Offre, demande, équilibre concurrentiel, concurrence imparfaite, politiques de concurrence
17 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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La concurrence pure et parfaite suppose l'atomicité des offreurs et des demandeurs.
Le marché de concurrence pure et parfaite sert de référence théorique : son équilibre maximise le surplus total des échanges. Le monopole, l'oligopole et la concurrence monopolistique s'en écartent chacun à leur façon, avec un coût mesurable en perte de surplus. Les autorités de concurrence, françaises et européennes, existent précisément pour rapprocher les marchés réels de cette référence, en sanctionnant les pratiques qui l'éloignent délibérément.
À retenir
- La concurrence pure et parfaite suppose cinq conditions : atomicité, homogénéité du produit, libre entrée et sortie, transparence de l'information, mobilité parfaite des facteurs de production.
- À l'équilibre concurrentiel, le prix égale le coût marginal et la somme du surplus du consommateur et du surplus du producteur est maximale : c'est l'optimum d'efficacité allocative.
- Le monopole restreint sa production par rapport à l'optimum concurrentiel en égalant sa recette marginale à son coût marginal, ce qui engendre une perte sèche, portion de surplus total qui disparaît sans être captée par personne.
- En oligopole de Cournot, chaque firme choisit sa quantité en anticipant celle du rival ; l'équilibre se situe entre la production concurrentielle et la production de monopole, et s'en rapproche de la première quand le nombre de firmes augmente.
- Un cartel, entente qui vise à reproduire le résultat du monopole, reste instable sans mécanisme de surveillance : chaque membre a intérêt individuel à produire au-delà du quota convenu.
- En France, l'Autorité de la concurrence sanctionne les ententes et les abus de position dominante et contrôle les opérations de concentration ; la Commission européenne exerce des compétences parallèles pour les pratiques affectant le marché intérieur et contrôle les concentrations de dimension européenne ; depuis 2023, le règlement européen sur les marchés numériques (DMA) impose en outre des obligations fixées à l'avance aux grandes plateformes désignées comme contrôleurs d'accès.
- La concurrence monopolistique, marquée par la différenciation des produits, combine liberté d'entrée et pouvoir de marché limité : chaque firme fait face à une demande décroissante malgré la multiplicité des vendeurs.
Les conditions de la concurrence pure et parfaite
Un marché de concurrence pure et parfaite répond à cinq conditions théoriques. L'atomicité suppose un grand nombre d'offreurs et de demandeurs, si petits qu'aucun n'exerce de pouvoir de marché sur le prix. L'homogénéité du produit signifie que les biens échangés sont strictement substituables d'un vendeur à l'autre. La libre entrée et la libre sortie garantissent qu'aucune barrière n'empêche une firme de rejoindre ou de quitter le secteur. La transparence de l'information assure que tous les agents connaissent les prix et les caractéristiques des produits. La mobilité parfaite des facteurs de production permet au travail et au capital de se redéployer vers les usages les plus rémunérateurs.
| Condition | Ce qu'elle exclut |
|---|---|
| Atomicité | Toute influence individuelle sur le prix de marché |
| Homogénéité du produit | Toute différenciation qui fonderait une préférence de marque |
| Libre entrée et sortie | Toute barrière durable protégeant les firmes en place |
| Transparence de l'information | Tout avantage informationnel entre acheteurs et vendeurs |
| Mobilité parfaite des facteurs | Toute rigidité empêchant le redéploiement du travail et du capital |
Confusions fréquentes
- La concurrence pure et parfaite est un modèle de référence, pas une description du réel
- Aucun marché réel ne vérifie les cinq conditions simultanément ; le modèle sert à mesurer l'écart d'un marché concret, non à le décrire tel quel.
