Aller au contenu principal
Accès DGFiP
Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

L'équilibre macroéconomique : le modèle IS-LM en économie fermée et ouverte

17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

Testez-vous · sans compte

Vrai ou faux ?

La courbe IS rassemble les couples revenu-taux d'intérêt qui équilibrent le marché des biens et services.

John Hicks propose en 1937 une lecture graphique de la « General Theory » de Keynes, sous la forme de deux courbes : IS, qui rassemble les couples revenu-taux d'intérêt compatibles avec l'équilibre du marché des biens et services, et LM, qui rassemble ceux compatibles avec l'équilibre du marché de la monnaie. Leur intersection détermine simultanément le revenu et le taux d'intérêt d'équilibre, et permet de lire l'effet d'une politique budgétaire ou monétaire sur l'un et sur l'autre. L'extension de Mundell et Fleming étend ensuite le modèle à une économie ouverte, avec changes fixes ou flottants.

À retenir

  • La courbe IS rassemble les combinaisons de revenu Y et de taux d'intérêt r qui équilibrent le marché des biens et services (Y = C + I + G) ; elle est décroissante, car un taux d'intérêt plus élevé réduit l'investissement, donc le revenu d'équilibre.
  • La courbe LM rassemble les combinaisons de Y et r qui équilibrent le marché de la monnaie (la demande de monnaie égale l'offre de monnaie réelle M/P) ; elle est croissante, car un revenu plus élevé accroît la demande de monnaie de transaction, ce qui exige un taux d'intérêt plus élevé pour maintenir l'équilibre à offre de monnaie donnée.
  • L'intersection des deux courbes détermine simultanément le revenu d'équilibre et le taux d'intérêt d'équilibre : aucune des deux variables ne peut être déterminée isolément.
  • Une politique budgétaire expansionniste (hausse de G ou baisse de T) déplace la courbe IS vers la droite, ce qui relève à la fois le revenu et le taux d'intérêt d'équilibre ; la hausse du taux d'intérêt évince une partie de l'investissement privé, ce qui limite l'ampleur de la hausse du revenu par rapport au multiplicateur keynésien simple.
  • Une politique monétaire expansionniste (hausse de l'offre de monnaie réelle) déplace la courbe LM vers la droite, ce qui abaisse le taux d'intérêt et relève le revenu d'équilibre, par la relance de l'investissement que permet un crédit moins coûteux.
  • Dans la trappe à liquidité, à un taux d'intérêt très bas, la courbe LM devient plate : une offre de monnaie supplémentaire n'abaisse plus le taux d'intérêt, et la politique monétaire perd toute prise, tandis que la politique budgétaire retrouve alors son plein effet, sans éviction.
  • En économie ouverte, l'extension de Mundell et Fleming montre qu'en change fixe la politique monétaire perd son autonomie (elle doit défendre la parité) et que la politique budgétaire y gagne en efficacité, tandis qu'en change flottant l'inverse se produit : la politique monétaire retrouve un plein effet par le canal du change, la politique budgétaire étant neutralisée par l'appréciation de la monnaie qu'elle provoque, entièrement dans le cas d'école d'une parfaite mobilité des capitaux.

La courbe IS : équilibre du marché des biens et services

La courbe IS traduit l'équilibre emplois-ressources restreint à une économie fermée sans échanges extérieurs : Y = C + I + G. Avec une fonction de consommation C = c(Y − T), un investissement qui décroît avec le taux d'intérêt, I = I0 − d·r, et des dépenses publiques G données, la condition d'équilibre devient Y = c(Y − T) + I0 − d·r + G, ce qui, une fois Y isolé, donne une relation décroissante entre Y et r : plus le taux d'intérêt est élevé, plus l'investissement est découragé, et plus le revenu d'équilibre du marché des biens est bas.

Avec c = 0,8, T = 100, I = 300 − 20r et G = 100, l'équilibre s'écrit Y = 0,8(Y − 100) + 300 − 20r + 100 = 0,8Y − 80 + 400 − 20r, soit 0,2Y = 320 − 20r, donc la courbe IS s'écrit Y = 1 600 − 100r.

