Production, répartition primaire, redistribution et inégalités
15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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La valeur ajoutée se partage entre rémunération des salariés, excédent brut d'exploitation et impôts sur la production nets des subventions.
Une richesse produite ne se répartit pas d'elle-même : la valeur ajoutée créée par les entreprises se partage d'abord entre salaires, profits et impôts, avant qu'un second mouvement, la redistribution par les prélèvements obligatoires et les prestations sociales, ne transforme ce revenu primaire en revenu disponible. Mesurer l'ampleur de ces deux mouvements et situer le débat ouvert par Thomas Piketty sur la concentration du capital sont les deux objets de cette notion.
À retenir
- La valeur ajoutée créée par une unité de production se partage en trois emplois : la rémunération des salariés, l'excédent brut d'exploitation (EBE), qui revient aux entreprises et aux entrepreneurs individuels, et les impôts sur la production nets des subventions, qui reviennent aux administrations publiques.
- Le revenu primaire d'un ménage additionne les revenus tirés directement de sa participation à la production : revenus d'activité (salaires, revenus mixtes des indépendants) et revenus du patrimoine (loyers, dividendes, intérêts), avant toute intervention de l'État.
- Le revenu disponible s'obtient en retranchant du revenu primaire les prélèvements obligatoires (impôts directs, cotisations sociales) et en y ajoutant les prestations sociales reçues (en espèces) : c'est ce que le ménage peut effectivement consommer ou épargner.
- Les inégalités de revenu ou de patrimoine se mesurent par les déciles, le rapport interdécile et le coefficient de Gini, dont la construction est détaillée dans une notion dédiée ; l'écart entre le Gini du revenu primaire et celui du revenu disponible mesure l'ampleur de la redistribution opérée.
- Le partage de la valeur ajoutée entre salaires et excédent brut d'exploitation a varié dans le temps : en France, la part de la rémunération des salariés dans la valeur ajoutée des sociétés non financières, relativement stable pendant les Trente Glorieuses puis en hausse lors des chocs pétroliers, a reculé au cours des années 1980, jusqu'en 1989, avant de se stabiliser autour des deux tiers, un peu en dessous de son niveau d'avant 1974 (Insee) : un fait central du débat sur le partage capital-travail.
- Thomas Piketty a relancé le débat sur les inégalités de patrimoine en documentant, sur longue période, une tendance à la concentration du capital lorsque le rendement du capital (r) excède durablement le taux de croissance de l'économie (g) ; ses conclusions et leurs implications de politique fiscale restent discutées.
Le partage primaire de la valeur ajoutée
| Emploi | Bénéficiaire | Contenu |
|---|---|---|
| Rémunération des salariés | Ménages salariés | Salaires bruts et cotisations sociales employeur |
| Excédent brut d'exploitation (EBE) | Entreprises et entrepreneurs individuels | Ce qui reste après rémunération du travail salarié, avant amortissement et impôt sur les bénéfices |
| Impôts sur la production nets des subventions | Administrations publiques | Taxes assises sur l'activité, indépendantes du résultat |
Pour une valeur ajoutée de 100, une répartition observée dans un secteur donné pourrait s'établir à 65 en rémunération des salariés, 25 en excédent brut d'exploitation et 10 en impôts sur la production nets des subventions : la somme des trois emplois reconstitue exactement la valeur ajoutée de départ, 65 + 25 + 10 = 100.
Confusions fréquentes
- L'excédent brut d'exploitation n'est pas un profit net
- Il finance encore l'amortissement du capital, les intérêts d'emprunt et l'impôt sur les sociétés avant qu'un profit net ne subsiste ; l'assimiler à un profit disponible surestime ce qui revient réellement à l'entreprise.
Du revenu primaire au revenu disponible
Le revenu primaire regroupe les revenus qu'un ménage tire directement de sa participation à la production et de la détention d'un patrimoine, avant toute intervention publique : revenus d'activité salariée, revenus mixtes des indépendants, et revenus du patrimoine (loyers perçus, dividendes, intérêts). Le revenu disponible s'obtient en retranchant de ce revenu primaire les prélèvements obligatoires, impôts directs et cotisations sociales, puis en y ajoutant les prestations sociales en espèces reçues (allocations familiales, minima sociaux, indemnités de chômage) : c'est le montant que le ménage peut effectivement consommer ou épargner.
| Étape | Montant | Opération |
|---|---|---|
| Revenu primaire | 2 000 € | Revenus d'activité et du patrimoine, avant intervention publique |
| Prélèvements obligatoires | − 600 € | Impôts directs et cotisations sociales, soit 30 % du revenu primaire |
| Prestations sociales reçues | + 300 € | Allocations et prestations en espèces |
| Revenu disponible | 1 700 € | 2 000 − 600 + 300 |
Dans l'exemple ci-dessus, la redistribution nette représente 600 − 300 = 300 €, soit 15 % du revenu primaire : ce ménage contribue davantage qu'il ne reçoit, un profil typique des déciles de revenu élevés, à l'inverse d'un ménage aux revenus primaires réduits qui reçoit en prestations davantage qu'il ne verse en prélèvements.