Équilibre concurrentiel et surplus
À l'équilibre, la quantité offerte égale la quantité demandée au prix qui égalise les deux courbes. Le surplus du consommateur mesure l'avantage retiré par les acheteurs prêts à payer davantage que le prix d'équilibre ; le surplus du producteur mesure l'avantage retiré par les vendeurs dont le coût est inférieur à ce même prix. La somme des deux, le surplus total, est maximale à l'équilibre concurrentiel : c'est en ce sens que ce marché réalise l'efficacité allocative, aucune réorganisation de la production ne pouvant améliorer le sort d'un agent sans en léser un autre.
Sur un marché de demande P = 100 - 2Q et d'offre P = 10 + 3Q, l'équilibre égalise les deux : 100 - 2Q = 10 + 3Q, soit 90 = 5Q, donc Q = 18 et P = 100 - 2×18 = 64. Le surplus du consommateur vaut 0,5×(100-64)×18 = 324, le surplus du producteur 0,5×(64-10)×18 = 486, pour un surplus total de 810.
Le monopole et la perte sèche
Le monopole fait face à la totalité de la demande du marché : toute augmentation de sa production fait baisser le prix obtenu sur l'ensemble des unités vendues, si bien que sa recette marginale devient inférieure au prix. Il maximise son profit en égalant cette recette marginale à son coût marginal, une règle qui le conduit à retenir une quantité inférieure à celle qu'aurait produite un marché concurrentiel confronté au même coût, à un prix supérieur. L'écart de surplus qui en résulte, la perte sèche, correspond aux échanges mutuellement avantageux qui n'ont pas lieu du fait de cette restriction.
Pour une demande inverse P = 100 - 2Q et un coût marginal constant de 20, le monopole égalise sa recette marginale (Rm = 100 - 4Q) à ce coût : 100 - 4Q = 20, donc Q = 20 et P = 60. Un marché concurrentiel confronté au même coût produirait Q = 40 (P = Cm = 20). La perte sèche vaut 0,5×(40-20)×(60-20) = 400.
Oligopole de Cournot, cartels, concurrence monopolistique
En oligopole de Cournot, un petit nombre de firmes choisissent simultanément leur quantité, chacune anticipant celle de ses rivales sans concertation. L'équilibre qui en résulte se situe entre la production concurrentielle et la production de monopole, et s'en rapproche de la première à mesure que le nombre de firmes augmente. Une entente entre ces firmes, un cartel, chercherait à reproduire l'équilibre de monopole, plus profitable pour l'ensemble des membres ; mais cette entente reste intrinsèquement fragile, car chaque membre dispose d'une incitation individuelle à produire au-delà du quota convenu, ce qui menace l'accord sans mécanisme crédible de surveillance. La concurrence monopolistique diffère de l'oligopole : de nombreuses firmes, libre entrée, mais des produits différenciés qui donnent à chacune une demande décroissante malgré leur multiplicité, avec un profit ramené à zéro à long terme par l'arrivée de nouveaux concurrents.
Pour une demande inverse P = 100 - Q et un coût marginal commun de 10, l'équilibre de Cournot à deux firmes symétriques donne une quantité par firme de (100-10)/3 = 30, soit une quantité totale de 60 et un prix de 100-60 = 40 ; chaque firme réalise un profit de (40-10)×30 = 900.
Confusions fréquentes
- Un cartel n'est pas un accord stable une fois conclu
- Chaque membre a intérêt individuel à tricher en produisant davantage que son quota, ce qui explique l'instabilité des ententes sans surveillance ni sanction.
- Oligopole de Cournot et concurrence monopolistique ne sont pas la même structure de marché
- Le premier suppose peu de firmes en interaction stratégique sur les quantités ; la seconde suppose de nombreuses firmes en concurrence par la différenciation, sans interaction stratégique directe.