Chaque paramètre a un rôle repérable : c pèse sur la pente par le multiplicateur, d (ici 20) mesure la sensibilité de l'investissement au taux d'intérêt.
Ce que déplace la courbe IS
ChocEffet sur IS
Hausse des dépenses publiques (G)Déplacement vers la droite (à r donné, Y d'équilibre plus élevé)
Hausse des impôts (T)Déplacement vers la gauche
Optimisme des entreprises (hausse de I0)Déplacement vers la droite

La courbe LM : équilibre du marché de la monnaie

La courbe LM traduit l'équilibre du marché de la monnaie : la demande de monnaie réelle, L(Y, r) = kY − hr, doit égaler l'offre de monnaie réelle M/P fixée par la banque centrale. La demande de monnaie croît avec le revenu (motif de transaction) et décroît avec le taux d'intérêt (coût d'opportunité de détenir de la monnaie plutôt qu'un actif rémunéré) : à offre de monnaie donnée, un revenu plus élevé exige donc un taux d'intérêt plus élevé pour que la demande de monnaie reste compatible avec l'offre, d'où la pente croissante de la courbe LM.

Avec k = 0,2, h = 40 et une offre de monnaie réelle M/P = 200, l'équilibre monétaire s'écrit 0,2Y − 40r = 200, soit la courbe LM r = 0,005Y − 5. En la combinant avec la courbe IS obtenue plus haut, Y = 1 600 − 100r, on trouve Y = 1 600 − 100(0,005Y − 5) = 2 100 − 0,5Y, soit 1,5Y = 2 100, donc Y* = 1 400 et r* = 0,005 × 1 400 − 5 = 2 %.

Vérification : à Y = 1 400 et r = 2 %, C = 0,8 × 1 300 = 1 040, I = 300 − 40 = 260, G = 100, et 1 040 + 260 + 100 = 1 400 = Y.

Confusions fréquentes

IS et LM ne se déplacent pas pour les mêmes raisons
Seul un choc affectant le marché des biens (dépenses publiques, impôts, optimisme des entreprises) déplace IS ; seul un choc affectant le marché de la monnaie (offre de monnaie, préférence pour la liquidité) déplace LM. Confondre les deux fait attribuer un effet à un levier qui n'est pas le bon.

Politique budgétaire et politique monétaire dans IS-LM

Deux chocs, deux résultats, à partir de l'équilibre Y* = 1 400, r* = 2 %
PolitiqueChocNouvel équilibreMécanisme
Budgétaire (relance)G passe de 100 à 160 (+60)Y = 1 600, r = 3 %IS se déplace à droite ; la hausse de r évince une partie de l'investissement
Monétaire (relance)M/P passe de 200 à 260 (+60)Y = 1 500, r = 1 %LM se déplace à droite ; la baisse de r relance l'investissement

Pour la relance budgétaire, la nouvelle courbe IS s'écrit Y = 1 900 − 100r ; combinée à LM (r = 0,005Y − 5), elle donne Y = 1 600, r = 3 %. Sans effet d'éviction, le multiplicateur keynésien simple (1 ÷ (1 − 0,8) = 5) aurait porté Y à 1 400 + 5 × 60 = 1 700 ; l'écart de 100 (1 700 − 1 600) correspond à la baisse de l'investissement, ΔI = −20 × Δr = −20 × 1 = −20, multipliée à son tour par 5 (5 × 20 = 100). La hausse du revenu se décompose ainsi : ΔC + ΔI + ΔG = 0,8 × 200 − 20 + 60 = 160 − 20 + 60 = 200 = ΔY.

L'effet d'éviction ne supprime pas le multiplicateur, il le réduit : ici de 5 (multiplicateur pur) à 200 ÷ 60 ≈ 3,3 (multiplicateur effectif, éviction comprise).

Confusions fréquentes

L'effet d'éviction n'annule pas la relance budgétaire, il la limite
Le revenu d'équilibre augmente bien après une hausse des dépenses publiques (de 1 400 à 1 600 dans l'exemple), mais moins que ne le prédit le multiplicateur keynésien simple, parce que la hausse du taux d'intérêt décourage une partie de l'investissement privé.