Mesurer les inégalités et leur réduction
Les inégalités de revenu ou de patrimoine se mesurent par les déciles, le rapport interdécile et le coefficient de Gini, dont la construction géométrique à partir de la courbe de Lorenz fait l'objet d'une notion dédiée. Pour l'analyse économique de la redistribution, le point utile est la comparaison de ces indicateurs calculés sur le revenu primaire puis sur le revenu disponible : l'écart entre les deux mesure directement l'ampleur de la réduction des inégalités obtenue par les prélèvements et les prestations, sans qu'il soit besoin de refaire ce calcul ici.
| Canal | Mécanisme | Effet attendu sur les inégalités |
|---|---|---|
| Prélèvements progressifs | Un taux d'imposition qui augmente avec le revenu (impôt sur le revenu) | Réduit l'écart de revenu disponible entre déciles |
| Prestations sous condition de ressources ou universelles | Versement réservé aux revenus modestes et décroissant avec le revenu (sous condition de ressources), ou identique pour tous (universelles) | Relève le revenu disponible des déciles aux revenus primaires réduits |
Confusions fréquentes
- Un prélèvement proportionnel ne redistribue pas
- Seule une progressivité, taux plus élevé pour les revenus plus élevés, réduit l'écart relatif entre déciles ; un taux uniforme laisse les inégalités relatives inchangées.
Le débat sur la concentration du capital
Dans Le Capital au XXIe siècle (2013), Thomas Piketty a documenté, sur une longue période et pour plusieurs pays, la remontée du patrimoine privé rapporté au revenu national (avec Gabriel Zucman : de deux à trois années de revenu national en 1970 à quatre à sept vers 2010 dans les grands pays riches) et une tendance à la concentration du patrimoine lorsque le taux de rendement du capital (r) excède durablement le taux de croissance de l'économie (g). Dans cette configuration, les patrimoines déjà constitués croissent plus vite que le revenu national, ce qui tend à accroître la part du capital hérité dans la richesse totale, sauf correction par une fiscalité redistributive du capital et des successions.
Si le rendement réel du capital atteint 4 % par an pendant que la croissance de l'économie plafonne à 1,5 %, un patrimoine non consommé progresse d'environ 2,5 points de plus chaque année que le revenu national : cumulé sur plusieurs décennies, cet écart déplace fortement la structure de la richesse en faveur des détenteurs de patrimoine.
Pour une question sur les inégalités, distinguer systématiquement trois plans : le partage primaire de la valeur ajoutée, l'effet redistributif des prélèvements et prestations, et le débat plus large sur la dynamique du capital dans le temps long.
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1.La valeur ajoutée se partage entre rémunération des salariés, excédent brut d'exploitation et impôts sur la production nets des subventions.Voir le corrigé
Vrai
Ces trois emplois reconstituent exactement la valeur ajoutée de départ, par construction comptable.
2.L'excédent brut d'exploitation correspond à un profit net déjà disponible pour l'entreprise.Voir le corrigé
Faux
Il finance encore l'amortissement du capital, les intérêts et l'impôt sur les sociétés avant qu'un profit net ne subsiste.
3.Le revenu disponible s'obtient en retranchant les prélèvements obligatoires du revenu primaire et en y ajoutant les prestations sociales reçues.Voir le corrigé
Vrai
C'est la définition même du passage du revenu primaire au revenu disponible d'un ménage.
4.Un prélèvement strictement proportionnel au revenu réduit les inégalités relatives entre déciles.Voir le corrigé
Faux
Seule une progressivité du prélèvement, avec un taux qui augmente avec le revenu, réduit l'écart relatif entre déciles.
5.L'écart entre le coefficient de Gini du revenu primaire et celui du revenu disponible mesure l'ampleur de la redistribution.Voir le corrigé
Vrai
Plus cet écart est grand, plus les prélèvements et les prestations réduisent les inégalités de revenu marchand.
6.Selon Thomas Piketty, un rendement du capital durablement supérieur à la croissance tend à réduire la concentration du patrimoine.Voir le corrigé
Faux
C'est l'inverse : dans cette configuration (r supérieur à g), les patrimoines déjà constitués croissent plus vite que le revenu national, ce qui tend à en accroître la concentration.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
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