Les politiques de concurrence
Les pouvoirs publics interviennent pour rapprocher les marchés réels de l'équilibre concurrentiel. En France, l'Autorité de la concurrence sanctionne les ententes, telles que les cartels, et les abus de position dominante, tels que les pratiques d'éviction visant à exclure un concurrent ; elle contrôle aussi les opérations de concentration au-delà de certains seuils de chiffre d'affaires, pour empêcher qu'une fusion ne crée ou ne renforce un pouvoir de marché excessif. Un programme de clémence exonère totalement de sanction le premier membre d'une entente qui la dénonce, et partiellement ceux qui apportent ensuite des preuves d'une valeur ajoutée significative, ce qui fragilise encore la collusion. La Commission européenne exerce une compétence parallèle, sur le fondement des articles 101 et 102 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, pour les pratiques affectant le marché intérieur ; elle contrôle aussi les concentrations de dimension européenne (règlement (CE) n° 139/2004). Les plateformes numériques ont conduit l'Union à compléter ce contrôle après coup par une régulation fixée à l'avance : leurs effets de réseau et l'accumulation de données peuvent faire basculer un marché vers un acteur unique, que des procédures longues peinent à contester. Le règlement (UE) 2022/1925 sur les marchés numériques (DMA), applicable depuis le 2 mai 2023, impose aux grandes plateformes désignées comme contrôleurs d'accès des obligations et des interdictions, par exemple ne pas favoriser leurs propres produits dans leurs classements, permettre l'interopérabilité dans certains cas ou ne pas suivre l'utilisateur hors de leur service à des fins publicitaires sans son consentement, sous peine d'amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d'affaires mondial, 20 % en cas de récidive.
| Pratique | Définition | Autorité compétente |
|---|---|---|
| Entente (cartel) | Accord entre concurrents pour restreindre la production ou fixer les prix | Autorité de la concurrence, Commission européenne |
| Abus de position dominante | Exploitation d'un pouvoir de marché pour évincer ou exploiter | Autorité de la concurrence, Commission européenne |
| Concentration | Fusion ou acquisition susceptible de créer ou de renforcer un pouvoir de marché excessif | Autorité de la concurrence, ou Commission européenne pour les concentrations de dimension européenne (contrôle préalable) |
Pour un QCM sur les politiques de concurrence, distinguer l'entente (accord entre concurrents), l'abus de position dominante (comportement unilatéral d'une firme déjà en position dominante) et la concentration (opération capitalistique soumise à autorisation préalable).
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1.La concurrence pure et parfaite suppose l'atomicité des offreurs et des demandeurs.Voir le corrigé
Vrai
C'est l'une des cinq conditions théoriques, avec l'homogénéité du produit, la libre entrée-sortie, la transparence et la mobilité des facteurs.
2.À l'équilibre concurrentiel, le prix est supérieur au coût marginal.Voir le corrigé
Faux
À l'équilibre concurrentiel, le prix égale le coût marginal et la somme des surplus est maximale : c'est l'optimum d'efficacité allocative. Un prix supérieur au coût marginal ne correspond pas à cet optimum.
3.Un monopole produit une quantité supérieure à celle d'un marché concurrentiel confronté au même coût.Voir le corrigé
Faux
Il restreint sa production par rapport à la concurrence, ce qui engendre une perte sèche de surplus.
4.La perte sèche du monopole correspond à un surplus qui disparaît sans être capté ni par le consommateur ni par le producteur.Voir le corrigé
Vrai
Elle représente les échanges mutuellement avantageux qui n'ont pas lieu du fait de la restriction de la production.
5.En oligopole de Cournot, la quantité totale produite se situe entre celle de la concurrence et celle du monopole.Voir le corrigé
Vrai
Chaque firme anticipe la quantité de l'autre ; l'équilibre s'approche de la concurrence quand le nombre de firmes augmente.
6.Un cartel est une entente qui vise à reproduire le résultat de la concurrence pure et parfaite.Voir le corrigé
Faux
Un cartel vise à reproduire le résultat du monopole, en restreignant la production ; il reste instable sans mécanisme de surveillance, car chaque membre a intérêt à produire au-delà du quota convenu.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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