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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

L'industrialisation et les transformations économiques et sociales du XIXe siècle

25 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

L'industrialisation commence au Royaume-Uni dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.

Deuxième volet des « révolutions politiques et industrielles » du programme : l'industrialisation, puis les transformations économiques et sociales qu'elle entraîne. En un peu plus d'un siècle, l'Europe occidentale passe d'économies agricoles à des économies industrielles, urbaines et ouvertes sur le monde ; ses sociétés se recomposent autour de la bourgeoisie et du monde ouvrier, et la « question sociale » appelle des réponses nouvelles. Une réponse solide y hiérarchise les facteurs, suit une chronologie en deux temps et donne des exemples précis — une invention, une loi, une date.

À retenir

  • La première industrialisation commence au Royaume-Uni à la fin du XVIIIe siècle : révolution agricole, capitaux et marché colonial, charbon et fer, innovations du textile (spinning jenny, water frame, mule) et machine à vapeur de Watt (brevet de 1769) ; la France, la Belgique et les pays allemands suivent à partir des années 1820-1850.
  • Le chemin de fer (Liverpool-Manchester, 1830 ; loi française du 11 juin 1842) entraîne la sidérurgie et la houille, unifie les marchés et accélère la circulation des hommes et des capitaux ; banques d'affaires et sociétés anonymes (libres en France en 1867) financent la croissance.
  • La seconde industrialisation (vers 1880-1914), amorcée pendant la « grande dépression » de 1873-1896, repose sur l'électricité, le pétrole et le moteur à explosion, la chimie et l'acier ; elle s'accompagne de la concentration des entreprises (cartels, trusts), de l'organisation scientifique du travail (Taylor, 1911 ; chaîne de Ford, 1913) et d'une première mondialisation sous l'étalon-or.
  • Les sociétés se transforment : la population européenne fait plus que doubler de 1800 à 1914, l'exode rural nourrit l'urbanisation (la majorité de la population d'Angleterre et du pays de Galles est urbaine dès 1851, les Français seulement en 1931), des dizaines de millions d'Européens émigrent, surtout vers les Amériques.
  • La bourgeoisie, qui possède les capitaux et valorise le travail, l'épargne et l'instruction, devient le groupe dirigeant ; le monde ouvrier, aux conditions de vie et de travail très dures (rapport Villermé, 1840), s'organise : syndicats, grèves, partis socialistes, Internationales (1864, 1889).
  • Réponses à la question sociale : socialisme (Manifeste de Marx et Engels, 1848), catholicisme social (encyclique Rerum novarum, 1891), réformisme et lois sociales — travail des enfants (1841), droit de coalition (1864), syndicats (1884), accidents du travail (1898), repos hebdomadaire (1906), retraites ouvrières et paysannes (1910) en France, assurances sociales de Bismarck (1883-1889).

La première industrialisation : le charbon, la vapeur, le chemin de fer

L'industrialisation est le passage d'une économie dominée par l'agriculture et l'artisanat à une économie où l'industrie mécanisée, concentrée dans des usines, devient le moteur de la croissance. Elle commence au Royaume-Uni dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, parce que s'y combinent plusieurs facteurs : une révolution agricole (enclosures, rotations nouvelles) qui libère de la main-d'œuvre et nourrit une population en hausse ; des capitaux issus du commerce et d'un empire colonial ; un marché intérieur unifié et des débouchés extérieurs ; du charbon et du fer abondants ; un cadre politique stable, protecteur de la propriété et des brevets. Le textile de coton est le secteur pionnier (spinning jenny de Hargreaves, water frame d'Arkwright, mule de Crompton), la machine à vapeur perfectionnée par James Watt (brevet de 1769) libère l'industrie des cours d'eau, et la sidérurgie au coke se généralise. Le chemin de fer — Stockton-Darlington (1825), Liverpool-Manchester (1830) — devient à partir des années 1840 le secteur d'entraînement, par ses commandes de fer, de charbon et de capitaux. La diffusion sur le continent est plus tardive et plus encadrée par l'État : Belgique, puis France (loi du 11 juin 1842 sur les grandes lignes), pays allemands unis par le Zollverein. Le libre-échange britannique (abolition des lois sur les blés, 1846) et le traité franco-britannique de 1860 ouvrent les marchés ; l'Exposition universelle de Londres (1851) célèbre la « manufacture du monde ».

Confusions fréquentes

« Révolution » industrielle : un terme discuté
Les historiens insistent aujourd'hui sur la lenteur et la diversité du processus — proto-industrie rurale, rythmes nationaux différents, croissance britannique modeste avant 1830 — plutôt que sur un « décollage » brutal. Dire « industrialisation » dans une copie évite l'anachronisme d'une rupture soudaine.

