de ce qui vient d'une meilleure combinaison des facteurs.

James Tobin analyse la demande de monnaie comme un choix de portefeuille entre actifs liquides et actifs risqués, arbitrage qui dépend de l'aversion au risque autant que du motif de transaction. Il propose aussi le ratio q, rapport entre la valeur boursière d'une entreprise et le coût de remplacement de son capital productif : un ratio supérieur à un signifie qu'il est moins coûteux pour l'entreprise d'investir dans du capital neuf que d'acquérir un capital équivalent sur le marché financier, ce qui stimule l'investissement ; un ratio inférieur à un le décourage.

Confusions fréquentes

Le ratio q de Tobin n'est pas un ratio comptable ordinaire
Il compare une valeur de marché (la capitalisation boursière) à un coût de remplacement du capital, non un bénéfice à un chiffre d'affaires ou à des capitaux propres comptables.

Les post-keynésiens : Kaldor, Robinson, Minsky

Trois apports post-keynésiens
AuteurObjet d'étudeApport principal
Nicholas KaldorRépartition et croissanceÉquation de Cambridge, faits stylisés de la croissance
Joan RobinsonThéorie du capitalControverse des deux Cambridge sur la mesure agrégée du capital
Hyman MinskyStabilité financièreHypothèse d'instabilité financière : financement couvert, spéculatif, Ponzi

Les post-keynésiens refusent d'intégrer Keynes dans les microfondations néoclassiques : ils placent l'incertitude radicale, non probabilisable, au centre des décisions d'investissement et de financement, à la différence d'un risque calculable. Nicholas Kaldor relie la répartition du revenu entre profits et salaires à la croissance et à l'investissement par l'équation de Cambridge ; Joan Robinson, dans la controverse des deux Cambridge, conteste la possibilité de mesurer un capital agrégé indépendamment des prix et du taux de profit, remettant en cause la fonction de production néoclassique elle-même ; Hyman Minsky, en 1986, formule l'hypothèse d'instabilité financière : au fil de l'expansion, le financement des entreprises glisse d'un mode couvert, remboursable par les revenus courants, à un mode spéculatif, puis à un mode à la Ponzi, remboursable seulement par un nouvel endettement, ce qui rend le système financier structurellement fragile.

Confusions fréquentes

Synthèse néoclassique et post-keynésianisme ne désignent pas le même courant
La première intègre Keynes dans l'équilibre général et les microfondations néoclassiques ; le second rejette cette intégration et insiste sur l'incertitude radicale et l'instabilité financière.
Nouveaux keynésiens n'est pas synonyme de post-keynésiens
Les nouveaux keynésiens micro-fondent des rigidités dans un cadre resté proche du programme néoclassique ; les post-keynésiens rejettent ce programme, notamment la fonction de production agrégée.

Les nouveaux keynésiens : rigidités et asymétries d'information

À partir des années 1980, les nouveaux keynésiens cherchent des fondements microéconomiques rigoureux à la rigidité des prix et des salaires que Keynes constatait sans toujours la justifier. Les coûts de catalogue (menu costs) rendent coûteux le réajustement fréquent des prix affichés, ce qui ralentit leur ajustement à un choc de demande. Le salaire d'efficience explique un chômage involontaire persistant : une entreprise maintient un salaire supérieur au salaire d'équilibre pour stimuler l'effort, limiter le renouvellement du personnel ou attirer les candidats les plus productifs, plutôt que de le laisser baisser jusqu'à annuler tout excès d'offre de travail. George Akerlof et Joseph Stiglitz étudient les conséquences des asymétries d'information sur le fonctionnement des marchés, en particulier le rationnement du crédit, quand la banque ne peut distinguer les emprunteurs prudents des emprunteurs risqués.

Une entreprise pourrait réduire ses salaires de 10 % sans perdre ses effectifs, la demande de travail excédant l'offre à ce niveau ; elle s'en abstient parce qu'un salaire plus élevé réduit le risque de démission des employés les plus qualifiés et améliore leur effort, un gain de productivité que la baisse de la masse salariale ne compenserait pas.

C'est le mécanisme du salaire d'efficience : la rigidité salariale résulte d'un choix rationnel de l'employeur, non d'une réglementation.

Pour situer un auteur : Hicks, Samuelson, Solow, Modigliani, Tobin intègrent Keynes à l'équilibre néoclassique (synthèse) ; Akerlof, Stiglitz micro-fondent des rigidités sans quitter ce cadre (nouveaux keynésiens) ; Kaldor, Robinson, Minsky le récusent frontalement (post-keynésiens). Trois réponses différentes à la même question : que reste-t-il de Keynes une fois formalisé ?

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Le modèle IS-LM d'Hicks (1937) détermine simultanément le revenu d'équilibre et le taux d'intérêt par l'intersection des équilibres du marché des biens et du marché de la monnaie.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est la fonction du modèle : la courbe IS équilibre le marché des biens, la courbe LM le marché de la monnaie, leur intersection fixe les deux variables.

  2. 2.Selon la théorie du cycle de vie de Modigliani, un ménage ajuste sa consommation à son revenu courant, année après année.Voir le corrigé

    Faux

    C'est l'inverse : le ménage lisse sa consommation sur l'ensemble de sa vie, indépendamment de son revenu courant, en épargnant pendant la vie active puis en désépargnant à la retraite.

  3. 3.Le résidu de Solow mesure la part de la croissance non expliquée par l'accumulation mesurée des facteurs de production, attribuée au progrès technique.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est sa définition en comptabilité de la croissance : ce que la contribution du capital et du travail ne rend pas compte.

  4. 4.Les post-keynésiens comme Kaldor, Robinson et Minsky partagent les mêmes hypothèses de microfondation que la synthèse néoclassique.Voir le corrigé

    Faux

    Ils rejettent au contraire cette intégration : incertitude radicale, contestation de la mesure agrégée du capital, instabilité financière structurelle.

  5. 5.L'hypothèse d'instabilité financière de Minsky décrit un glissement du financement des entreprises, de couvert vers spéculatif puis vers la Ponzi, au fil de l'expansion.Voir le corrigé

    Vrai

    C'est le cœur de sa thèse de 1986 : la stabilité financière apparente d'une expansion prolongée engendre elle-même sa propre fragilité.

  6. 6.Le ratio q de Tobin rapporte le bénéfice comptable d'une entreprise à son chiffre d'affaires.Voir le corrigé

    Faux

    Il rapporte la valeur boursière de l'entreprise au coût de remplacement de son capital, pour guider la décision d'investissement.

Textes de référence

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