Externalités, biens publics, monopoles naturels, asymétries d'information, rationalité limitée
18 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Une externalité négative est prise en compte automatiquement par le prix de marché.
Le marché de concurrence pure et parfaite n'atteint pas toujours l'efficacité allocative qu'il promet en théorie : cinq configurations, recensées comme autant de défaillances du marché, l'en écartent structurellement. Externalités, biens publics, monopole naturel, asymétries d'information et rationalité limitée des agents justifient chacun, à leur manière, une intervention publique ou un mécanisme correcteur, que la notion présente avec ses auteurs et ses mécanismes précis.
À retenir
- Une défaillance du marché survient quand la concurrence pure et parfaite ne conduit pas à une allocation efficace des ressources : externalités, biens publics, monopole naturel, asymétries d'information en sont les principales causes recensées.
- Une externalité négative n'est pas prise en compte par le prix de marché ; la taxe pigouvienne, égale au coût marginal externe, internalise cette externalité en ramenant la production au niveau socialement optimal.
- Le théorème de Coase soutient qu'en l'absence de coûts de transaction, la négociation entre les parties conduit à une allocation efficace des ressources, quelle que soit l'attribution initiale des droits de propriété ; les marchés de quotas d'émission en sont une application.
- Un bien public pur se caractérise par la non-rivalité, la consommation par un agent ne réduisant pas celle des autres, et la non-exclusion, nul ne pouvant être écarté de sa consommation ; ces deux propriétés favorisent le comportement de passager clandestin.
- Un monopole naturel se caractérise par un coût moyen qui décroît sur toute la gamme de production pertinente : produire par une seule entreprise coûte moins cher que par plusieurs, ce qui justifie sa régulation plutôt que son démantèlement.
- L'asymétrie d'information oppose la sélection adverse, mécanisme d'Akerlof où l'incapacité à distinguer les qualités écarte les biens de bonne qualité du marché avant l'échange, et l'aléa moral, comportement moins prudent une fois le risque assuré par un tiers.
- La rationalité limitée de Herbert Simon et l'économie comportementale de Daniel Kahneman contestent l'hypothèse d'un agent parfaitement rationnel ; les politiques de nudge en tirent des incitations non contraignantes qui orientent le comportement sans en restreindre le choix.
Externalités : Pigou, Coase, marchés de quotas
Une externalité négative inflige un coût à des tiers sans que le prix de marché ne le reflète : l'entreprise qui pollue n'a spontanément aucune raison d'en tenir compte dans son calcul privé, et produit davantage que le niveau socialement souhaitable. Arthur Pigou propose de corriger ce défaut par une taxe, égale au coût marginal externe, qui internalise l'externalité en renchérissant la production privée jusqu'à ce que son coût rejoigne le coût social. Ronald Coase propose une autre voie : selon le théorème qui porte son nom, en l'absence de coût de transaction, la négociation directe entre les parties conduit à une allocation efficace, quelle que soit l'attribution initiale des droits de propriété.
Pour une demande P = 100 - Q, un coût marginal privé de 10 + Q et un coût marginal externe constant de 20 €, la production privée égalise demande et coût privé : 100 - Q = 10 + Q, soit Q = 45. L'optimum social inclut le coût externe : 100 - Q = 10 + Q + 20, soit Q = 35. La taxe pigouvienne qui ramène la production à cet optimum vaut 20 €, et la perte de bien-être évitée vaut 0,5×(45-35)×20 = 100.
Quand la négociation directe entre pollueur et victimes reste impraticable, faute d'identifier chaque partie, un marché de quotas d'émission échangeables reproduit la logique de Coase à grande échelle : un plafond global est fixé, et le marché détermine qui réduit sa pollution au moindre coût.
Biens publics : non-rivalité, non-exclusion, passager clandestin
Un bien public pur se définit par deux propriétés jointes. La non-rivalité signifie que la consommation du bien par un agent ne réduit pas la quantité disponible pour les autres. La non-exclusion signifie que nul ne peut être écarté de sa consommation, même s'il refuse d'en payer le prix. Ces deux propriétés conjuguées ouvrent la voie au comportement de passager clandestin : chaque agent a intérêt à profiter du bien sans contribuer à son financement, ce qui conduit le marché à en produire une quantité insuffisante, très en deçà de l'optimum social.
| Exclusion possible | Exclusion impossible | |
|---|---|---|
| Rival | Bien privé (pain, vêtement) | Bien commun (ressource commune : pêche en haute mer, pâturage) |
| Non-rival | Bien de club (télévision à péage, route à péage) | Bien public pur (défense nationale, phare) |
Confusions fréquentes
- Bien public n'est pas synonyme de bien commun
- Le bien public pur est non-rival et non excluable ; le bien commun est rival, comme une ressource halieutique, mais non excluable, ce qui l'expose à un risque de surexploitation, non de sous-production.
