Le patrimoine et les droits extrapatrimoniaux
13 min de lectureAu programme du concours de contrôleur et du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Selon la théorie classique d'Aubry et Rau, une personne dépourvue de biens n'a pas de patrimoine.
Le patrimoine est l'ensemble des droits et obligations d'une personne appréciables en argent : ce qu'elle possède et ce qu'elle doit, réunis dans une même enveloppe. La théorie classique d'Aubry et Rau en fait une émanation de la personne : toute personne a un patrimoine, un seul, et seules les personnes en ont. À côté se tiennent des droits que l'argent ne mesure pas, les droits extrapatrimoniaux : le nom, la vie privée, l'image, l'intégrité du corps. Le programme de B (« faire valoir ses droits », « les droits reconnus aux personnes ») et le droit civil de A les traitent ensemble, car ils dessinent la frontière entre ce qui est dans le commerce et ce qui n'y est pas.
À retenir
- Patrimoine : universalité de droit qui réunit l'actif (droits réels, droits de créance, droits intellectuels) et le passif (dettes) d'une personne. L'actif répond du passif : c'est le droit de gage général des créanciers (art. 2284-2285), sur les biens saisissables du patrimoine répondant de la dette, sous les réserves légales.
- Théorie classique : le patrimoine est lié à la personne (toute personne a un patrimoine, même vide ; seule une personne en a ; une personne n'en a qu'un) et il est intransmissible entre vifs dans son ensemble, seulement à cause de mort, à l'héritier.
- Tempéraments modernes : les patrimoines d'affectation ; l'entrepreneur individuel a, depuis la loi du 14 février 2022, un patrimoine professionnel séparé de son patrimoine personnel, sans créer de société ; la fiducie transfère des biens dans un patrimoine distinct ; l'acceptation d'une succession à concurrence de l'actif net évite la confusion des patrimoines.
- Les droits patrimoniaux se classent en droits réels (pouvoir direct sur une chose : propriété, usufruit, servitude, hypothèque), droits personnels ou de créance (contre une personne : le vendeur doit livrer) et droits intellectuels (auteur, brevet, marque). Le droit réel est opposable à tous et suit la chose ; le droit de créance exige une prestation du débiteur, mais la situation contractuelle s'impose aussi au respect des tiers (art. 1200).
- Les droits extrapatrimoniaux sont hors commerce : incessibles, insaisissables, imprescriptibles, intransmissibles. Ils comprennent les droits de la personnalité (nom, vie privée art. 9, image, honneur, présomption d'innocence art. 9-1, intégrité et non-patrimonialité du corps art. 16 à 16-9) et les droits de famille (autorité parentale).
- Leur violation ouvre néanmoins droit à réparation pécuniaire et à des mesures de cessation (saisie, retrait, astreinte) ; une atteinte à la vie privée est un dommage réparable même sans preuve d'un préjudice matériel.
- Classification des biens : meubles (par nature, par anticipation, par détermination de la loi) et immeubles (par nature, par destination, par l'objet auquel ils s'appliquent) ; choses consomptibles ou non, fongibles ou corps certains ; choses hors commerce (organes, drogues, sépultures).
Le patrimoine, universalité de droit
Le patrimoine est l'ensemble des biens et des obligations d'une personne, envisagé comme un tout : les biens présents et futurs répondent des dettes présentes et futures. Cette corrélation fonde le droit de gage général des créanciers chirographaires (art. 2284), sur les biens du patrimoine répondant de la dette, sous réserve des séparations légales et des biens insaisissables (vêtements, instruments de travail, une part du salaire ; la résidence principale de l'entrepreneur individuel, mais à l'égard de ses seuls créanciers professionnels). Selon Aubry et Rau, le patrimoine est l'expression de la personnalité juridique : toute personne, physique ou morale, a un patrimoine dès sa naissance, même vide ; elle n'en a qu'un ; seule une personne peut en avoir ; il ne se transmet entre vifs qu'élément par élément, et en bloc seulement au décès, à l'héritier qui continue la personne du défunt.
Un artisan qui emprunte pour son atelier et qui contracte un crédit à la consommation a, en théorie classique, un seul patrimoine : la banque comme le vendeur de canapé peuvent saisir sa camionnette. La loi de 2022 sur l'entrepreneur individuel a rompu cette unité : ses créanciers professionnels ne saisissent que le patrimoine professionnel, sous réserve des sûretés consenties, d'une renonciation pour un engagement déterminé et des exceptions légales, notamment fiscales.
Confusions fréquentes
- Patrimoine ne veut pas dire richesse
- Un patrimoine peut être nul ou négatif : c'est un contenant, pas un contenu. « Il n'a pas de patrimoine » est faux en droit ; « son patrimoine est déficitaire » est exact.
- Le patrimoine d'affectation n'est plus une hérésie
- Fiducie (2007), EIRL (2010, fermée aux créations nouvelles depuis le 15 février 2022), patrimoine professionnel de l'entrepreneur individuel (2022) : la loi admet qu'une même personne ait deux masses de biens répondant de dettes différentes. Une réponse qui s'en tient à la théorie classique sans ces tempéraments est datée.