La seconde industrialisation et le capitalisme (1880-1914)

Deux âges de l'industrialisation
Première industrialisationSeconde industrialisation
PériodeFin XVIIIe siècle - années 1870Années 1880 - 1914
ÉnergiesCharbon, vapeurÉlectricité, pétrole, moteur à explosion
Secteurs moteursTextile, sidérurgie, chemin de ferChimie, acier (Bessemer, 1856 ; Thomas, 1878), automobile, électricité
PuissancesRoyaume-Uni, puis Belgique, FranceÉtats-Unis et Allemagne, qui dépassent le Royaume-Uni
EntrepriseEntreprise familiale, capitalisme libéralGrandes sociétés, cartels et trusts, banques d'affaires, taylorisme

La « grande dépression » de 1873-1896, longue période de baisse des prix et des profits, pousse à la concentration des entreprises — cartels allemands, trusts américains comme la Standard Oil — et au retour du protectionnisme (tarif Méline en France, 1892). La reprise des années 1890 est portée par de nouvelles branches : électricité (dynamo de Gramme, 1869 ; lampe d'Edison, 1879), chimie, pétrole et automobile. L'organisation du travail change : Taylor théorise l'organisation scientifique du travail (1911) et Ford installe la chaîne de montage (1913). Le financement repose sur les banques d'affaires et de dépôts (Crédit lyonnais, 1863 ; Société générale, 1864) et sur les sociétés anonymes, libres de toute autorisation en France depuis la loi du 24 juillet 1867. L'économie mondiale s'unifie dans une première mondialisation : essor des échanges et des investissements à l'étranger, rôle central de Londres et de la livre sterling, étalon-or généralisé dans les années 1870, colonisation qui assure matières premières et débouchés.

Des sociétés transformées

La population européenne fait plus que doubler entre 1800 et 1914, sous l'effet de la transition démographique : la mortalité recule avant la natalité. La France fait exception, avec une natalité précocement basse. L'exode rural alimente la croissance des villes : la population est majoritairement urbaine en Angleterre et au pays de Galles dès 1851, en France au recensement de 1931 ; les villes se transforment (travaux d'Haussmann à Paris, 1853-1870). Des dizaines de millions d'Européens émigrent vers les Amériques et l'Australie, chassés par la pauvreté ou la famine — la Grande Famine irlandaise de 1845-1849 cause environ un million de morts et autant de départs. La bourgeoisie, qui détient les capitaux et les professions libérales, impose ses valeurs — travail, épargne, mérite, instruction, famille — et domine la vie politique. Le monde ouvrier grossit : bas salaires au regard du coût de la vie, journées de douze heures ou plus, travail des femmes et des enfants, logements insalubres, insécurité face à l'accident, à la maladie et au chômage ; le rapport du docteur Villermé (1840) en fait le constat. Les paysans restent nombreux, surtout en France, et les classes moyennes (employés, fonctionnaires, instituteurs) progressent à la fin du siècle.

La question sociale et ses réponses

La condition ouvrière suscite d'abord des révoltes (luddites anglais en 1811-1812, canuts lyonnais en 1831 et 1834), puis une organisation durable. Les syndicats, légaux au Royaume-Uni dès 1824 et en France après la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884, se fédèrent (Trades Union Congress, 1868 ; CGT, 1895, dont la charte d'Amiens proclame en 1906 l'indépendance à l'égard des partis) ; le droit de grève découle en France de la suppression du délit de coalition (loi du 25 mai 1864). Les doctrines divergent : socialisme révolutionnaire de Marx et Engels (Manifeste du parti communiste, 1848 ; Le Capital, 1867) et Internationales (1864, 1889) ; socialisme réformiste, qui mise sur le suffrage universel ; anarchisme ; catholicisme social, que l'encyclique Rerum novarum de Léon XIII (1891) consacre. Les États interviennent peu à peu : en Allemagne, Bismarck crée des assurances maladie (1883), accidents (1884), invalidité et vieillesse (1889) pour détacher les ouvriers du socialisme ; en France, la loi du 22 mars 1841 limite le travail des enfants, celle du 9 avril 1898 institue la responsabilité de l'employeur pour les accidents du travail, celle du 13 juillet 1906 le repos hebdomadaire, celle du 5 avril 1910 les retraites ouvrières et paysannes ; un ministère du Travail est créé en 1906. L'État libéral devient ainsi, avant 1914, un État qui commence à protéger.

Pour une QRC sur la question sociale, classer les réponses par acteur — les ouvriers eux-mêmes (syndicats, grèves, partis), les Églises (catholicisme social), l'État (lois sociales) — et dater chaque réponse.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.L'industrialisation commence au Royaume-Uni dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.Voir le corrigé

    Vrai

    Charbon, capitaux, marché intérieur et colonial, innovations du textile et de la vapeur s'y combinent plus tôt qu'ailleurs.

  2. 2.La seconde industrialisation repose d'abord sur le charbon et la machine à vapeur.Voir le corrigé

    Faux

    Ce sont les énergies de la première ; la seconde repose sur l'électricité, le pétrole et le moteur à explosion.

  3. 3.La population urbaine devient majoritaire en France dès le milieu du XIXe siècle, comme en Angleterre et au pays de Galles.Voir le corrigé

    Faux

    En Angleterre et au pays de Galles dès 1851, mais en France au recensement de 1931 : l'industrialisation française est plus lente et plus rurale.

  4. 4.L'encyclique Rerum novarum (1891) fonde la doctrine sociale de l'Église catholique.Voir le corrigé

    Vrai

    Léon XIII y condamne à la fois le socialisme et les excès du libéralisme, et reconnaît le droit d'association des ouvriers.

  5. 5.En Allemagne, Bismarck crée des assurances sociales obligatoires dans les années 1880.Voir le corrigé

    Vrai

    Maladie (1883), accidents du travail (1884), invalidité et vieillesse (1889), pour détacher les ouvriers de la social-démocratie.

  6. 6.Le droit de grève est reconnu en France par la loi Waldeck-Rousseau de 1884.Voir le corrigé

    Faux

    La loi du 25 mai 1864 supprime le délit de coalition, ce qui permet la grève ; celle de 1884 autorise les syndicats.

Textes de référence

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