Le monopole naturel et sa régulation
Un monopole naturel se caractérise par un coût moyen qui décroît sur toute la gamme de production pertinente, en général du fait d'un coût fixe important, par exemple un réseau : produire par une seule entreprise coûte alors moins cher que par plusieurs entreprises qui dupliqueraient chacune ce coût fixe. Le régulateur fait face à un arbitrage entre deux règles de tarification : au coût marginal, le prix est efficace mais la recette ne couvre pas le coût fixe, ce qui impose une subvention ; au coût moyen, l'entreprise s'autofinance sans subvention, mais le prix, supérieur au coût marginal, restreint légèrement la quantité consommée par rapport à l'optimum.
Une entreprise de réseau a un coût total C(q) = 1 000 + 2q. Pour une production de 100 unités, son coût moyen vaut 1000/100 + 2 = 12 €. Si deux entreprises séparées produisaient chacune 50 unités avec leur propre réseau, chacune supporterait un coût total de 1 000 + 2×50 = 1 100 €, soit un coût moyen global de 2 200/100 = 22 € : bien supérieur au coût moyen d'une entreprise unique.
Asymétries d'information : sélection adverse et aléa moral
L'asymétrie d'information recouvre deux mécanismes distincts selon le moment où l'inégalité d'information se manifeste. La sélection adverse, mise en évidence par George Akerlof, tient à une qualité cachée avant la signature du contrat : l'acheteur ne peut distinguer un bien de bonne qualité d'un bien défectueux, et n'est prêt à payer que le prix moyen anticipé pour la catégorie, ce qui peut écarter du marché les vendeurs de bonne qualité avant même l'échange. L'aléa moral tient, lui, à un comportement caché après la signature du contrat : une partie modifie son comportement une fois le risque transféré à l'autre, qui ne peut ni l'observer ni le sanctionner.
Sur un marché de voitures d'occasion, les bonnes valent 8 000 € pour leur vendeur et 10 000 € pour un acheteur informé ; les défectueuses valent 2 000 € et 3 000 €, à parts égales dans la population. Un acheteur non informé n'anticipe qu'une valeur moyenne de 0,5×10 000 + 0,5×3 000 = 6 500 €, inférieure aux 8 000 € qu'exigent les vendeurs de bonnes voitures : celles-ci se retirent du marché, qui ne conserve que les défectueuses.
Confusions fréquentes
- Sélection adverse et aléa moral n'interviennent pas au même moment du contrat
- La sélection adverse porte sur une information cachée avant la signature ; l'aléa moral porte sur un comportement caché après la signature, une fois le contrat en vigueur.
Rationalité limitée et économie comportementale
Herbert Simon conteste l'hypothèse néoclassique d'un agent parfaitement rationnel et parfaitement informé : les agents réels décident avec des capacités cognitives et un temps restreints, et se satisfont d'une solution jugée suffisamment bonne plutôt que de rechercher l'optimum théorique, une démarche que Simon nomme la rationalité limitée. Daniel Kahneman et Amos Tversky prolongent cette critique par l'économie comportementale, en documentant des biais systématiques de jugement : l'ancrage sur une information non pertinente, la surestimation des probabilités d'événements rares, ou une sensibilité différente aux gains et aux pertes. Les politiques de nudge en tirent des incitations non contraignantes, qui exploitent ces biais pour orienter le comportement dans un sens jugé préférable, sans jamais restreindre l'éventail des choix disponibles.
Présenter l'adhésion à un plan d'épargne retraite comme l'option par défaut, à laquelle chacun peut renoncer explicitement, augmente fortement le taux de participation par rapport à une adhésion qui demanderait une démarche active : le choix reste entièrement libre, mais l'inertie comportementale joue désormais en faveur de l'épargne plutôt que contre elle.
Pour une QRC, relier chaque auteur à son objet : Simon à la rationalité limitée et à la décision satisfaisante, Kahneman et Tversky aux biais de jugement documentés expérimentalement, et le nudge à l'usage de ces biais dans une politique publique non contraignante.
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1.Une externalité négative est prise en compte automatiquement par le prix de marché.Voir le corrigé
Faux
C'est l'inverse : le prix ne reflète pas le coût imposé aux tiers, ce qui justifie une intervention comme la taxe pigouvienne.
2.La taxe pigouvienne est égale au coût marginal externe de la pollution.Voir le corrigé
Vrai
Elle renchérit la production privée jusqu'à ce que son coût rejoigne le coût social, ramenant la quantité à l'optimum.
3.Un bien public pur se caractérise par la non-rivalité et la non-exclusion de sa consommation.Voir le corrigé
Vrai
Ces deux propriétés conjuguées favorisent le comportement de passager clandestin et la sous-production par le marché.
4.Un monopole naturel se caractérise par un coût moyen croissant avec la quantité produite.Voir le corrigé
Faux
C'est l'inverse : son coût moyen décroît sur toute la gamme de production pertinente, ce qui rend une seule entreprise plus efficace que plusieurs.
5.La sélection adverse décrit un comportement qui change après la signature d'un contrat d'assurance.Voir le corrigé
Faux
C'est l'aléa moral qui décrit ce mécanisme ; la sélection adverse porte sur une qualité cachée avant la signature du contrat.
6.La rationalité limitée de Herbert Simon conteste l'hypothèse d'un agent parfaitement rationnel et parfaitement informé.Voir le corrigé
Vrai
Simon montre que les agents réels raisonnent avec des capacités cognitives et un temps de décision restreints, non illimités.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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