Les droits patrimoniaux : réels, personnels, intellectuels
| Droit | Objet | Opposabilité | Exemples |
|---|---|---|---|
| Droit réel | Pouvoir direct sur une chose | À tous (erga omnes) ; droit de suite et de préférence | Propriété ; usufruit, servitude (réels principaux) ; hypothèque, gage (réels accessoires) |
| Droit personnel ou de créance | Prestation due par une personne (donner, faire, ne pas faire) | Prestation exigible du débiteur ; situation contractuelle opposable aux tiers (art. 1200) | Créance de loyer, de livraison, de réparation |
| Droit intellectuel | Création de l'esprit ou signe distinctif | À tous ; durée souvent limitée, marque renouvelable indéfiniment par périodes de dix ans | Droit d'auteur, brevet, marque, dessins et modèles |
Le droit réel s'exerce directement sur la chose, sans intermédiaire, et s'impose à tous ; le titulaire d'un droit réel accessoire, comme l'hypothèque, bénéficie d'un droit de suite (saisir l'immeuble en quelque main qu'il passe) et d'un droit de préférence (être payé avant les autres créanciers). Le droit de créance ne donne qu'un pouvoir contre une personne, le débiteur, et son titulaire, créancier chirographaire, ne prime personne. Les droits intellectuels sont classés à part ; leur durée varie, la marque étant renouvelable indéfiniment par périodes de dix ans. Les biens sur lesquels portent ces droits sont meubles ou immeubles : distinction qui commande le régime de la vente, des sûretés (hypothèque sur immeuble, gage sur meuble), de la possession (en fait de meubles, la possession vaut titre, art. 2276) et de la compétence des tribunaux.
Les droits extrapatrimoniaux
Les droits extrapatrimoniaux ne sont pas évaluables en argent et sont hors du commerce juridique : on ne peut ni les vendre ni les céder (incessibles), les créanciers ne peuvent pas les saisir (insaisissables), le non-usage ne les fait pas perdre (imprescriptibles), ils s'éteignent avec la personne (intransmissibles), même si les héritiers peuvent agir contre les atteintes à la mémoire du défunt. Les droits de la personnalité protègent l'intégrité physique (inviolabilité du corps, non-patrimonialité : le corps, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial, art. 16-1 ; consentement aux actes médicaux) et l'intégrité morale (vie privée, art. 9 ; image ; honneur et considération ; présomption d'innocence, art. 9-1 ; nom). Leur violation donne lieu à réparation et le juge peut prescrire toute mesure propre à faire cesser l'atteinte, y compris en référé.
Un magazine publie des photos d'une personne dans son jardin, prises au téléobjectif. Le droit à l'image et à la vie privée n'a pas été cédé et ne pouvait l'être ; le juge ordonne le retrait sous astreinte et alloue des dommages-intérêts, sans que la victime ait à prouver une perte financière : la seule atteinte constitue le préjudice.
Deux formules pour une QRC : « le patrimoine est un contenant lié à la personne » et « les droits extrapatrimoniaux sont hors commerce ». Puis nuancer la première (patrimoines d'affectation) et la seconde (une atteinte se répare en argent, et certains attributs, comme l'image d'une célébrité, s'exploitent par contrat) : c'est la nuance qui fait la note.
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1.Selon la théorie classique d'Aubry et Rau, une personne dépourvue de biens n'a pas de patrimoine.Voir le corrigé
Faux
Pour Aubry et Rau, le patrimoine est une émanation de la personnalité, un contenant lié à la personne : toute personne en a un, même vide ou déficitaire.
2.Le gage général des créanciers chirographaires porte sur les biens saisissables du patrimoine répondant de leur créance.Voir le corrigé
Vrai
Les articles 2284 et 2285 fondent ce gage ; il faut réserver les insaisissabilités et les séparations de patrimoines, notamment celle de l'entrepreneur individuel.
3.Depuis 2022, l'entrepreneur individuel dispose d'un patrimoine professionnel distinct de son patrimoine personnel.Voir le corrigé
Vrai
La loi du 14 février 2022 crée cette séparation de plein droit, sans formalité ni société ; c'est un patrimoine d'affectation.
4.Une créance chirographaire donne un droit réel direct sur les biens du débiteur.Voir le corrigé
Faux
Une créance est un droit personnel à une prestation du débiteur, pas un droit réel de suite sur une chose. La situation contractuelle doit néanmoins être respectée par les tiers (art. 1200).
5.Le droit à l'image peut être saisi par les créanciers d'une célébrité.Voir le corrigé
Faux
Droit extrapatrimonial, il est insaisissable et incessible ; seules les sommes tirées de contrats d'exploitation sont saisissables.
6.L'atteinte à la vie privée ouvre droit à réparation même sans préjudice financier.Voir le corrigé
Vrai
La seule constatation de l'atteinte ouvre droit à réparation ; le juge peut aussi ordonner des mesures de cessation (art. 9).
Textes de référence
- Code civil — Légifrance (nouvel onglet)
- Programme de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe de contrôleur des finances publiques (QCM et cinq options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Code civil, article 1200 — respect de la situation contractuelle par les tiers — Légifrance / DILA — Internet Archive (nouvel onglet)
- Séparation des patrimoines de l’entrepreneur individuel — DILA — Service Public (nouvel onglet)
- Cass. 3e civ., 31 octobre 2012, n° 11-16.304 — Maison de Poésie — Légifrance / DILA — Internet Archive (nouvel onglet)
- Surveiller une marque — prolonger sa validité — INPI (nouvel onglet)
- Code civil, article 2227 — imprescriptibilité de la propriété — Légifrance / DILA — Internet Archive (nouvel onglet)
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