La trappe à liquidité et l'extension en économie ouverte

Dans la trappe à liquidité, le taux d'intérêt est si bas que les agents préfèrent détenir de la monnaie plutôt que des titres, dont le prix ne peut guère monter davantage : la courbe LM devient horizontale sur cette plage. Une offre de monnaie supplémentaire n'y abaisse plus le taux d'intérêt, ce qui rend la politique monétaire inopérante ; la politique budgétaire, à l'inverse, y retrouve son plein effet multiplicateur, puisqu'une hausse des dépenses publiques déplace IS sans provoquer de hausse du taux d'intérêt ni donc d'éviction de l'investissement.

L'extension de Mundell et Fleming introduit les échanges extérieurs et la mobilité des capitaux. En change fixe, la banque centrale doit défendre la parité annoncée : toute tentative de baisser le taux d'intérêt intérieur pour relancer l'activité provoque des sorties de capitaux qu'elle doit contrer en intervenant sur le marché des changes, ce qui prive la politique monétaire de son autonomie ; la politique budgétaire, en revanche, y conserve un plein effet, car la banque centrale doit financer la hausse de la demande de monnaie qui l'accompagne sans laisser le taux d'intérêt s'écarter du niveau international. En change flottant, la situation s'inverse : une relance monétaire déprécie la monnaie nationale, ce qui stimule les exportations nettes et amplifie l'effet sur le revenu, tandis qu'une relance budgétaire, en élevant le taux d'intérêt intérieur, attire des capitaux qui apprécient la monnaie et pénalisent les exportations nettes, ce qui neutralise son effet, entièrement si les capitaux sont parfaitement mobiles, en partie s'ils le sont moins.

Pour une question sur Mundell-Fleming, construire un tableau à deux entrées (change fixe, change flottant) croisé avec les deux politiques (budgétaire, monétaire) : c'est la même information que le cours, présentée pour qu'aucune case ne soit oubliée.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La courbe IS rassemble les couples revenu-taux d'intérêt qui équilibrent le marché des biens et services.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle traduit la condition Y = C + I + G, avec un investissement qui décroît quand le taux d'intérêt augmente.

  2. 2.La courbe LM est décroissante en fonction du revenu.Voir le corrigé

    Faux

    Elle est croissante : un revenu plus élevé accroît la demande de monnaie de transaction, ce qui exige un taux d'intérêt plus élevé pour maintenir l'équilibre monétaire.

  3. 3.Une hausse des dépenses publiques déplace la courbe IS vers la droite et relève à la fois le revenu et le taux d'intérêt d'équilibre.Voir le corrigé

    Vrai

    Le nouvel équilibre se situe à l'intersection de la nouvelle courbe IS avec la courbe LM inchangée.

  4. 4.Plus l'investissement est sensible au taux d'intérêt, plus l'effet d'éviction d'une relance budgétaire est réduit.Voir le corrigé

    Faux

    C'est l'inverse : plus l'investissement réagit au taux d'intérêt, plus la hausse du taux provoquée par la relance l'évince, et moins le revenu progresse. Dans l'exemple de la fiche, l'éviction réduit la hausse du revenu sans l'annuler : 1 600 au lieu de 1 700.

  5. 5.Dans la trappe à liquidité, une politique monétaire expansionniste perd sa capacité à abaisser le taux d'intérêt.Voir le corrigé

    Vrai

    La courbe LM devient horizontale à un taux d'intérêt très bas, rendant toute offre de monnaie supplémentaire sans effet sur le taux.

  6. 6.Selon Mundell et Fleming, la politique monétaire est pleinement autonome en change fixe.Voir le corrigé

    Faux

    C'est l'inverse : en change fixe, la banque centrale doit défendre la parité, ce qui lui retire son autonomie monétaire.

Textes de référence

Accès DGFiP est un service indépendant : il n’est ni affilié ni validé par la Direction générale des Finances publiques. En cas de doute, le texte officiel fait foi.